Sables bitumineux : Crédit Agricole renouvellera-t-il son financement indirect au pipeline Line 3 ?

Jeudi 28 juin 2018, Montreuil – Crédit Agricole devrait renouveler demain une facilité de crédit à l’entreprise Enbridge, qui construit actuellement le très controversé pipeline de sables bitumineux Line 3 entre le Canada et les Etats-Unis. Puisque ce projet est une menace pour l’environnement, le climat et les droits des peuples autochtones, les Amis de la Terre appellent la « Banque Verte » à mettre un terme à ce financement et à définitivement exclure de ses soutiens l’entreprise canadienne, comme l’ont déjà fait BNP Paribas et AXA.

Crédit Agricole et plusieurs autres banques internationales devront demain se positionner sur le renouvellement d’une facilité de crédit à l’entreprise canadienne Enbridge, qui arrive à maturité le 29 juin 2018. Le renouvellement de ce financement, pour lequel la « Banque Verte » joue un rôle de chef de file, est clé pour la suite du projet de pipeline de sables bitumineux Line 3.

Lorette Philippot, des Amis de la Terre explique : « Un financement à Enbridge est un financement pour le Line 3. Car alors que le projet Line 3 ne bénéficie à ce jour d’aucun financement direct des banques, Enbridge a déjà pu commencer les travaux de construction de l’oléoduc. Les banques qui comme Crédit Agricole soutiennent l’entreprise soutiennent donc de manière indirecte, mais décisive, ce projet dévastateur » [1].

Le Line 3 prévoit de transporter 844 000 barils de sables bitumineux chaque jour, sur 1 660 kilomètres entre l’Alberta et le Wisconsin, menaçant sur son chemin les ressources en eau et les communautés locales. Il est estimé qu’une fois en opération, il émettrait 120 mégatonnes de CO2 supplémentaires par an et pourrait causer 51 fuites de pétrole de grande ampleur [2]. En outre, comme le Dakota Access Pipeline (DAPL) hier, le Line 3 est aujourd’hui un symbole de la résistance des peuples autochtones, fortement mobilisés contre le projet. Le Line 3 se développe sans le consentement libre, préalable et éclairé des communautés amérindiennes qui seraient impactées, et viole les droits constitutionnels que le peuple Ojibwé conserve depuis 1855 sur le territoire qui serait traversé par l’oléoduc [3].

« Crédit Agricole disait après le scandale du DAPL vouloir “réduire les risques d’être confrontée à des situations de même nature dans le futur” et souhaiter “l’obligation d’obtenir, dans tous les pays, le consentement libre préalable et informé des communautés autochtones impactées” [4]. Il est temps que la banque agisse en accord avec ses discours, et ne pas renouveler ses facilités de crédit à Enbridge et aux autres entreprises actives dans la construction d’oléoducs de sables bitumineux est bien la seule manière de tenir parole », poursuit Lorette Philippot.

Car ce financement à Enbridge n’est pas isolé. « Depuis fin 2016, Crédit Agricole n’a pas manqué de renouveler tous ses financements aux entreprises derrière les projets d’oléoducs de sables bitumineux Trans Mountain, Keystone XL et Line 3. Ses engagements communiqués en amont du One Planet Summit de 2017 n’y ont rien changé. Après son financement à TransCanada qui porte le Keystone XL fin décembre 2017 [5], elle a aidé début juin 2018 Energy Transfer Partners qui a construit le DAPL à émettre 3 milliards de dollars d’obligations [6]. Crédit Agricole doit impérativement s’engager à ne plus soutenir, directement ou indirectement par des financements aux entreprise, les projets qui n’ont pas obtenu le consentement libre préalable et informé des populations autochtones », conclut Lucie Pinson des Amis de la Terre.

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