Avec une vingtaine d’ouvriers, EFISOL produit des mousses de polyuréthane qui entrent dorénavant dans un grand nombre d’applications, insonorisation et isolation en particulier... ce qui ne manque pas de piment quand on visite le site, comme j’ai eu l’occasion de le faire à deux reprises, dont le 21 janvier dernier. Les bâtiments apparaissent d’un autre âge (ah, ces tuyaux qui enjambent la rue pour rejeter poussières et résidus dans un silo !) : carreaux cassés, poussière jaunâtre recouvrant tout alentour, bruit persistant et lancinant. Cette poussière, collante, provient autant du processus de découpe des plaques de mousse que de leur stockage extérieur. Si la molécule chimique de polyuréthane est en soi stable, la structure physique de ces poussières ne doit pas améliorer la santé de ceux qui les respirent à longueur de journée : allergies ? asthme ?
Mais le maire veille, soucieux de défendre l’emploi, ce qui est bien, mais ressemble trop au chantage « emploi contre environnement »… refrain connu ! C’est vrai que la région est sinistrée ; Espéraza, ex-cité mondiale du chapeau de feutre, qui s’en souvient ? Toute cette vallée de l’Aude était très industrieuse au début du XXe siècle : délocalisations et gains de productivité ont réduit le besoin de main-d’œuvre comme peau de chagrin. Ces petites villes ont dû être socialement prospères... il suffit de lire les noms des rues pour se rendre compte de leur grande activité sociale et ouvrière il n’y a pas encore si longtemps : rue Danton, rue Robespierre, rue Rouget-de-l’Isle, rue Condorcet. Hier encore, une usine a fermé à Quillan : Formica (après l’usine de chaussures Myris) ! Pourtant, qu’il s’agisse des mousses ou des panneaux, jamais on a eu autant besoin de ces produits ; alors… on ferme, c’est logique, en accusant bien entendu les défenseurs de l’environnement ! Il faut être clair : une entreprise qui produit dégueulasse est une entreprise qui cherche à fermer et qui trouvera tous les arguments pour justifier son départ. Une menace de fermeture pèse donc sur cette entreprise, dont on fera porter le chapeau à ces gens qui veulent, c’est un comble, respirer propre et s’entendre sans trop de bruit de fond !
Alors, que faire ? Les riverains tentent, tant bien que mal, de négocier avec la direction de l’entreprise et de se faire entendre de la municipalité. Quant à nous, Amis de la Terre, nous allons rappeler au préfet de l’Aude que nous attendons toujours sa réponse au courrier que nous lui avions adressé il y a un an à propos des conditions de fonctionnement de cet établissement classé pour la protection de l’environnement ; nous soulignions déjà que les nuisances étaient dues à des dysfonctionnements du processus de production d’une usine dont l’état ne correspond pas aux conditions nécessaires pour assurer une telle surcharge d’activité.
Des usines comme EFISOL, il y en a de nombreuses en France. Ce n’est pas l’Erika ni AZF. Mais il n’en reste pas moins que les nuisances de ce type, qui pourraient facilement être supprimées, sont le symbole d’un « je-m’en-foutisme » industriel, bien loin des déclarations d’intention sur le rôle social de l’entreprise.
Lucien Buys, février 2004