
L’expansion rapide de la monoculture du soja en Amérique du Sud (au Brésil et en Argentine, la surface cultivée est passée de 6,8 millions en 1976 à 36,7 millions d’hectares en 2005) est lourde de conséquences pour l’environnement et les populations : déforestation, érosion rapide des sols, usage massif de pesticides, expropriation des paysans et des communautés rurales. Alors que l’essentiel de la production est exportée, des franges entières de la population vivent dans l’insécurité alimentaire.
Dans ce contexte, l’objectif de cette 3e Table ronde, de créer une certification pour garantir une culture responsable et durable du soja en Amérique du Sud, cache surtout deux objectifs pour les multinationales du soja : d’une part rassurer les consommateurs et les États européens de plus en plus conscients des impacts négatifs de la monoculture du soja et d’autre part, ne surtout rien changer à leurs pratiques.
Pour Christian Berdot, coordinateur OGM/agrocarburants aux Amis de la Terre : « Les industriels veulent cacher derrière la feuille de vigne verdâtre de la certification, l’étendue de la catastrophe sociale et environnementale qu’est le soja. L’Europe en est le premier importateur mondial et utilise le soja pour nourrir son bétail et produire de la viande. Le soja est désormais aussi utilisé pour la fabrication d’agrodiesel ! Il ne sera durable que si la demande diminue et si nous mettons fin à notre surconsommation de viande et de carburants. Il ne peut y avoir de commerce équitable sans consommation équitable de notre part. »
Mais les multinationales participant à cette table ronde n’ont aucun intérêt à voir la demande mondiale en soja diminuer, et ne participent à la Table ronde que pour "verdir" leurs pratiques « Les multinationales ont même réussi à faire admettre que le soja OGM puisse être labellisé soja responsable, un comble ! » s’insurge Christian Berdot.
Pour Sylvain Angerand, Chargé de campagne Forêts : « Le seul critère a priori intéressant de cette certification est d’interdire la culture du soja à la place d’une forêt primaire, mais en réalité, on ne fait que déplacer le problème. En Amazonie brésilienne, les entreprises s’accaparent de vastes territoires, expulsent les communautés qui les cultivaient et les poussent vers la forêt qu’elles défrichent pour pouvoir survivre. Le problème de la déforestation n’est donc pas réglé, mais les entreprises peuvent s’en laver les mains et rejeter la faute sur les petits paysans ! »
La Table Ronde sur le Soja Responsable n’est pas une initiative isolée comme le révèle nouveau rapport des Amis de la Terre « La durabilité comme écran de fumée » [1] : « Sucre de canne, soja ou encore palmier à huile, des certifications sont en train de se mettre en place partout dans le monde pour essayer de contenir la lame de fond des agrocarburants mais aucune ne s’attaque au vrai problème : nous n’avons qu’une seule planète et en consommons les ressources inéquitablement. Pour y remédier, il est urgent au Nord, de réduire notre consommation indirecte de soja, en mangeant moins de viande et de repenser nos transports pour que les pays du Sud n’aient pas à supporter les conséquences de nos excès ».
Contact presse :
Caroline Prak - Les Amis de la Terre
Tél. :01 48 51 32 22 - 06 86 41 53 43
Notes :
[1] Le rapport est téléchargeable en ligne sur le site des Amis de la Terre - Europe : http://www.foeeurope.org/agrofuels/sustainabilitysmokescreen.html