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Riz doré (ou Golden rice) : prouesse technique ou farce médiatique ?

Dans cet article, la biologiste suisse, Floriane Koechlin, démonte toute la propagande faite autour de ce riz censé aider le tiers-monde. L’auteure est, depuis des années, très critique envers les biotechnologies et elle est aussi responsable de la coordination européenne pour la campagne "No patents on life" (Pas de brevet sur le Vivant").

A l’école supérieure de Zürich (ETH), un groupe de travail dirigé par Ingo Potrykus a fabriqué un riz manipulé génétiquement et qui contient de la provitamine A. Trois constructions génétiques ont été insérées dans le patrimoine génétique du riz, à cette fin. Le projet a été financé conjointement par la fondation Rockfeller et l’Union Européenne.(...)

Pour combattre les problèmes sanitaires liés au manque de vitamine A qui peuvent mener jusqu’à la cécité, la FAO avait jusqu’à présent 3 stratégies :
- enrichir les aliments (margarine avec vitamine A dans les Philippines ou sucre avec de la vitamine A dans les Pays d’Amérique du sud)
- distribution de vitamine A : deux fois par an, des capsules de vitamine A à fort dosage été distribuées
- projet d’alimentation comme par exemple des campagnes d’information ou les projets des petits jardins. La provitamine A est présente en particulier dans les légumes verts à feuilles et dans les fruits. Dans la plupart des pays cette troisième solution a été longtemps délaissée mais commence à être reconnue.(...)

Bangladesh : La FAO et la fondation Hellen Keller International ont commencé en 1993 un projet pour favoriser les petit jardins domestiques. Ce sont les femmes qui furent encouragées à les cultiver avec des conseils pour améliorer les méthodes traditionnelles de culture.Les familles sans terre plantent des vignes le long des murs de leur maison et y font grimper des haricots, des citrouilles et une cucurbitacée particulière la "bottle gourd".Toutes ces plantes produisent des feuilles qui sont habituellement consommées. Les femmes qui ont vu la santé de leurs enfants s’améliorer ont pris le projet en main, et il se développe avec un effet boule de neige.En 1998, ce sont 600 000 familles, soit près de 3 millions de personnes qui participent à ce projet.

Dans une étude scientifique de 1996 M W Bloem et son équipe notaient :
- la santé s’est améliorée.
- même des jardins très petits peuvent suffire à couvrir les besoins en provitamine A.
- un résultat surprenant était que plus l’apport de pro vitamine A est diversifié par des fruits et des légumes différents, plus le corps semble mieux l’assimiler.(...)

Thailande : dans ce pays, ce fut une autre cucurbitacée riche en feuilles vertes et en provitamine A qui servit de déclencheur pour la campagne, la "ivy gourd". Le programme a été mené par des mères, des écoliers, des infirmiers/ères et des paysans...

Au Mali, Nigeria et de nombreux autres pays africains où la saison est très courte, la FAO met en place des sécheurs solaires de façon à pouvoir conserver les légumes et les fruits avec une perte minimum de provitamine A.(...)

Après 10 ans de différents programmes, la FAO a tiré les conclusions de ces expériences : Les projets alimentaires doivent être absolument prioritaires, car seule cette stratégie promet une amélioration durable. Les barrières biologiques contre un apport isolé de provitamine A sont très diverses. La provitamine A doit être absorbée par les intestins et ensuite transformée en vitamine A par le corps. Pour cela, il faut la présence de graisses car la provitamine A ne se dissout que dans la graisse. Le régime alimentaire de beaucoup de populations pauvres comprend très peu de graisses. Ces personnes élimineraient donc la provitamine A, sans avoir pu la digérer. Les diarrhées et les infections parasitaires empêchent aussi son assimilation. Comme le dit un expert de l’OMS, "en fait des facteurs importants de l’apparition de la déficience en provitamine A, sont l’absence de conditions d’hygiène correctes et l’eau souillée."

De plus l’assimilation de la provitamin A est très complexe. Les carottes par exemple produisent de la provitamine A sous une forme cristalline à la limite de la digestibilité. C’est pour cela qu’il faut les faire cuire et les servir avec de l’huile ;la provitamine A de l’orange est par contre très facilement digérable.

Comme le montre l’expérience du Bangladesh, il est très important de varier les sources de provitamine A. Et puis, il n’y a pas que la vitamine A. Des manques en iode, fer, ainsi qu’en vitamine C et D, en follates, riboflavine ou calcium peuvent conduire à des maladies. Comme le dit Franz Simmersbach de la FAO : "C’est comme si les recherches sur la vitamine A rendaient les chercheurs aveugles !".

Barbara Underwood spécialiste des déficiences en provitamine A plaide dans son étude de 1999 pour un changement de paradigme : "Le paradigme des institutions responsables de l’alimentation ou de la santé doit passer d’une intervention verticale à une intervention systémique holistique et flexible, s’appuyant sur les compétences et la participation active des communautés villageoises et tenant constamment compte des changements au niveau local." Elle rajoute : "Les interventions couronnées de succès dans les pays en voie de développement, montrent toutes, que des solutions durables ne peuvent être obtenues que lorsque tous les participants sont engagés en partenariat, y compris les pauvres."

Floriane Koechlin termine son article en soulignant le caractère ambigu du personnage Potrykus qui d’un côté veut faire don de ce riz au tiers-monde et d’un autre côté a travaillé à la mise au point d’une trentaine de brevets sur des plantes qui appartiennent en majorité à Novartis, le dernier brevet ayant été accordé en 1999. Apparemment, il a aussi déposé une demande de brevet pour ce riz. Même si Novartis prétend vouloir renoncer à ses droits sur ce brevet, que se passera-t-il lorsque, en 2000, Novartis aura fusionné son secteur agricole avec le géant suédo-britannique, Astra-Zeneca. Le nouveau géant respectera-t-il ces engagements ?


Article paru dans le numéro 138 de février-mars 2001 du Gen-ethischer InformationsDienst GID. Traduction des Amis de la Terre des Landes. L’article est très complet sur les différents aspects de ce riz. Il démontre très bien ce qui est souvent souligné par de nombreuses interventions sur ce site : une fois de plus, la solution génétique a la priorité sur des solutions moins "prestigieuses et modernes" mais en fin de compte plus efficaces mais moins rentables. L’intervention génétiste fait l’impasse sur la complexité du vivant biologique et social...

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