Sur le fleuve Yangtze, le barrage des Trois Gorges noiera 13 villes et 4500 villages, et engoutira 162 sites archéologiques dont certains parmi les plus importants de Chine. Son réservoir de 660 km de long déplaçera près de 2 millions de personnes. Les réinstallations se font parfois à la matraque et au bulldozer, car les villageois déplacés refusent de quitter leur maison par crainte de ne pas être relogés. Les violations des droits humains sont brutales et massives [1].
Le barrage met en danger la plus grande ville de Chine : Shangaï, peuplée de 15 millions d’habitants, pourtant à 900 km de là dans le delta du Yangtze. En avril 2006, une étude scientifique [2] a mis en évidence que les zones bordant le fleuve se sont érodés de 4 km2 par an à certains endroits depuis la construction du barrage, par rapport à la moyenne 1951-2004. La cause : les sédiments charriés par le fleuve sont désormais bloqués par le projet. Cheng Zong, expert de l’évolution fluviale à l’université Durham (Royaume Uni), estime que cette érosion massive menace la mégalopole qui attire chaque jour davantage de monde.
En outre, la corruption mine le barrage. En décembre 2005, Du Jiang, un fonctionnaire de la région de Wushan, a été condamné à mort pour le détournement de 512 300 $ d’argent public destinés à la réinstallation des populations déplacées. D’autres affaires sont en cours.
Sébastien Godinot précise : « La France a des responsabilités dans le projet. Alstom est fournisseur de plusieurs grandes turbines et BNP-Paribas a fait un prêt de 100 millions $ environ, avec une garantie de la COFACE, l’agence française d’assurance-crédit à l’exportation pour le compte de l’Etat. L’Etat français s’offusque (parfois) de la violation par la Chine des conventions internationales, mais soutient financièrement des entreprises françaises dans des projets chinois qui violent massivement les droits humains : l’incohérence est totale. Tant que le business as usual passera avant le respect des droits y compris pour les gouvernements et multinationales des pays riches, le non respect par la Chine de ses obligations internationales a de beaux jours devant lui ».
Dans les Trois Gorges comme dans tout barrage, les Amis de la Terre demandent le respect des recommandations de la Commission mondiale des Barrages, l’institution internationale de référence.
Notes :
[1] « Chine : les droits humains noyés dans le barrage des Trois Gorges », Les Amis de la Terre, mars 2003
[2] State Key Laboratory for Estuarine and Coastal Research, East China Normal University, Shanghai :
http://www.sklec.ecnu.edu.cn/sklec/main/default.aspx et http://www.agu.org/pubs/crossref/2006/2005GL025507.shtml
Contact presse :
Sébastien Godinot, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 92 / 06 68 98 83 41



