Stop aux investissements qui accaparent les terres !

Londres, Paris, le 3 décembre 2012 - Les fonds de pensions et les banques privées sont les organismes qui investissent le plus dans les terres agricoles. A quelques jours de la Conférence sur les investissements mondiaux en terres agricoles, qui se tiendra à Londres les 4 et 5 déc embre et dont le but est d’explorer les possibilités d’investissements en Afrique, Amérique latine et centrale et en Russie, des organisations de la société civile (1) leur demandent de cesser de favoriser l’accaparement de terres (2).

Les banques privées et les fonds de pension sont de plus en plus actifs dans l’acquisition de vastes étendues de terres, ce qui a des conséquences catastrophiques sur les populations locales. Les fonds de pensions et les banques présents à la Conférence de Londres représentent plus de 3 milliards de dollars états-uniens d’actifs. Ces fond et banques doivent renoncer à ces investissements qui menacent les moyens de subsistance et la souveraineté alimentaire d’innombrables communautés locales.

Depuis 2008, les investissements dans le foncier n’ont cessé d’augmenter et des millions d’hectares ont été confisqués à des petits paysans, des communautés de pêcheurs et d’autres communautés rurales, les privant de leurs moyens de survie (3). L’accaparement des terres s’accompagne très souvent d’expulsions violentes et de violations des droits humains. On s’attend à ce que les investisseurs institutionnels augmentent de 500 % leurs portefeuilles de placements agricoles d’ici 2017.

Pour Kirtana Chandrasekaran, coordinatrice du programme Souveraineté alimentaire de la Fédération internationale des Amis de la Terre : « Beaucoup considèrent malheureusement que les investissements privés dans le foncier agricole présentent peu de risques et sont profitables pour les pays en voie de développement. Ils ont pourtant souvent des conséquences très négatives pour les communautés concernées et pour l’environnement. Mais la plupart de ces investissements peuvent s’avérer être plus risqués que prévu, lorsqu’il y a des incertitudes juridiques et que les communautés s’y opposent ».

Elle rajoute : « Les principaux investisseurs comme les banques et fonds de pensions doivent revoir leurs portefeuilles de placement et arrêter de financer l’accaparement des terre ».

Les Amis de la Terre Europe ont publié cette année un rapport intitulé Faire pousser de l’argent ou comment les banques et la finance privée européennes profitent de la spéculation et de l’accaparement des terres. Ce rapport analyses les activités de 29 banques, fonds de pensions et compagnies d’assurances comme la Deutsche Bank, Barclay, RBS, Allianz, BNP Paribas, AXA, HSBC, Generali, Unicredit et le Crédit Agricole. Il révèle le rôle important que jouent ces institutions financières dans la spéculation sur les denrées alimentaires et dans le financement de l’accaparement des terres (4).

Exemples de pays :

LIBERIA - Au Liberia, les investissements dans les terres agricoles ont facilité l’accaparement des terres. Un quart du pays - y compris de vastes étendues de terres fertiles - a été concédé à des compagnies d’huile de palme, de caoutchouc et à des compagnies forestières, ce qui diminue d’autant la surface dédiée à la production alimentaire. Ces grandes plantations sont présentées comme un moyen de créer des emplois, d’apporter le développement et d’augmenter le budget gouvernemental. La réalité est toute autre : ces plantations menacent les droits fonciers des populations locales et leurs moyens de subsistance, tout en hypothéquant l’avenir de l’un des plus importants hauts lieux de la biodiversité mondiale.

Cette semaine au Liberia, l’association Sustainable Development Institute (Amis de la Terre Liberia) organise une grande conférence avec les communautés victimes des plantations de palmiers à huile, qui veulent se faire entendre et demandent à être consultées.

Entre 2009 et 2010, le gouvernement du Libéria a concédé plus de 250 000 ha de terres à des producteurs transnationaux comme Sime Darby et Golden Veroleum Liberia sans consultation et sans s’assurer du consentement des personnes qui vivent sur ces terres et en font usage (5).

