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Réinventer la ville

Les dérèglements climatiques joints à la fin inéluctable du pétrole obligent les sociétés industrielles à revoir leur mode de développement fondé sur une consommation débridée d’énergies fossiles.

La ville contemporaine, avec ses extensions, est accro au pétrole. De nouveaux boulevards, rocades à 6 voies, échangeurs, ronds points surdimensionnés, se construisent chaque jour pour entretenir le mythe de la vitesse. Le droit à la circulation, interprété comme un droit sans limite à la mobilité, favorise la création de pôles urbains de plus en plus étalés séparés par des déserts ruraux. L’architecture, consommatrice d’énergie, fait fi de son environnement et y supplée par la climatisation et un éclairage excessif. Une ville où l’on ne produit plus, mais où l’incinérateur tente d’effacer les scories de biens fabriqués à des milliers de kilomètres. Prise du délire de la compétition, les métropoles se lancent dans une course à la tour la plus haute. Symbole d’une surconcentration, elle ne se révèle à l’examen ni dense, ni écologique, ni mixte.

Une ville sensorielle

Pour les Amis de la Terre, il est urgent de réinventer la ville. Celle du partage, sensorielle, accessible à tous. Une ville rendue fluide par des transports doux et collectifs performants, et un réseau dense bien maillé. Une ville, véritable puits de carbone, dans laquelle les matériaux de constructions à très faible énergie grise seront essentiellement naturels et renouvelables. Une architecture sur 4 à 5 niveaux, adaptée aux conditions d’implantation pour favoriser l’usage d’une énergie naturelle, qui créera un tissu urbain à dimension humaine et aux rythmes variés. Où la cohabitation à l’échelle d’immeubles, d’îlots ou de quartiers permettra de mutualiser espaces, équipements et services. Où les déchets, essentiellement organiques, seront recyclés en compost et enrichiront les surfaces utiles agricoles et les jardins partagés nichés au coeur du bâti et des équipements.

Nourrir l’imaginaire

La ville n’a de sens que si sont pensés ensemble transports, urbanisme, architecture et gouvernance, la démocratie locale devant être la brique de base de la délibération fédérale. On peut reconnaître à certaines municipalités des tentatives de concertation qui à ce jour restent sans effet mobilisateur. Le rapport de la commission « Balladur » sur la réforme des institutions aurait pu être l’occasion de fonder une nouvelle répartition territoriale mieux ajustée à la pratique démocratique. Occasion manquée : elle met en musique une recentralisation qui ne dit pas son nom pour cause de suppression de nombreuses taxes locales. Ailleurs, des villes bougent, entrent en transition comme au Royaume-Uni et déjà ailleurs en Europe, ou fonctionnent d’une autre façon, comme Curitiba au Brésil ou Villa El Salvador au Pérou. Ce qui manque aujourd’hui en France est l’imaginaire des projets d’urbanisme. Aux Amis de la Terre de les nourrir pour favoriser enfin et vraiment l’intérêt des habitants pour leur ville et leur participation à son devenir.

> LE CONSEIL FÉDÉRAL DES AMIS DE LA TERRE


Photo : La conteuse Jocelyne Bisbal et son public, au jardin partagé Crimée-Thionville pendant la Fête des Jardins 2006. Crédit : jalb sous licence Creative commons.

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