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Richesse biologique - Des infinis usages de la vie

Edward O. Wilson, inventeur du mot, définit la biodiversité comme « la somme des richesses génétiques, spécifiques et écosystémiques de la planète ». Il ajoute : « si les gènes sont un alphabet et les espèces, des mots, alors les écosystèmes sont des livres ». Peut-on imaginer le nombre de livres qu’il est possible d’écrire avec notre alphabet de 26 lettres ? Depuis une décennie, la définition de la biodiversité partagée par la plupart des écologues a profondément évolué. Celleci est aujourd’hui pensée comme constituée de la multitude des interactions entre organismes vivants dans des milieux en changement. Plus d’équilibre, la variabilité, l’instabilité, le changement gouvernent le cours du monde... Mais il y a plus. Les humains, en tant qu’organismes vivants, participent de la multitude des interactions qui constituent la biodiversité, le monde vivant.

Resituer la question de l’« utile »

Puisque nous participons de la biodiversité, la question « à quoi nous sert-elle ? » n’a plus grand sens. Il faut en finir au plus vite avec cette représentation du monde à l’origine des erreurs criminelles vis-à-vis du système vivant et de sa pérennité. La dichotomie « nature/culture » voudrait que nous soyons extérieurs au vivant comme aux milieux écologiques. Cette séparation, tragique et radicalement fausse, fonde la destruction de milieux et d’espèces, dont les « nuisibles », terme que de nombreuses langues ignorent.

Pour un nombre croissant d’écologues, il n’y aurait qu’un seul système vivant planétaire. La brique élémentaire en serait l’ADN. Ce système aurait une très grande capacité d’adaptation à des conditions locales extrêmement variées : la vie s’épanouit près des sources chaudes de méthane du fond des océans comme sous plusieurs milliers de mètres de glace. Le système vivant s’adapterait par des émergences adaptatives locales : les espèces. Les hommes seraient le produit d’une de celles-ci, survenue, il y a plusieurs millions d’années, dans la vallée du Rift en Afrique de l’Est.

L’homme,dépendant du vivant

Replacé dans cet ensemble, qu’en est-il de l’utilité du reste du monde vivant pour l’une des espèces, l’Homme ? Tout ce que nous mangeons en provient. Pour digérer, nous bénéficions en moyenne de la collaboration de 4 kg de bactéries intestinales. La santé de notre peau est redevable d’une flore bactérienne très riche, qu’hélas beaucoup tentent à tout prix d’éliminer à coups de produits « bactéricides  » ou « fongicides », de désinfectants et autres bombes d’aérosols. Nos vêtements, nos meubles, l’essentiel de notre habitat, comme de notre chauffage, proviennent du vivant. Les entreprises, en passant par les « biotechnologies » (lagunage, fermentations…) utilisent le monde vivant. Pas de fromages sans levures, sans vaches, sans herbe, et sans la diversité biologique des sols.

Se méfier de la distinction nature / culture

La séparation nature/culture produit des doctrines d’éradication. Lorsque certaines firmes produisent des OGM qui fabriquent des insecticides ciblés, elles visent à l’élimination d’un ravageur. Or, le résultat sera la sélection de souches résistantes... L’hyper-hygiénisme hospitalier a eu pour résultat la sélection de souches bactériennes résistantes à la plupart des antibiotiques, tel que le staphylocoque doré.

Que cela nous plaise ou non, nous faisons partie du monde vivant, des chaînes d’interactions entre organismes. Nous tirons grand profit des services gratuits du vivant. Au fond, les atteintes répétées et la violence croissante à l’égard du vivant relèvent d’un comportement suicidaire de l’espèce humaine. Alors, à quoi sert la biodiversité, demandiez-vous ? -

Jacques Weber
Économiste du Cirad, Directeur de l’Institut Français de la Biodiversité


Pour aller plus loin :
La diversité de la vie - Edward O. Wilson ; Paris, Ed. Odile Jacob, 1993.
L’éléphant dans un jeu de quilles : l’Homme et la biodiversité - Robert Barbault ; Paris, Le Seuil, 2006.
Biodiversity - Nature, special issue, 2000.


Cet article est issu de la Baleine 150 - juin 2007

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