République Démocratique du Congo (RDC) : la Banque européenne d’investissement se lance en terrain miné

23 Septembre 2008 - Les Amis de la Terre et Counter Balance (1), en collaboration avec l’association congolaise ACIDH (2), publient aujourd’hui le rapport « Terrain miné : L’implication de la BEI dans le projet minier de Tenke-Fungurume en RDC » . Cette étude examine le projet Tenke Fungurume en RDC pour lequel la Banque européenne d’investissement (BEI) a approuvé un prêt de 100 millions d’euros en juillet 2007. Opacité, corruption et violation des droits humains : les conclusions du rapport sont accablantes. Pour les ONG, l’implication de la BEI dans ce projet ne correspond en rien à la mission de développement que la banque publique de l’Union européenne affirme avoir sur le continent africain.

Mettant notamment en évidence un versement douteux sur les comptes d’entreprises appartenant à Joseph Kabila, le rapport des Amis de la Terre dénonce les conditions stupéfiantes dans lesquelles a été signé le contrat de Tenke Fungurume, pour l’exploitation du plus gros gisement vierge de cuivre et cobalt au monde. Desislava Stoyanova, coordinatrice de la campagne “Counter Balance : reformer la BEI” explique : « Le contrat est illégal et très défavorable à la RDC, et contrairement à ce qu’affirme la BEI il ne bénéficiera pas au pays et à sa population. Le grand bénéficiaire du projet sera son actionnaire principal, le géant minier Freeport McMoran (Etats-Unis), une entreprise exclue du fonds de pension norvégien pour son irresponsabilité environnementale. Il est scandaleux qu’une institution publique comme la BEI y investisse l’argent des contribuables européens ».

Sur le terrain, l’enquête des ONG révèle que les populations locales sont victimes de sérieuses violations des droits humains. Prince Kumwamba, de l’association congolaise ACIDH raconte : « Des centaines de familles ont été déplacées sans relogement, et sont maintenant sans abri, obligées de vivre sous des bâches en plastique. Les conditions de travail, en particulier chez les sous-traitants, violent des normes internationales fondamentales. Les ouvriers travaillent six à sept jours sur sept, et ils sont recrutés sans contrat, ce qui les prive de toute protection. La concurrence entre les différentes communautés est utilisée pour baisser les salaires au maximum ». Cette situation crée de graves tensions qui ont notamment conduit à une manifestation violente dans la ville de Fungurume en janvier dernier, suivie de l’arrestation de plusieurs manifestants.

Pour Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Responsabilité des Acteurs financiers aux Amis de la Terre, « Le projet ne profite ni aux populations locales, ni à l’Etat congolais. Ce n’est pas une situation atypique : des études très documentées, notamment la Revue des Industries Extractives, démontrent que dans un Etat connaissant de tels problèmes de gouvernance et de corruption, les investissements dans le secteur minier ne contribuent pas au développement. La BEI n’aurait donc jamais dû accepter de soutenir un tel projet ». Elle conclut : « La BEI doit être réformée profondément pour s’assurer qu’elle ne puisse plus être impliquée des projets aussi désastreux. Les investissements chinois en Afrique sont souvent pointés du doigt, mais il n’est pas crédible de les critiquer si, en parallèle, la banque de l’Union européenne se montre aussi irresponsable ».

Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43

(1) La coalition “Counter Balance – Réformer la Banque européenne d’investissement” est composée de : CEE Bankwatch Network (Europe centrale et orientale), Both ENDS (Pays Bas), Bretton Woods Project (Grande-Bretagne), Campagna per la Riforma della Banca Mondiale (Italie), Les Amis de la Terre (France), Urgewald (Allemagne), Weed (Allemagne).
(2) Action Contre l’Impunité pour les Droits Humains

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