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Se déplacer en ville : lettre ouverte au Maire de Paris

Le 25 mars 2001, Bertrand Delanoë était élu Maire de la Ville de Paris, avec l’engagement de réduire la place de la voiture à Paris. A l’occasion de la mi - mandat, les Amis de la Terre Paris, l’Association Réseau Vert, Greenpeace groupe local Paris, Mieux se déplacer à Bicyclette (MDB), Quatre mètres cinquante, le Réseau Action Climat et Vélorution adressent une lettre ouverte à Monsieur le Maire de Paris.

Bertrand Delanoë, changez de braquet !

Une campagne au slogan explicite ("changer d’ère"), un contrat de mandature clair : Monsieur le Maire de Paris, vous vous êtes engagé. Engagé à placer votre mandature sous le signe du combat contre l’envahissement des voitures, engagé à développer les transports en commun, engagé à donner leur place aux cyclistes, engagé à civiliser les grands axes de transit, engagé à permettre aux quartiers de vivre tranquilles, sans bouchons ni pollution… Des réalisations emblématiques, comme la mise en site propre des couloirs bus sur le boulevard Sébastopol, la rue de Rivoli ou le boulevard Saint Germain, vinrent vite illustrer cette volonté politique. Les sondages montrèrent l’approbation par les Parisiens d’une politique perçue comme avant-gardiste. Mais aujourd’hui parvenue à mi-mandat, la municipalité semble avoir oublié ses promesses, tandis que certains médias compatissants se font le relais de Parisiens à moteur qui seraient en rage contre la politique soi-disant rétrograde du maire et de ses " ayatollahs verts ". On serait assourdi par les plaintes d’automobilistes, victimes de voies de bus qui ne seraient bonnes qu’à provoquer des bouchons, de riverains et commerçants excédés par d’immondes pistes cyclables supprimant des places de stationnement. Les pauvres Franciliens seraient nouvellement condamnés à des heures d’embouteillages pour pénétrer dans la capitale… Tous se coaliseraient contre un Bertrand Delanoë pourfendeur tyrannique des automobilistes. Mais, Monsieur le Maire, vous êtes victime d’une injustice, car ceux qui vous taxent de fanatisme anti-voiture se trompent grandement. Les adeptes des deux roues sans moteur ou des transports en commun sont stupéfaits d’apprendre que désormais à Paris la voiture est une espèce menacée !

Demi-mandat, demi-mesures La dure réalité des faits et des chiffres montre clairement qu’au contraire, en matière de transport, la nouvelle municipalité n’a adopté, en un demi-mandat, que des demi-mesures. Voies de bus multipliées ? En 2001, la ville avait annoncé 41 kilomètres de voies de bus élargies dans l’année. À peine plus de la moitié ont été réalisés trois ans plus tard. La mise en service d’un tramway sur une portion du boulevard des maréchaux ne suffira pas à elle seule. Piétons, cyclistes et rollers privilégiés ? L’accord de mandature PS-Verts promettait la mise en place du Réseau Vert : un réseau de rues sans voitures, selon le principe de deux axes est-ouest et nord-sud dans chaque arrondissement, reliés entre eux et maillant tout Paris. Le projet est toujours dans les limbes. Seul un axe expérimental la Villette - Notre-Dame est envisagé sous une forme qui laisse trop de place à la voiture. Certes, certains commerçants refusent la suppression de la circulation le long de leurs vitrines. Mais les quartiers sans voiture ne sont pas des quartiers morts ! Les cyclistes et les piétons ont aussi un pouvoir d’achat ! Une rue commerçante sans voiture est bien plus attractive qu’une voie bouchée et irrespirable. Le réseau de pistes cyclables étendu ? Denis Baupin avait promis de multiplier par quatre les 163 kilomètres de pistes alors existants (1). Aucun kilomètre n’a été ajouté en 2001, un seul en 2002 et dix en 2003. Six " Maisons Roue Libres " (2) devaient être en service au plus tard en septembre dernier, cinquante contresens cyclables devaient être réalisés en 2003. Rien de cela n’a été fait Votre équipe se targue d’avoir fait baisser la circulation automobile de 3 % par an. Mais cette baisse était amorcée dès 1995 ! Paris est finalement dans le peloton de queue des villes cyclables. 60 % de la chaussée reste toujours occupée par des voitures en stationnement et 35 % par des voitures en circulation. Les bus occupent 5 % de l’espace, quant aux vélos, la largeur de leurs pneus n’est même pas quantifiable… Sous Paris-Plage, le bitume !

Demi-mesures, grogne générale Nous voici donc face à un paradoxe : votre équipe, Monsieur le Maire, est accusée de rendre la vie impossible aux automobilistes, pour certains contraints d’utiliser leur véhicule, alors que vos mesures sont loin de satisfaire les non-automobilistes, majoritaires à Paris. À faire dans la demi-mesure, n’allez-vous pas finir par vous attirer les foudres des uns comme des autres ? Certes, cette frilosité peut s’expliquer en partie par les mouvements de résistance - au-delà des commerçants déjà évoqués - à l’encontre d’une politique plus volontariste. Les architectes des Bâtiments de France s’opposent à tout réaménagement de la voirie pour défendre l’ordonnancement haussmanien. Comme si la transformation de Paris en autoroute cadrait mieux avec les plans du baron ! Le préfet de police freine tous les projets sur les axes qui sont de son ressort. L’Etat - majoritaire au sein du syndicat des transports d’Ile de France - bloque les projets de lignes inter-banlieues ou les augmentations de fréquence. Pourtant, plutôt que d’accuser le maire de Paris de favoriser une fantasmatique population de bobos qui toiseraient du haut de leur trottinette le peuple de la banlieue à quatre roues, la question est bien de revoir les connexions Paris-banlieue et banlieue-banlieue si l’on veut de nouveau pouvoir respirer à Paris et en banlieue. Il faut donner la possibilité aux travailleurs pendulaires de choisir autre chose que le déplacement en voiture.

Le temps du sprint L’équipe municipale actuelle a été élue pour limiter la place de la voiture. Tous les sondages montrent que les parisiens - mais aussi les banlieusards - soutiennent toujours cette option. La mairie de Paris doit oser être conséquente, elle peut pour cela s’appuyer sur une population touchée par les maladies respiratoires, excédée de voir l’espace public envahi, saoulée des nuisances sonores, effarée des dangers de la route. La voiture continue de provoquer plus de 70 morts et 600 blessés graves en moyenne chaque année dans Paris Intra-Muros. Elle est source, avec les autres modes de transport polluants, de 40 % des émissions de CO2. La mairie s’est engagée au retour du sommet de Johannesburg à réduire les émissions parisiennes de gaz à effet de serre, mais certaines villes de province comme Rennes, Grenoble, Chalon-sur-Saône ou Nantes sont bien plus avancées dans ce domaine. Sans parler des exemples de certaines villes étrangères.

Monsieur le Maire, si votre bilan apparaît décevant, c’est qu’il contraste avec vos annonces triomphales. Il est temps de changer de braquet pour tenir les engagements qui feront de Paris un modèle en Europe plutôt qu’un repoussoir pour des habitants asphyxiés, des touristes dégoûtés et des hommes d’affaires étrangers effarés par notre circulation et notre pollution. Monsieur le Maire, il vous reste trois ans pour arrêter de mouliner. Un demi-mandat pour mettre les bouchées doubles.

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