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Trier, un geste simple ?

La complexité et l’inefficacité du tri et des filières attenantes résultent à la fois de choix techniques des grands industriels et de l’absence de choix réel du côté de la production.

« Est-ce que je mets la bouteille d’huile à recycler ? Et la boîte d’oeufs ? Pourquoi, lorsque j’habitais à Bordeaux, je ne pouvais pas mettre à recycler ma bouteille d’huile et que je peux maintenant ? Ou passe le contenu du bac à recycler ? » Il faudrait parfois être ingénieur en environnement pour comprendre. Le tri est si complexe que le citoyen s’y perd bien souvent.

Pour commencer, un peu d’histoire. La complexité d’un geste présenté comme « écologique » résulte principalement de deux lois destinées à faire face à l’afflux des déchets non biodégradables. Depuis celle de 1975, les communes ont la responsabilité de la collecte et de l’élimination des ordures ménagères. Elles se regroupent souvent en intercommunalités pour agir sur un territoire pertinent. Quant à la loi du 13 juillet 1992, elle a, outre l’obligation de définir des plans départementaux, instauré des obligations de valorisation et de recyclage et n’autorise la décharge que pour les déchets dits « ultimes ».

Oligopole

Ces deux lois ont créé un marché immense. Les collectivités font le plus souvent appel aux grands groupes, car les infrastructures de collecte, de tri, de recyclage, d’incinération et de stockage ultime nécessitent des capacités financières lourdes. L’oligopole que constituent les prestataires leur octroie un pouvoir certain, ce d’autant plus que les collectivités travaillent par délégation. Les industriels imposent ainsi des contraintes techniques en fonction des processus de traitement qu’ils mettent en place.

L’efficacité écologique de ces processus est mauvaise. Ainsi, en Ile-de-France, au-delà des impacts du traitement lui-même, un camion sur trois transporte des déchets, l’importance des erreurs de tri induit qu’un camion sur trois issus de la collecte des citoyens est en définitive envoyé à l’incinérateur. Globalement, la complexité technique des produits de consommation courante rend le recyclage difficile. Celui-ci est de toute façon toujours gourmand en énergie.

Fait accompli

Assurément, les collectivités sont mises devant le fait accompli de la société du jetable, et doivent faire face à des coûts lourds, parallèlement à un impact écologique considérable. Bien que tout un discours sur la prévention se développe, la question de la mise sur le marché des biens dont l’obsolescence est désormais programmée n’est, elle, pas posée par la puissance publique. Ce qui oblige immanquablement à s’interroger sur le rôle social de la publicité, et sur l’incohérence ou l’hypocrisie consistant à affirmer la priorité de la prévention sans, pour autant, contester ce rôle.

La production des déchets est pourtant le symptôme le plus visible des engorgements auxquels conduit la société de consommation. C’est pourquoi les écologistes réagissent face à l’accumulation des déchets par les fameux 4R : réduire, réutiliser, réparer, recycler. Dans le cadre actuel, la réduction à la source ne passera que par l’implication légale des producteurs. La responsabilité élargie du producteur en permet la concrétisation. Elle peut agir par la responsabilisation financière : le producteur doit alors intégrer à ses charges l’ensemble des coûts de traitement des déchets issus de ses produits. La contribution du producteur est alors modulée en fonction de la durée et la toxicité des produits, ce qui est un vrai levier en faveur de la prévention. Elle peut également être matérielle, maintenant la propriété du bien au producteur. Il est alors directement intéressé par l’augmentation de la durée de vie des produits. Derrière le « geste simple » du tri se cache bien tout un ensemble de choix de production et de consommation présentés comme inéluctables et qui sont bien, en fait, des choix politiques.

> PIERRE CHABRET ET CLAUDE BASCOMPTE

Rédigé le