Ressources et médias

Rester informé


Stratégie nationale sur la Biodiversité : une reconquête qui s’apparente à un repli

La stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020 fait un constat lucide des faiblesses de l’action publique mais manque singulièrement de volonté et d’audace dans les mesures retenues pour y remédier et surtout occulte la dimension internationale des conséquences de nos modes de production et de consommation pour la biodiversité.

Le constat fait par les pouvoirs publics souligne que les défis que la SNB a tenté de relever en 2004-2010 restent d’actualité et précise que la France doit faire preuve d’un volontarisme accru dans un contexte ou la biodiversité continue de se dégrader, Rappelle que malgré les engagements internationaux, européens, nationaux et locaux la biodiversité décline fortement, les objectifs fixés par la CDB (convention sur la diversité biologique) n’ont pas été atteints, et enfin assure que la conservation de la diversité génétique domestique et sauvage est un objectif majeur. Au regard de ce constat et engagement, les mesures et objectifs proposés sont décevants, pourquoi les démarches et actions d’information visant à susciter « l’envie d’agir pour la biodiversité » comme le formule les orientations de la SNB, auraient elles une plus grande écoute et une plus grande efficacité maintenant ?

Les causes et les enjeux occultés qui nécessitent des réponses volontaristes et adaptées pour inverser l’érosion en marche et procéder à une reconquête de la biodiversité ont été lissées ou oubliés pour ne pas se heurter aux situations établies des grands groupes économiques qui en bénéficient. Avoir la volonté d’enrayer la biodiversité implique nécessairement de remédier aux problèmes récurrents suivants : l’artificialisation des sols, l’impact de notre consommation sur la biodiversité ici mais surtout bien loin de nos frontières, l’uniformisation mondiale des modes de culture agricole et la monétarisation des services de la nature.

artificialisation des sols qui menace l’agriculture vivrière Alors que les indicateurs de la stratégie de DD du ministère soulignent que les espaces artificialisés s’accroissent de 60 000 hectares/ an depuis 1993, aux dépens principalement des terres agricoles et des milieux semi-naturels. Pour lutter contre le mitage, la SNB vise à réaliser un suivi de l’occupation des sols à travers la création d’un observatoire des sols. Quand cesserons-nous d’observer le cheminement vers l’irréparable pour enfin le stopper ? Quand arrêterons-nous le mitage et la spéculation foncière en bloquant le reclassement de terres agricoles en terrain constructibles, notamment à proximité des agglomérations.

Un oubli majeur, la dégradation de la biodiversité au-delà de nos frontières ? L’absence d’intégration de cette démarche dans une dimension globale et internationale de la biodiversité décrédibilise la volonté d’agir en solidarité avec les populations autochtones concernées. Les Amis de la Terre ont dénoncé à de nombreuses reprises les importations de bois illégal ou d’essences répertoriées sur la liste rouge de l’UICN. La pénalisation de ces importations n’est toujours pas envisagée. Les agro carburants sont à l’origine d’une forte pression sur les forets Tropicales, la biodiversité et les cultures vivrières des pays du sud. Pour faire rouler voitures et camions, l’usage des terres et les productions agricoles sont détournées et la biodiversité piétinée. Enfin, la loi ne réglemente toujours pas la responsabilité des multinationales pour les activités de leur filiales quelque soit le pays d’implantation de ces filiales. Les dégâts sociaux et environnementaux sont sacrifiés au profit des grands groupes d’exploitation des ressources naturelles.

l’uniformation mondiale des modes de culture agricole, un risque majeur pour la sécurité alimentaire Entre 1954 et 2008, 80% des variétés potagères ont été radiées du catalogue. La ou il faudrait casser les oligopoles de la semence (10 firmes contrôlent les 2/3 du marché mondial, la loi grenelle 2 entérine ce fait et contribue à restreindre la diversité, la SNB ne répare pas cette erreur. La diversité génétique constitue une ressource incontestée en vue d’une meilleure adaptation aux territoires et au changement climatique et une protection incomparable aux pandémies.

intégrer les ressources dans les systèmes de comptes nationaux ? monétariser les services de la nature ? La nature à une valeur inestimable, elle n’a pas de prix. On ne peut en aucun cas ni définir ni mesurer la valeur économique d’une espèce, d’un écosystème et encore moins de tous les services de la nature. Cette approche économique qui se traduit toujours par des hypothèses simplificatrices d’un problème complexe rend inopérantes les seules évaluations économiques et conclusions bâties sur ces bases. La préservation de la biodiversité dans la décision économique est une erreur ou un leurre.

La SNB oriente essentiellement sa démarche sur la sensibilisation et l’implication volontaire (au travers de propositions de chartes et codes de bonnes conduites) mais occulte le cadre réglementaire incitatif (normes, lois et décrets)et la biodiversité domestique qui seraient indispensable pour enrayer durablement cette érosion. La sanctuarisation d’espaces, qu’on les appelle espaces protégés, naturels ou trame verte-trame bleue ne constituent que des positions de repli, des réserves qui sont l’aveu d’une absence de volonté de changement. Pour les Amis de la Terre retrouver l’harmonie homme nature, et cesser de considérer la Terre comme une ressource infinie et un puits sans fond suppose une remise en cause des modes de production et de consommation.


Photo : Un jardin éphémère sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris met à l’honneur la sauvegarde de la biodiversité durant l’été 2008. Crédit : Alain Bachellier sous licence Creative commons.

Rédigé le