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Tunnel à Neuilly/seine : une voie sans issue

Les Amis de la Terre Paris dénonce le projet de tunnel sous l’avenue du Général de Gaulle à Neuilly, qui ne réglera pas les problèmes de circulation et n’apportera aucune contribution notable à la réduction des pollutions et des émissions de gaz à effet de serre. Le coût important de cet ouvrage, compromettra sérieusement les projets de transports collectifs de la Région. En conséquence, nous demandons l’abandon de cette opération et la recherche de solutions alternatives.

L’augmentation de l’offre de voirie a toujours entraînée celle parallèle de la circulation (boulevard périphérique, voies sur berges...) et constitue une réponse d’une époque désormais révolue, qui a montré son inefficacité. La ventilation indispensable dans le tunnel et le rejet de la pollution générée à l’intérieur engendreraient également des nuisances sonores et des concentrations de pollutions aux lieux d’évacuation. Enfin, les deux tours de bureau de 50 étages qui seraient construites sur la surface récupérée accentueraient les besoins de déplacement domicile - travail passant par Neuilly.

Cette opération, au coût exorbitant de un milliard d’euros, pourrait remettre en cause les budgets que l’Etat et la Région devront consacrer, dans le cadre des prochains contrats de plan Etat-Région, aux projets d’infrastructure de transports collectifs qui devront être à la hauteur des enjeux climatiques des vingt prochaines années.

L’aménagement de pistes cyclables, la mise en œuvre de plans de déplacement d’entreprise (PDE) pour les entreprises de la Défense, la mise en place de couloirs de bus protégés et de transports collectifs inter-banlieues constituent des solutions alternatives plus efficaces de réduction du trafic automobile.

Complément au communiqué : document détaillé.

Le trafic automobile sur l’avenue du Général de Gaulle à Neuilly, estimé à 160 000 automobiles par jour, pose un problème à la fois environnemental de pollution atmosphérique et sonore en même temps qu’il opère une coupure de la zone urbaine en deux, rendant la circulation et la traversée de l’avenue difficile et dangereuse pour les piétons et cyclistes

L’objectif du projet d’enfouissement serait d’une part, de fluidifier le trafic, et d’autre part, de réduire la pollution atmosphérique et sonore de l’avenue. Le projet est présenté comme devant permettre la reconquête de l’espace et la réunification des deux zones actuellement coupées. Ce réaménagement passe surtout par une augmentation de la surface constructible qui permettra la réalisation de deux immenses tours de bureaux de 50 étages, dont la commune attend beaucoup en terme de recettes fiscales.

Ce projet, au coût de près de 1 milliard d’euros, sans que la question de son financement ne soit encore réglée, constitue pour les Amis de la Terre Paris, une mauvaise réponse aux problèmes qu’il entend résoudre, alors qu’une approche globale des questions de circulation automobile en région parisienne et la recherche de solutions alternatives à la voiture pour les déplacements inter-urbains permettraient d’obtenir de meilleurs résultats à moindre coût. Cela passe nécessairement par une remise en cause de la priorité accordée à la voiture.

Une mauvaise réponse ...

Les défenseurs du projet en attendent une réduction de 80% du trafic en surface grâce aux 2x3 voies prévues en souterrain. Or, l’augmentation de l’offre de voirie a toujours entraîné celle parallèle de la circulation. Faut-il rappeler que les voies sur berges ou encore le boulevard périphérique devaient permettre eux aussi de fluidifier le trafic (s’il s’était stabilisé avait-on oublié de préciser !). Or le périphérique est structurellement surchargé, les voies sur berges également. Les nouvelles voies ouvertes à la circulation ont toujours fonctionné comme un « aspirateur à voiture » (effet rebond) et n’ont en rien solutionné les problèmes de trafic qu’elles étaient appelées à régler, bien au contraire puisqu’elles en ont généré davantage. Il en serait vraisemblablement de même pour cet ouvrage, s’il était réalisé. De plus, faut-il le rappeler, à l’entrée et à la sortie de ce tunnel se trouveraient deux points souvent congestionnés : le pont de Neuilly et le périphérique, n’entraînant donc aucun bénéfice pour l’automobiliste.

Et que se passerait-il en cas d’incendie ? Outre un embouteillage monstrueux pouvant bloquer la circulation dans tout l’Ouest parisien, ralentissant l’arrivée des secours, les conséquences pour les automobilistes coincés à l’intérieur pourraient être dramatiques.