Les Amis de la Terre, et BastaMag !, ont publié un rapport, en mai 2012, sur les plantations de palmiers à huile de Sime Darby : http://www.amisdelaterre.org/Huile-de-palme-vivre-ou-conduire.html

ETHIOPIE - Ces dernières années, l’Ethiopie a donné en concession de vastes étendues de terres arables et fertiles à des investisseurs étrangers sans que les communautés concernées soient vraiment consultées. Depuis 2008, plus de 3,6 millions d’ha ont ainsi été concédés. Dans la région de Gambela, par exemple, la compagnie indienne Karuturi Global a obtenu une impressionnante concession de 300 000 ha, privant ainsi les populations autochtones de leur accès à l’eau, aux zones de pêches ou de pâturages, aux matériaux de construction traditionnels et à leurs sources de nourriture. Comme dans de nombreux cas, il n’y a pas eu de consentement préalable ni de consultation avec les communautés locales. Les communautés victimes n’ont pas été consultées et n’ont donné aucun consentement préalable à ces investissements.
Pour Nyikaw Ochalla de l’organisation Anywaa Survival « En Ethiopie comme ailleurs les investissements fonciers, par exemple dans des plantations, portent atteinte aux droits des populations locales et menacent leur moyens de susistance ».

MADAGASCAR - Mamy Rakotondrainibe, du Collectif pour la défense des terres malgaches -TANY - à Madagascar explique : « L’accaparement des terres est provoqué par des investisseurs nationaux ou étrangers. Non seulement, ils mettent en œuvre des projets en faveur de l’agrobusiness ou créent des zones de conservation de la biodiversité, mais en plus, ils développent le tourisme et les infrastructures pour les industries extractives. » Elle précise : « En ce moment nous soutenons la plainte de communautés pastorales contre la compagnie italienne Tozzi Green qui veut louer 100 000 ha dans la région de Ihorombe pour cultiver principalement du jatropha afin de produire de l’agrodiesel. »

OUGANDA - Un rapport publié cette année par les Amis de la Terre Ouganda, révélait l’étendue des violations des droits des populations et l’ampleur des destructions environnementales lors d’un cas d’accaparement des terres (6).

Contact presse : Caroline Prak - 06 86 41 53 43 - 01 48 51 18 96

NOTES :
[1] Les organisations de la société civile sont : la Fédération Internationale des Amis de la Terre / l’organisation Anywaa Survival / GRAIN / Re : Common (Italie)
Ces groupes demandes aux fonds de pension et aux autres institutions financières publiques ou privées d’arrêter de spéculer sur le foncier et de stopper tout investissement néfaste dans le circuit mondial de l’alimentation ; de publier entièrement les informations sur tout investissement direct ou indirect dans des acquisitions foncières et les autres opérations qui impliquent un accaparement de terres ; de se soumettre obligatoirement à une évaluation indépendante et préalable des impacts potentiels des investissements et produits sur les droits fonciers, les moyens de subsistances des populations, sur l’environnement et sur la réalisation progressive du droit à une alimentation suffisante. Pour plus d’informations : http://www.foeeurope.org/sites/default/files/press_releases/joint_statement_on_the_finance_of_land_grabs_june_2012_en_1.pdf
[2] The Global AgInvesting Europe 2012 website is : http://www.globalaginvesting.com/Conferences/Home?eventId=11
[3] Plus d’informations : Oxfam 2011 Land and Power : The growing scandal surrounding the new wave of investments in land, http://policy-practice.oxfam.org.uk/publications/land-and-power- the-growing-scandal-surrounding-the-new-wave-of-investments-in-l-142858
[4] Plus d’informations : http://www.foeeurope.org/farming-money-Jan2012 and www.farmlandgrab.org
[5] Plus d’informations : ’Communities in Liberia meet this week to discuss options after large-scale land grab’ : http://www.foei.org/en/what-we-do/climate-and-energy/latest-news/2018our-future-is-now2019-communities-in-liberia-meet-this-week-to-discuss-options-after-large-scale-land-grab
[6] Plus d’informations : http://www.foei.org/en/media/land-grab


Photo : Friends of the Earth International sous licence creative commons : http://www.flickr.com/photos/foei/sets/72157629731045873/

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