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Réactions aux AG des banques françaises

Accompagnés de Juan Mancias, le chef de la tribu Esto’k Gna du Sud Texas, de Rebekah Hinojosa de l’organisation locale Save RGV from LNG, et des deux défenseurs de l’eau Rachel Heaton et Nataanii Means, tous mobilisés contre la construction de projets d’énergies fossiles aux Etats-Unis, les Amis de la Terre France et BankTrack se sont rendus aux Assemblées générales des banques françaises.

Nous avons appelé les banques françaises à s’engager pour le climat et les droits des populations autochtones et à ne pas être complices de la politique anti-climat de Trump, dans un contexte international où l’administration américaine pourrait annoncer le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris et démantèle de manière systématique les réglementations environnementales et climatiques.

L’accueil qui nous a été réservé aux assemblées générales de BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis fut assez correct. Au contraire, c’est par des sifflements et une forte agressivité que les actionnaires de Société Générale ont reçu nos questions qu’ils n’ont pas même eu le respect d’écouter dans leur totalité : « on s’en fiche », voilà la réponse apportée à l’introduction de Juan Mancias, qui a fait des milliers de kilomètres pour témoigner des impacts des gaz de schiste sur sa tribu et donner un visage humain au projet Rio Grande LNG soutenu par Société Générale. Juan Mancias n’était pas le bienvenu, mais il les a, lui, invité à venir boire l’eau qu’il boit et à respirer l’air qu’il respire au sud du Texas afin qu’ils se rendent compte que les dividendes ne résument pas à eux-seuls les impacts des activités de Société Générale.

  • Une de nos demandes aux banques était qu’elles s’engagent à ne plus soutenir les entreprises impliquées dans le projet Dakota Access Pipeline, comme s’est déjà engagée à le faire la banque néerlandaise ING (voir ici et là). Ce projet relancé par Donald Trump en janvier 2017 a conduit à de graves violations des droits humains qui ne doivent pas restées sans conséquence.

Aucune n’a répondu à cette demande, ne faisant pas même mention de leurs soutiens à ces entreprises, mais se concentrant uniquement sur le financement direct de projet. Pour rappel, le DAPL a été financé par un financement de projet de 2,5 milliards de dollars auquel toutes les banques françaises ont participé, et par des financements indirects d’entreprises auxquels toutes ont pris part sauf Société Générale.

Société Générale et Natixis se sont défendus en soulignant à demi-mot l’hypocrisie des banques qui ont vendu leur part dans le financement de projet après que celui-ci soit financé (toutes les banques ont versé la dernière partie du financement de projet en février 2017) et que la construction ait commencée. Elles faisaient notamment allusion à BNP Paribas.

Quant à cette dernière, sa réponse questionne sur la teneur et l’application des annonces des banques qui ont déclaré avoir vendu leur part dans le financement de projet : BNP Paribas, ING et la norvégienne DNB. Alors que nous appelions BNP Paribas à suivre l’exemple d’ING pour exclure les financements indirects aux entreprises (non suivi, au contraire car BNP Paribas a, comme Natixis, refinancé Energy Transfer en mars 2017), Jean-Laurent Bonnafé, en centrant sa réponse sur le financement de projet, a répondu « nous sommes la seule banque à en être sortie », « nous sommes la seule banque à en être effectivement sortie ». En insistant sur ce point (« effectivement »), BNP Paribas accuse indirectement les autres banques ayant annoncé avoir vendu leur part dans le projet de mentir. Les Amis de la Terre France, BankTrack et leurs partenaires vont devoir mener l’enquête.

  • Pour Société Générale, vendre leur part dans le financement du projet « aurait été chercher une excuse pour éviter cette question », celle de l’insuffisance des Principes de l’Equateur quant au respect des droits des populations autochtones dans les pays développés. Ce point faisait d’ailleurs l’objet de notre deuxième demande. Nous savions déjà qu’un ensemble de banques, comprenant Crédit Agricole, avait demandé à l’Association des Principes de l’Equateur de revoir ses Principes et de se pencher sur le sujet. Notre question était donc plus précise : que les banques s’engagent à conditionner leurs soutiens au respect des droits des peuples autochtones sans attendre que cela soit adopté au niveau des Principes de l’Equateur. Aucune n’a répondu à cette question, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis réitérant ce que la société civile savait déjà concernant les Principes de l’Equateur, et BNP Paribas ne faisant pas même mention des droits humains dans sa réponse.

Une révision de ces Principes n’étant pas garantie et pouvant prendre un certain temps, les banques françaises impliquées dans les projets d’énergies fossiles aux Etats-Unis risquent donc d’être complices de violations similaires à celles commises avec le DAPL.

  • Notre autre question portait sur les soutiens des banques françaises aux projets de transport d’énergies fossiles aux Etats-Unis. Tout nouveau projet fossile est incompatible avec l’Accord de Paris et la priorité doit être l’arrêt des financements aux énergies les plus carbonées, charbon et énergies non conventionnelles.

BNP Paribas et Société Générale jouent respectivement un rôle clé de conseil dans deux terminaux de gaz naturel liquéfié issus des gaz de schiste situés dans la Vallée du Rio Grande : Texas LNG et Rio Grande LNG. Notre demande à ces banques était de sortir de ces projets et de s’engager à ne pas financer les projets de transport d’énergies fossiles aux Etats-Unis.

BNP Paribas a répondu vouloir apporter une réponse sur toutes ces classes d’actifs (terminaux de GNL issus des gaz de schiste et sables bitumineux) et non projet par projet. Jean-Laurent Bonnafé a déclaré que la banque aura des procédures d’ici la fin de l’année et décidera alors soit de sortir des projets qui ne conviennent pas un à un, soit d’exclure toutes ces classes d’actifs. « Nous n’avons pas intérêt à accompagner des investissements qui du point de vue du climat ne sont pas convenables » a déclaré le PDG de la banque. La science est très claire, ces projets ne sont pas compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris et les Amis de la Terre France attendent donc de cette politique une exclusion complète de ces classes d’actifs et des entreprises actives dans ces secteurs et qui continueraient de construire de nouveaux projets de ce type.

A contrario, Société Générale a déclaré que, « dans le cadre de la transition énergétique, nous estimons qu’être financier de projets [de gaz naturel liquéfié] n’est pas contraire à nos principes, voire même favorise la transition énergétique ». Les Amis de la Terre dénoncent ce propos qui ne se fonde sur aucune réalité scientifique, et renouvelle pour la deuxième fois leur demande de rendez-vous avec la Société Générale sur la question du gaz et du climat.

Quant au Crédit Agricole, la banque a répondu avoir formellement refusé de financer l’oléoduc Keystone XL. Les Amis de la Terre restent prudents sur cette déclaration qui ne porte donc que sur du financement de projet et non sur du financement d’entreprises qui pourtant jouera un rôle dans le financement du projet Keystone XL. Crédit Agricole finançant Transcanada, seule l’exclusion de l’entreprise de ses soutiens futurs garantira l’absence de financements au projet et plus largement à la construction de nouveaux oléoducs de sables bitumineux. Transcanada prévoit déjà en effet la construction d’Energy East, un projet similaire au Keystone XL.

Contact Lucie Pinson – 0679543715 – lucie.pinson@amisdelaterre.org

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