Le projet ne pourra pas atteindre son objectif de réduction du bruit et de la pollution. En effet, la pollution générée à l’intérieur du tunnel devra être rejetée soit par des cheminées soit en bout de tunnel où la concentration en polluants n’en sera qu’accrue. La réduction du bruit ne peut passer que par une diminution du trafic en surface. Certes, celle-ci est attendue mais c’est sans compter avec l’effet rebond systématiquement constaté dès lors qu’il y a accroissement de l’offre de voirie. De plus, les immenses ventilateurs prévus pour l’aération du tunnel seront d’autant plus bruyants qu’ils seront puissants.

Enfin, la construction de deux immenses tours de bureaux de 50 étages, accentuerait le déséquilibre est-ouest de la répartition francilienne emploi - habitat. Ceci se traduirait de facto par une augmentation des besoins de déplacement domicile - travail.

Les Amis de la Terre Paris conteste donc la pertinence de ce projet, qui ne réglera pas les problèmes de circulation et n’apportera aucune contribution à la réduction des pollutions à la fois atmosphériques et sonores.

...à un coût exorbitant, dont le financement n’est pas arrêté... Le coût désormais admis avoisine le milliard d’euros ! Alors que pour l’ensemble de la région, les financements initialement prévus au contrat de plan état-région 2000-2006 s’élevaient à 4,8 milliards d’euros à la fois pour les transports collectifs (3,1 milliards d’euros) et les travaux d’infrastructure routière (1,6 milliards), est-il admissible qu’un ouvrage de seulement 1,4 km de long, dont la pertinence est très discutable, puisse à lui seul concentrer un aussi gros budget alors que les besoins de la région en infrastructure de transports collectifs sont énormes ?

Si la question de son financement n’est pas arrêtée, il reviendra in fine à l’Etat et/ou à la Région de payer, quel que soit le montage financier qui pourrait être proposé. Voire, en fonction de celui-ci, la facture se révélerait encore plus élevée pour le contribuable en cas notamment de partenariat public-privé.

Cette opération ne doit pas remettre en cause les budgets que l’Etat et la Région devront consacrer, dans le cadre des prochains contrats de plan Etat-Région, aux projets d’infrastructure de transports collectifs. Les Amis de la Terre Paris souhaite que ces financements soient à la hauteur des enjeux climatiques des vingt prochaines années pour diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre de la région parisienne.

...alors que des solutions alternatives possibles existent à moindre coût Les problèmes de circulation automobile et leur corollaire, l’insuffisance des transports collectifs notamment en petite couronne, ne peuvent être traitée localement sans vision d’ensemble.

Personne ne disconvient des nuisances subies par les riverains de l’avenue, mais Neuilly n’est pas la seule ville de la région parisienne a être confrontée au problème et conséquences d’une circulation automobile. Pouvons-nous dire par exemple que les riverains de la porte de Bagnolet sont mieux lotis que les Neuilléens en la matière ?

Le problème de Neuilly est en fait symptomatique d’un problème plus général qui appelle une réponse globale à la question de la circulation automobile en région parisienne et à ses conséquences.

Il faut poser la question de la réduction de la circulation automobile et de la réallocation de la voirie en faveur des autres modes de déplacements moins ou non polluants (métro, tramway, bus, marche à pied, vélo, ....).

Le schéma directeur de l’Ile de France (SDRIF) en cours de révision, doit être le cadre de cette cohérence régionale. Les Amis de la Terre Paris souhaitent que le SDRIF définisse clairement les priorités les modes de déplacements alternatifs à la route. Le projet de tunnel serait donc totalement à contre-courant et pourrait pénaliser durablement les autres projets destinés à l’ensemble des franciliens.

Concernant plus spécifiquement l’avenue du Général de Gaulle, des associations locales ont déjà proposé des solutions qui s’inscrivent dans une perspective de réduction du trafic. Citons parmi ces propositions : réglage des feux tricolores, élargissement des zones pour piétons (donc réduction de la voirie pour les voitures), etc.... _ Les Amis de la Terre appellent également à la mise en œuvre de plan de déplacement d’entreprise (PDE) pour les entreprises de la Défense, la mise en place de couloirs de bus protégés et également des transports collectifs assurant des liaisons inter-banlieues qui répondrait aux besoins des automobilistes qui arrivent du nord, de l’est ou du sud parisien par le périphérique pour aller travailler à la Défense ou à Nanterre.

Les Amis de la Terre Paris demande que le SDRIF, en cours de révision, affirme avec encore plus de conviction l’extrême nécessité de procéder au développement des transports collectifs et des circulations douces avec une concrétisation de ces engagements dans le budget du prochain contrat de plan Etat-Région.

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