Rapport du GIEC : les Etats doivent agir maintenant et avec détermination !

8 octobre 2018, Amsterdam : Alors que le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat vient de publier son Rapport spécial sur un réchauffement planétaire à 1,5 degré aujourd’hui, les organisations des Amis de la Terre International se mobilisent pour des mesures équitables et ambitieuses qui maintiennent le réchauffement planétaire en-deçà de 1,5 degré sans avoir recours à des solutions technologiques dangereuses.

Le nouveau rapport du GIEC est censé fournir des preuves que les gouvernements doivent désormais prendre en compte : il existe encore des moyens d’éviter un dérèglement catastrophique du climat, mais seulement si l’on agit maintenant et avec détermination, en allant bien au-delà des engagements pris dans l’Accord de Paris de la Convention cadre de l’ONU sur les changements climatiques.

L’état d’urgence climatique est déclaré

Karin Nansen, présidente des Amis de la Terre International, déclare : "Il s’agit d’un état d’urgence climatique. Le rapport du GIEC présente la différence entre une hausse de la température de 1,5 degré ou de 2 degrés : pour beaucoup d’habitants du monde, c’est une question de vie ou de mort. Il est crucial de maintenir la hausse de la température bien en-deçà de 1,5 degré sans faire appel à la compensation, à l’échange de carbone ou à la géo-ingénierie, mais les preuves présentées par le GIEC démontrent que la marge de manœuvre pour y parvenir est étroite et le sera encore plus. Des militants du monde entier se mobilisent pour demander la fin des combustibles fossiles, de l’énergie polluante et des technologies dangereuses. Les responsabilités communes mais différenciées et le remboursement de la dette climatique doivent être à la base de l’action pour le climat. Nous voulons une transition juste vers un système énergétique non polluant qui bénéficie à la population plutôt qu’aux grandes entreprises."

Rester sous la barre du 1,5° est encore possible

Le ‘Rapport 1,5 degré’ du GIEC montre que la hausse de la température doit rester au-dessous de 1,5 degré : trop de personnes sont déjà en train de souffrir et de mourir à cause des effets sur le climat d’un réchauffement de 1 degré. Les conséquences d’une hausse de 2 degrés seront graves et pourraient être irréversibles. Le rapport indique que si on limitait cette hausse à 1,5 degré plutôt qu’à 2 degrés on pourrait diviser par deux le nombre des personnes qui manqueront d’eau et réduire considérablement le risque de phénomènes météorologiques extrêmes (y compris les fortes sécheresses et les feux de forêt), la pénurie d’aliments, les maladies et les décès liés à la chaleur, et les dégâts causés à la biodiversité et aux écosystèmes. On pourrait éviter le déplacement d’environ 10 millions de personnes que provoquerait l’élévation du niveau de la mer.

Ne pas dépasser 1,5° oui, mais sans technologies risquées

Cependant, nombre des moyens analysés par le GIEC pour ne pas dépasser 1,5º contiennent des suppositions dangereuses concernant des technologies risquées et non testées qui prétendent extraire du carbone de l’atmosphère. L’une de ces méthodes, la Bioénergie avec captage et stockage de carbone (BECCS), requerrait de cultiver de la biomasse sur de vastes étendues de terres, de la brûler pour obtenir de l’énergie, puis de stocker le carbone issu de la combustion. Ceci va causer encore des problèmes et des crises, surtout pour les personnes les plus pauvres du monde.

Les Amis de la Terre International rejettent ces technologies risquées. D’ailleurs, il est possible de les éviter : le GIEC passe en revue d’autres moyens de maintenir la hausse de la température en-deçà de 1,5 degré sans faire appel à des solutions non testées. Cependant, pour y parvenir de façon juste et sans danger il sera indispensable de s’écarter tout à fait et tout de suite, dans le monde entier, des énergies polluantes, et de transférer des sommes considérables des pays du Nord vers ceux du Sud afin de financer la transition. Il faudra rien moins qu’un changement radical de système.

D’après Karin Nansen, le GIEC annoncerait que “pour limiter le réchauffement terrestre à 1,5 degré sans dépassement il faudrait que des transitions rapides et de grande portée aient lieu pendant la ou les deux prochaines décennies, dans les systèmes énergétique, foncier, urbain et industriel”. Ceci confirme ce que les Amis de la Terre disent depuis des années : seul un changement radical de système offre un moyen de garder l’espoir. Seule une transformation radicale de nos systèmes énergétique, alimentaire et économique qui intègre la justice environnementale, sociale, économique et de genre permettra d’éviter une hausse de la température de plus de 1,5 degré et la catastrophe climatique."

Contexte :

Le GIEC a présenté son Rapport spécial sur un réchauffement planétaire de 1,5 degré le lundi 8 octobre à Incheon, en Corée du Sud.

Dans le cadre de la lutte mondiale contre le changement climatique, les organisations écologistes de base des Amis de la Terre International se mobiliseront en une Semaine d’Action pour la justice climatique du 6 au 13 octobre 2018. Cela inclura des événements organisés par les Amis de la Terre Corée autour du lancement du rapport du GIEC.

Cette campagne qui couvre six continents vise à mettre en lumière l’urgence climatique, à combattre les sources d’énergie polluantes comme le charbon, le pétrole et le gaz, et à réclamer que l’on se tourne vers des options non polluantes, comme l’énergie solaire et l’énergie éolienne. La campagne mettra aussi l’accent sur le rôle que jouent les communautés dans l’exigence d’un changement du système énergétique actuel, à l’échelon local et mondial.

Le changement climatique est injuste parce que les habitants les plus pauvres et vulnérables de la planète, qui ont le moins contribué au dérèglement du climat, sont les plus durement frappés par ses effets. Il est profondément injuste que l’on risque de dépasser 1,5 degré et d’atteindre un point de non-retour à cause de l’inaction de longue date des pays du Nord, principaux bénéficiaires de l’extraction et de la consommation de combustibles fossiles à l’origine de la crise actuelle.

Les pays du Nord doivent réduire leurs émissions à zéro dès que possible, tout en assurant une transition juste aux travailleurs et aux communautés. Cela implique que les pays du Nord arrêtent tout NOUVEAU projet de combustibles fossiles, y compris la prospection, les oléoducs et les installations dans le monde entier, et qu’ils réduisent rapidement leur dépendance de ces combustibles. En plus, ils doivent cesser de financer l’extraction de combustibles fossiles dans le Sud.

Les pays du Sud doivent s’écarter d’urgence des voies de développement qui dépendent de l’extraction et la consommation de combustibles fossiles, et se forger des avenirs propres et durables, débarrassés du contrôle des transnationales et des infrastructures d’énergie polluantes qui, presque toujours, s’accompagnent de pollution locale, d’accaparement de terres et de violations des droits de l’homme, en plus de dérégler le climat. Mais l’équité doit être respectée : d’énormes sommes d’argent public doivent être transférées du Nord vers le Sud pour payer la transformation énergétique, l’adaptation, les pertes et les dommages déjà subis.

Notes aux éditeurs :

Découvrez la vidéo "Il est encore temps"

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