On aime !

Rester informé


Sables bitumineux : Crédit Agricole ne doit pas se rendre complice des violations des droits des peuples autochtones

Montreuil, le 16 octobre 2018 — Crédit Agricole est appelé à renouveler dans les prochains mois sa participation à des financements pour 3,6 milliards de dollars, dirigés aux entreprises canadiennes Enbridge et TransCanada, derrière le développement des très controversés projets d’oléoducs de sables bitumineux Line 3 et Keystone XL. Au regard des violations des droits des peuples autochtones perpétrées par ces deux entreprises, une coalition d’ONG dont les Amis de la Terre demande à la banque de ne pas renouveler ces soutiens et de rompre instamment ses relations avec les deux entreprises.

Honor the Earth, Rainforest Action Network, Sierra Club, 350 Seattle, les Amis de la Terre France et 53 autres organisations de la société civile lancent un appel aux banques Crédit Agricole, JP Morgan Chase et Wells Fargo à mettre fin à leurs financements à Enbridge et TransCanada, entreprises canadiennes derrière les projets de pipelines de sables bitumineux Line 3 et Keystone XL en Amérique du Nord [1].

Crédit Agricole est ciblée par cette mobilisation internationale car la banque française devrait aujourd’hui renouveler sa participation dans une ligne de crédit de 1,48 milliard de dollars accordée à l’entreprise Enbridge. Les 14 et 31 décembre prochain, ce seront trois autres facilités de crédit, pour 1,5 milliard de dollars à TransCanada et pour 625 millions de dollars à Enbridge qui expireront et que Crédit Agricole sera également appelé à renouveler.

Comme le Dakota Access Pipeline (DAPL) — projet hautement controversé construit en l’absence du consentement libre, informé et préalable (CLIP) de la tribu des Sioux de Standing Rock —, les oléoducs Line 3 et Keystone XL constituent une grave menace pour les droits autochtones. Ni Enbridge ni TransCanada n’ont obtenu l’aval de toutes les communautés amérindiennes vivant sur le tracé de leurs projets. Les populations Mille Lacs, White Earth et Red Lake du Minnesota, dont les terres seraient traversées par le Line 3, se battent contre le projet devant les tribunaux, en même temps que la résistance grandit sur le terrain.

En persistant à financer Enbridge et TransCanada, non seulement Crédit Agricole alimente en capitaux leurs ambitions de construire ces nouveaux pipelines développés au dépend de toute considération climatique [2], mais soutient des clients qui se rendent responsables de violations des droits humains. Elle s’expose dès lors aux mêmes risques de réputation qu’avec le DAPL en 2016.

Hasard du calendrier, c’est aussi aujourd’hui que se réunissent à Washington les banques des Principes de l’Equateur. Au cours de cette réunion, le CLIP est un sujet prioritaire inscrit à l’ordre du jour, répondant à une demande formulée en mai 2017 par Crédit Agricole et neuf autres banques européennes [3]. Après le scandale du DAPL et les nombreuses violations des droits humains documentées lors de la construction de ce pipeline de sables bitumineux, Crédit Agricole déclarait en effet publiquement que "afin de réduire les risques d’être confronté à des situations de même nature dans le futur, Crédit Agricole a formulé deux demandes à l’Association des Principes de l’Equateur concernant l’obligation d’obtenir, dans tous les pays, le consentement libre préalable et informé des communautés autochtones impactées” [4].

Deux choix se présentent donc à elle : refuser de renouveler ces 3,6 milliards de dollars de facilités de crédit et rendre enfin ses actions conformes à ses discours et sa demande formulée à l’Association des Principes de l’Equateur. Elle peut aussi renouveler ses soutiens financiers à Enbridge et TransCanada et apparaître sur la scène internationale comme une banque qui bafoue les droits des peuples autochtones et contribue à vider de son objet la plateforme des Principes de l’Équateur. La coalition exhorte Crédit Agricole à tirer les leçons du DAPL de l’entreprise Energy Transfer Partners et du Trans Mountain Pipeline de Kinder Morgan, et à choisir cette première option.

Rédigé le