Texte de la Déclaration communiqué au séminaire "soja" organisé par le CCFD les 6 & 7 décembre 2006 à Paris :
Le modèle de développement irresponsable, insoutenable et antidémocratique dans le Paraguay actuel.Le rôle de la megaproduction de soja dans la destruction des territoires, de l’eau, des communautés et des écosystèmes au Paraguay.
"Nous, mouvements indigènes, paysans, urbains et organisations sociales du Paraguay, soutenus par d’autres mouvements, groupes et citoyens solidaires qui adhèrent à cette Déclaration, rejetons le système économique exportateur de soja issu de monoculture, basé sur l’usage de biocides, de toxiques et sur l’introduction du risque ogm. Ce système est responsable de la spoliation du patrimoine naturel et culturel : l’expulsion des populations locales et la concentration des pouvoirs au niveau national et sur les territoires occupés par le soja mettent en péril la souveraineté même des Etats- nation, de leurs peuples et communautés.
La production de soja à grande échelle est inévitablement insoutenable, clairement inscrite dans un modèle agro-industriel antidémocratique, facteur d’exclusion, irresponsable, égoïste qui concentre les bénéfices. Le Président de la république du Paraguay lui-même, bien qu’il n’ait rien tenté pour modifier la situation, a déclaré récemment : « L’Amérique latine n’a aucun besoin de ce système économique. ».
L’expansion des « déserts verts » des monocultures de soja, de fourrages et d’arbres exotiques promeut une agriculture mécanisée sans paysans, sans humains. Toutes les monocultures détruisent les écosystèmes, génèrent pauvreté, chômage, exclusion et expulsion des populations ; elles nuisent à la santé des hommes et de l’environnement, détruisent la biodiversité naturelle et la variété des agricultures ; elles empoisonnent l’eau et les sols fertiles et compromettent gravement la sécurité et la souveraineté alimentaire des peuples des pays où elles s’installent.
L’appellation « production responsable » pour la culture du soja est une supercherie, une expression démagogique utilisée pour blanchir les intérêts du secteur industriel allié des corporations transnationales face au développement de la prise de conscience citoyenne et de la construction d’alternatives économiques nationales et régionales fondées sur la démocratie, la participation et l’intégration et sur des modèles sociaux, politiques, économiques et environnementaux soutenables.
Au Paraguay, qui paye la facture de la pollution par plus de 20 millions de litres de produits chimiques déversés chaque année sur le seul territoire paraguayen ? Qui endosse la responsabilité de la destruction des ruisseaux, des rivières, des sources et des zones humides ? de l’expulsion de près de 100 000 paysans chassés chaque année de leurs demeures et de leurs terres ? de l’assassinat de plus de 100 dirigeants paysans ? de l’ethnocide des communautés et peuples indigènes ? de l’inculpation de plus de 2000 paysans, résistants légitimes à ce système prédateur ? La megaproduction de soja en monoculture n’est pas possible sans ces effets ravageurs.
Le concept trompeur de « soutenabilité » appliqué aux monocultures de soja nous piège dans le discours conservateur développé récemment par quelques secteurs en Europe et maintenant en Amérique latine de la demande mondiale pour approvisionner en fourrage les élevages d’animaux en Europe et en Chine ( on espère une augmentation de 60% pour atteindre 300 millions de tonnes par an en 2020, ce qui supposerait l’occupation de près d’un million et demi de km² équivalent quasiment à la moitié de la superficie de la Cuenca del Plata et la destruction en outre de 220 000 km² de bois et de savanes, en plus de ce qui a déjà été détruit)
L’initiative de la Table Ronde pour un Soja Responsable ne remet pas en cause le modèle agro-exportateur, ni les systèmes de megaproduction dépendants de l’usage des biocides, ni les compagnies transnationales productrices de semences transgéniques et de phytosanitaires comme Monsanto, Pioneer, Syngenta, Dupont et Cargill entre autres. Elle ne met pas non plus en cause les opérations des Institutions financières internationales et des Banques de « Développement » qui promeuvent des économies basées sur les monocultures, l’exportation des productions agricoles et l’endettement.
Ce système basé sur l’exportation, pour assurer sa continuité, a généré et impulsé des processus de criminalisation de la lutte sociale et criminalisé la pauvreté elle-même. La « sojatisation » viole systématiquement la législation du travail, le droit social et environnemental. Elle s’oppose à la conquête des droits humains fondamentaux , particulièrement les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux. C’est incompatible avec un Etat de droit.
L’intérêt des nations et des peuples oblige à défendre les droits des communautés à une vie saine et souveraine, avec des garanties supérieures des droits humains fondamentaux et du plein exercice de la souveraineté sur les territoires, l’alimentation, la culture propre et l’économie.
Nous condamnons la tenue au Paraguay de cette seconde Table Ronde pour un Soja « Responsable » parce que nous la considérons comme un outrage aux misères infligées à tout un peuple."Initiatiateurs de l’Appel :
Via campesina Paraguay (MCP, MCNOC, OLT, CONAMURI), ONAC, CNOCIP, MAP, FNC, CAMST, CSER, MOFSU, BASE.IS, SEPA, Sobreviviencia ( Amigos de la Tierra Paraguay), CCDA, GFC, ASEED, UNA/PESCA/CNT, GRR.
GRAIN et http://www.grain.org/biodiversidad/...




