Suite, entre autres, à la catastrophe AZF, les PPRT ont pour but affiché de limiter les risques d’exposition de la population aux conséquences d’accidents industriels. Elaborés à partir d’études de dangers, ils doivent évaluer les « enjeux » et la vulnérabilité de l’environnement autour des établissements à l’origine du risque (présence de bâtiments recevant du public, d’équipements sensibles, de lieux à forte densité de population, etc.) et délimiter en fonction de cela des zones de risque à l’intérieur desquelles l’urbanisme sera réglementé :
secteurs à exproprier à cause de « dangers très graves » menaçant la vie humaine ;
secteurs donnant droit à délaissement si « dangers graves » ;
secteurs où les communes pourront préempter les biens en cas de transferts de propriété.
Pour le site ESSO, nous n’en sommes encore qu’au début. Il s’agit d’un plan pilote qui doit servir a évaluer la validité même de la démarche de PPRT. Outre les insuffisances de la concertation (il faudrait que les associations puissent avoir les documents avant les réunions !) et sa brièveté (d’ici décembre prochain), certains points posent d’ores et déjà problème.
En effet, les études de dangers qui sous-tendent ces PPRT sont basées sur une évaluation probabiliste des risques - appelés « aléas » - ce qui revient en quelque sorte à pondérer la gravité de l’accident par des calculs d’occurrence. On ne prend plus en compte un risque déterministe (selon sa nature, ses cinétiques, son impact), mais évalué en fonction de la probabilité d’accident. AZF aurait pourtant dû démontrer une bonne fois pour toutes que, même quand il n’y a quasiment « aucun risque » d’accident, dès lors que celui-ci survient, les conséquences sont bien 100 % désastreuses !
La seconde réunion en juin a confirmé la difficulté à évaluer les « aléas » : les calculs d’occurrence sont très laborieux, les paramètres fort nombreux et difficiles à hiérarchiser. Quant au recensement des populations concernées, la DDE a sollicité les associations riveraines d’ESSO pour une évaluation plus juste. La DRIRE, plus vigilante sur le site, a demandé par arrêté préfectoral des mesures de sécurité renforcées. L’autre problème de fond concerne le financement des actions foncières envisagées, autrement dit le rachat des terrains les plus exposés. Définies par une convention entre l’Etat, l’industriel concerné et les collectivités territoriales, ces transactions donneront probablement lieu à pas mal de contentieux pour les riverains. Et, cerise sur le gâteau, on peut noter que tout cela revient à faire payer le contribuable pour sécuriser le périmètre d’activité des industriels !
Rose Frayssinet et Laure Teulières, octobre 2004