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Réfugiés écologiques - 25 millions de personnes dans un vide juridique

Entretien pour la Baleine avec Jean-Marc Lavieille, Maître de conférence au sein du Centre de recherche interdisciplinaire en droit de l’environnement, de l’aménagement et de l’urbanisme – Université de Limoges.

De plus en plus de personnes sont amenées à quitter leur région ou leur pays pour des raisons écologiques, quelles sont ces raisons ?

Les causes environnementales de ces déplacements forcés sont nombreuses : séismes, sécheresses, inondations, déboisement, catastrophes industrielles, contaminations radioactives, montée des océans, etc. Elles peuvent être d’origine naturelle, humaine ou, très souvent, les deux à fois.
Les déplacés environnementaux sont donc les populations confrontées à un bouleversement brutal ou insidieux (dégradation lente) de leur environnement, portant atteinte à leurs conditions de vie et les forçant à quitter, de façon temporaire ou définitive, leurs lieux habituels de vie, pour rejoindre une autre région ou un Etat d’accueil.

Combien de personnes sont touchées ? Quelles projections peut-on faire ?

Il est certain que le nombre de déplacés environnementaux augmentera si la population mondiale s’accroît en même temps que la détérioration de l’environnement.
Au niveau mondial, à l’exception des déplacés environnementaux, les migrants représentent 3 % de la population mondiale, 200 millions de personnes qui vivent et travaillent dans un pays autre que celui où ils sont nés. Sur ce total, qui a doublé en 20 ans, 10 % sont des réfugiés stricto sensu, qui fuient pour rester en vie, 25 % à 30 % fuient la misère, et 50 % sont à la recherche d’un emploi mieux rémunéré.
Alors qu’en 2001 le fonds des Nations Unies pour les populations estimait le nombre des écoréfugiés à 25 millions, certaines projections avancent le chiffre d’un milliard de réfugiés pour 2100, le réchauffement climatique participant activement à cette augmentation (150 millions de déplacés en 2050 selon des études récentes). L’ensemble de la planète vit un accroissement de cette vulnérabilité écologique, mais les pays pauvres et les plus peuplés sont les plus touchés, les fragilités sociales et humaines transformant le phénomène naturel en catastrophe.

De quel statut disposent les réfugiés écologiques ?

Les déplacés environnementaux n’ont pas de statut international. La Convention de 1951 et son protocole de 1967 relatifs au statut des réfugiés laissent un vide juridique en ne prenant pas en compte les situations environnementales. Il faut donc s’engager dans la voie d’une reconnaissance de leurs droits : penser et adopter une convention sur le statut des déplacés environnementaux, qui leur permette de trouver une protection auprès des Etats. C’est la tâche à laquelle s’est attelé notre groupe d’universitaires, qui préconise aussi la création d’une Agence mondiale pour les déplacés environnementaux et une seconde agence d’assistance écologique.
La nécessaire solidarité internationale appellera aussi diverses remises en cause des souverainetés étatiques. Mais ce système à construire sera-t-il à la hauteur de ces terribles défis ?

> PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN B.

Pour plus d’informations
www.unilim.fr/crideau
www.catastrophesecologiquesetdroit.fr

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