Depuis que la PAC existe, elle subventionne le remplacement de l’énergie humaine et de la traction animale par l’énergie fossile et les pesticides. Au-delà des subventions directes, c’est d’abord en ne facturant pas à son juste prix le pétrole indispensable à la fabrication des engrais azotés solubles que la PAC encourage le réchauffement du climat et l’épuisement des ressources de la terre au détriment des générations futures à qui nous cédons une planète épuisée et déréglée.
L’engrais chimique, puis l’abus de mécanisation lourde, la destruction des arbres et le gaspillage d’eau d’irrigation qu’il entraîne, détruisent à leur tour les réserves humiques des sols en alourdissant encore la libération du carbone. Les plantes qu’ils font pousser sont malades et ne peuvent plus pousser sans les pesticides qui empoisonnent les sols, l’eau, l’air et notre santé. Le droit à la santé est financé par les charges sociales prélevées sur le travail paysan ou salarié dont le coût est ainsi toujours plus élevé, tandis que les revenus spéculatifs ne sont pas prélevés, que les équipements industriels et les semences certifiées dépendantes des pesticides chimiques sont subventionnées. Tant que la réparation des dégâts causés à l’environnement, à l’emploi et à la santé par cette agriculture productiviste ne sera facturée qu’aux contribuables et aux générations futures, la PAC continuera à les encourager.
Les barrières tarifaires aux frontières ont permis à l’Europe de reconquérir son autonomie alimentaire et aux paysans de gagner leur vie en continuant à entretenir le territoire européen. Au nom de quelle justice pouvons-nous aujourd’hui exiger des pays du Sud qu’ils ne fassent pas ce que nous avons fait avec raison. La suppression du protectionnisme agricole est une catastrophe pour la souveraineté alimentaire, pour l’emploi et pour l’environnement. En Europe, le pastoralisme a été le premier sacrifié sur l’autel de la liberté du commerce : la disparition des parcours et de l’herbe a entraîné les incendies, la friche et les montagnes de déjections des élevages hors sols qui empoisonnent nos sols, nos rivières et nos côtes, ainsi que notre dépendance totale aux importations de soja. Le remboursement de la dette inique que nous avons imposé aux pays du Sud les contraint à abandonner leurs cultures vivrières pour alimenter notre voracité excessive en protéines animales et maintenant celle de nos bagnoles. Les délocalisations qui atteignent aussi massivement les productions maraîchères, fruitières et viticoles augmentent les transports et leur cortège de dégâts environnementaux.
Les subventions aux exportations ont encouragé pendant un demi-siècle les agriculteurs européens à produire toujours plus, avec toujours plus d’intrants chimiques, au détriment de l’emploi, de la santé et de l’environnement en Europe et des agricultures du sud qu’elles ont détruites. Leur remplacement par des soutiens directs n’a rien changé : les productions les plus subventionnées sont toujours les plus gourmandes en intrants chimiques. 80 % de ces soutiens directs vont toujours au 20 % d’agrimanagers les plus riches alors que seuls des paysans nombreux pourraient nourrir sainement la population en entretenant correctement le territoire et l’environnement. Le montant de la PAC est équivalent au chiffre d’affaire de l’industrie phytosanitaire dont les bénéfices augmentent chaque jour alors que toutes les minutes un paysan européen quitte la terre pour le chômage : les contribuables européens savent-ils qu’au lieu d’aider les paysans, la PAC qu’ils financent subventionne l’industrie pétrochimique qui les empoisonne ?
Le président actuel de la France et de l’Union Européenne annonce le retour de la préférence communautaire non pas en revenant aux protections aux frontières garantes de la souveraineté alimentaire, mais grâce aux normes « sanitaires » et « environnementales ». Ce nouveau subterfuge ne trompe personne, ces normes sortent tout droit du Codex Alimentarius soumis à tous les caprices des multinationales. Au prétexte de santé et d’environnement, elles ne servent qu’a sécuriser les approvisionnements de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution, en condamnant les productions paysannes, artisanales, de qualité traditionnelle ou biologiques et les petits paysans qui ne peuvent pas financer les installations industrielles qu’elles exigent. Ainsi, les charcuteries et fromages fermiers, les petits abattoirs de proximité, les marchés de plein vent ou à la ferme, les semences paysannes, les soins des plantes et des animaux avec des plantes ou des produits naturels, le pastoralisme et les transhumances … sont « hors normes » et peu à peu interdits pendant que l’abus de désinfectants, engrais, pesticides, vaccins et « médicaments » chimiques, les OGM et autres semences manipulées pour interdire aux paysans de ressemer leur récolte et les obliger à utiliser toujours plus d’intrants, les usines à production de « soja sur patte » baptisées élevages, les contrats soumettant les paysans aux marges arrières des centrales d’achats …, tous « sécurisés » par ces nouvelles normes, sont encouragés.
D’autres, l’Italie en tête, voudraient sauver les paysans européens grâce aux productions de qualité et aux Dénominations d’Origine Contrôlée : très bonne idée si c’est d’abord pour développer les marchés de proximité. Mais à quoi bon si le seul but est de conquérir de nouveaux marchés à l’exportation en se soumettant aux normes qui interdisent les pratiques saines et traditionnelles qui font la qualité gustative, sanitaire et environnementale de nos productions de terroirs ?
La PAC prétend même « aider » les paysans des nouveaux pays entrants de l’est européen à respecter ces normes qui éliminent 80% d’entre eux. Les paysans n’ont pas besoin de subventions pour acheter la corde qui servira à les pendre, ils ont besoin qu’on respecte leurs droits collectifs d’accès à la terre, à l’eau, aux soins naturels des plantes et des animaux, de ressemer et d’échanger leurs semences, de mettre en œuvre et de perfectionner leurs savoir faire traditionnels. Ils ont besoin de marchés locaux protégés du dumping inacceptable de pays qui ne supportent pas les mêmes garanties environnementales, sociales ou culturelles. Ils ont besoin de rémunération des services qu’ils rendent à l’environnement, à l’entretien du territoire, à l’emploi et à la santé, en commençant par le pastoralisme et l’élevage à l’herbe, les zones de montagne ou à handicap naturel et les agricultures biologiques et paysannes. Pour garder une paysannerie nombreuse garante d’une occupation et d’un entretien harmonieux de l’environnement, ces rémunérations doivent être plafonnées par actif. Les paysans pourront alors réparer les dommages qu’il créeraient s’ils continuaient à user abusivement d’intrants chimiques et de pratiques nuisibles à l’environnement, à la santé ou à l’emploi.
La Caunette, le 16 septembre 2008
Guy Kastler pour les Amis de la Terre
En PJ le document élaboré et présenté par Helen Holder le 20 septembre à Annecy qui émane en partie de ce texte.





