Gilgel Gibe III fait partie d’un ensemble de trois grands barrages le long du bassin fluvial de la rivière Omo dans le Sud-Ouest de l’Ethiopie. En 2005, la BEI avait accordé un prêt de 50 millions d’euros à un autre barrage (2) situé sur le même bassin fluvial. Il avait fait l’objet d’une enquête par le tribunal de Rome en raison de violations avérées des législations nationales et internationales.
Le projet Gilgel Gibe III représente quant à lui un investissement colossal de 1,55 milliards d’euros, et sa construction a été accordée à l’entreprise italienne Salini sans procédure d’appel d’offre.
Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, explique : « La mise en œuvre de ce projet impliquerait l’inondation de 500 hectares de terres agricoles, le déplacement de centaines de familles et le réservoir de 150 km de long menace l’équilibre d’un écosystème fragile et unique. Les populations locales n’ont pas été correctement consultées et l’étude d’impact environnemental et social a commencé après le début des travaux. S’il se réalise, Gibe III sera une catastrophe. »
En mars 2009, l’organisation Friends of Lake Turkana, qui représente des communautés affectées au Kenya, a demandé à la BEI de ne pas financer le barrage Gilgel Gibe III et a obtenu un rendez-vous avec la Banque, qui aurait dû avoir lieu la semaine prochaine. Mercredi, la BEI a annulé la réunion et a annoncé la décision du Président de la Banque de ne pas financer le projet.
Pour Anne-Sophie Simpere : « La Banque publique de l’Union européenne ne pouvait soutenir un projet aussi destructeur : elle a pris une décision responsable, et nous espérons qu’il s’agit d’un premier pas vers l’adoption par la BEI de l’ensemble des recommandations de la Commission mondiale des barrages, la référence internationale, dans ses politiques de financement. »
Caterina Amicucci, de l’ONG CRBM en Italie, poursuit : « Nous encourageons tous les autres potentiels bailleurs, notamment la Coopération italienne au développement, à suivre la décision de la BEI. Nous sommes prêts à porter ce cas devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies si c’est nécessaire pour arrêter ce projet destructeur. Il est urgent d’accélérer la transition vers des projets énergétiques soutenables dans les pays du Sud, non des méga-infrastructures coûteuses et destructrices qui ne répondent pas aux besoins exprimés par les populations locales. »
Plus d’information : rapport The Gilgel Gibe affair : an analysis of the Gilbel Gibe hydroelectric projects in Ethiopia (en anglais)
Notes :
(1)La coalition européenne "Counter Balance : Réformer la BEI" rassemble les ONG suivantes : CEE Bankwatch Network (Europe centrale et orientale), les Amis de la Terre (France), Urgewald et WEED (Allemagne), Campagna per la Riforma della Banca Mondiale (Italie), BothEnds (Pays-Bas), Bretton Woods Project (Grande-Bretagne).
(2) Il s’agissait du barrage Gilgel Gibe II
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