Bien des siècles après le premier tas d’ordures, et les vidanges d’eaux usées étalées dans les champs… Au moins 30 années après la première usine d’incinération et l’épandage de boues, issues des usines de traitement des eaux usées sur les terres agricoles…
… les Amis de la Terre Val d’Oise font le point sur le traitement des déchets en Val d’Oise
Le constat : les nombreux colloques et déclarations ne suffisent pas à convaincre tous les citoyens de la nécessité de réduire la quantité de déchets et leur toxicité.
Dans notre pays, l’attitude de la plupart des collectivités, du ministère de l’environnement, de l’Ademe et d’Eco-Emballage nous atterre. Alors que beaucoup de gens manquent encore de l’essentiel pour vivre et que notre environnement est pollué par des déchets, leur autosatisfaction est choquante !
Les Amis de la Terre ont fait des propositions concrètes et écrites pour que le Plan Départemental soit plus respectueux de l’environnement. Ils ont aussi contribué à l’élaboration des politiques nationales. Onze années après le vote de la loi instituant la fin des décharges, après des années de financement, par les collectivités, des usines et des centres de tri, il est temps de faire un point.
L’absence de mesure de l’efficacité du recyclage
Les citoyens ne peuvent pas comparer les résultats des centres de traitement.
combien coûte l’incinération des ordures dans chaque usine ?
comment sont utilisés les composts produits par les centres de compostage ?
les industries agroalimentaires acceptent-elles les produits alimentaires cultivés avec ces composts ?
combien coûte la collecte et le recyclage d’une tonne de papier ?
pourquoi n’y a t’il aucune mobilisation pour collecter les piles ? La nouvelle législation « obligeant » les commerçants à collecter les piles n’est pas évaluée par l’Ademe. Les piles continuent de polluer les sols ou l’air en brûlant .
Malgré nos demandes, il n’existe pas de document permettant de comparer les résultats et d’inciter les collectivités à choisir « ce qui se fait de mieux » alors que des comparaisons nationales existent.
Le manque d’information des citoyens sur le suivi des centres de traitement de déchets
Les réunions de concertation pour informer les utilisateurs sont trop rares, voire inexistantes et les documents remis sont toujours trop anciens. Résultat : les habitants ne peuvent peser sur les choix à faire. Or la collecte sélective implique une participation de l’habitant qui n’est pas assez informé du prix à payer pour éliminer les 650 kg d’ordures qu’il « produit » chaque année en moyenne. Faute d’informations fiables, comment peut-il mesurer les gains du recyclage à la fois en termes de protection de l’environnement mais aussi sur sa feuille d’impôt ?
Comment les éco-citoyens que nous sommes, peuvent-ils participer aux économies des collectivités locales s’ils sont tenus à l’écart des informations sur les performances et les coûts ? Nos élus ont-ils à ce point peur des comparaisons ?
Le manque de déchetteries
Les déchetteries sont de plus en plus utilisées et il faudrait en ouvrir de nouvelles. Dans notre département, on compte nombre de terrains vagues aux abords de routes et autoroutes, de zones industrielles, de fonds de parking de centre commercial, ou encore de terrains en friche autour des usines de traitement des déchets… Ces espaces incultes permettraient de construire des déchetteries. Or il ne s’en construit pas. Aujourd’hui, il en manque plus d’une vingtaine sur le département pour satisfaire écologiquement les besoins de la population.
Chaque projet provoque un tollé : d’une part, les élus ne sont pas convaincus de leurs responsabilités à proposer des terrains, d’autre part les habitants sont mal informés de leur droit de regard. Notamment sur la nature des activités d’une déchetterie gérée par un opérateur garant d’un fonctionnement sans défaut au titre environnemental (isolation paysagère, élimination des odeurs, limitation du bruit, propreté des abords, etc).
Bilan : il n’y a aucune volonté de régler le problème du recyclage des pneus, des pots de peinture et des gravats jetés n’importe où. En conséquence, les coûts de ramassage et de traitement de ces déchets « flambent » alors qu’il est demandé aux citoyens de trier leurs déchets, de parcourir des kilomètres pour se rendre dans les rares déchetteries ou les points déchets. L’absence de méthodologie et le fatalisme des décideurs sont inadmissibles !
Les Amis de la Terre font des propositions dans les instances auxquelles ils participent depuis des années :
Il faut montrer l’exemple d’en haut ! … pour que tous les citoyens participent.
En ce qui concerne les marchés publics : prévoir des clauses de réduction et de recyclage des déchets de chantiers. Elles ne sont pas utilisées dans les nombreux marchés publics financés par toutes les collectivités : construction et rénovation de bâtiments, routes, etc. de nombreux feux polluants de chantiers sont allumés chaque vendredi !
En ce qui concerne les regroupements professionnels et les chambres de commerce : former les adhérents pour proposer une réduction des emballages et une homogénéisation des emballages en vue de faciliter leur recyclage. Nous constatons que la perception de taxes ne suffit pas à motiver les industriels puisqu’ils les intègrent dans le prix de vente .
En ce qui concerne l’Etat : être ferme sur le respect des délais envers les collectivités qui n’ont pas de plan et qui « jouent la montre » espérant que d’autres collectivités moins favorisées financièrement les « débarrasseront » de ce qu’ils ne veulent pas voir.
En ce qui concerne les citoyens, ils ont aussi un rôle en choisissant les produits les moins gaspilleurs, ceux qui portent des écolabels officiels, en refusant les emballages inutiles et les sacs en plastique… devenir un éco-citoyen est une somme d’actions au quotidien.
Nous dénonçons dans ce document l’absence de mobilisation sur tous ces sujets. Ainsi, au nom d’une prétendue solidarité avec les collectivités d’Ile de France qui ont différé à plus tard le traitement de leurs déchets (dont Paris), voici ce qui se prépare dans le Val d’Oise malgré la loi instituant la fin des décharges en juillet 2002 :
l’ouverture de décharges ou l’augmentation de la capacité de celles qui existent : voir, par exemple, le projet à Attainville. Mais ce ne serait pas le seul car les déchets de Paris ne sont pas encore tous traités...
la construction ou l’augmentation de capacité des incinérateurs dans le Val d’Oise avec donc plus de risques de dioxines *. Les quantités de déchets à incinérer ne doivent plus augmenter. Ainsi, l’usine Azur ne doit en aucun cas brûler plus de 170 000 tonnes par an comme prévu au plan (en 2002 : 154 000 tonnes étaient brûlées).
Ces 170 000 tonnes ont déjà fait l’objet d’une critique majeure des Amis de la terre qui ont dénoncé l’absence d’ambition du plan départemental qui aurait dû prévoir à la fois une politique de réduction de la quantité de déchets à traiter mais aussi un meilleur recyclage : tri, valorisation , production de gaz (méthanisation).
Les Amis de la Terre n’admettent pas la résignation ambiante. Elle conduit à considérer que l’augmentation des quantités de déchets est inéluctable : c’est faux ! Les industriels responsables, les groupes de réflexion sur les emballages, les associations de consommateurs et de protection de l’environnement travaillent tous sur les actions de réduction à la source, sur les changements de comportements des citoyens, sur l’éducation et la prévention.
Cette résignation conduit nos responsables politiques à prôner la multiplication des incinérateurs comme « seule voie du traitement des déchets selon le développement durable ». C’est faux.
Des solutions alternatives et complémentaires existent . Elles sont respectueuses de la santé et de l’environnement.
Anne Gellé, présidente
Jean François Patingre et Simone Saguez
Les Amis de la Terre Val d’Oise