Logo des Amis de la Terre
Recommander cette page Imprimer cette page Agrandir cette page

Turquie : la Coface et Alstom dans un barrage à haut risque

28 septembre 2006,
Par Sébastien Godinot

Communiqué de presse

Les Amis de la Terre sont alarmés par la relance du barrage de Yusufeli en Turquie, abandonné en 2002 notamment suite à un avis environnemental négatif de la Coface, l’agence française d’aide aux exportations. En 2006, la Coface a été à nouveau sollicitée par Alstom pour ce projet. Les Amis de la Terre craignent fortement que le barrage viole toujours les obligations environnementales et sociales de la Coface. De plus, le processus d’aide au projet risque de se faire à la va vite : la société civile ne pourrait intervenir alors que le sort de 30 000 personnes est en jeu. Les Amis de la Terre demandent un moratoire tant que le respect des normes environnementales et sociales de la Coface et de l’OCDE n’est pas garanti dans le projet.


Le barrage de Yusufeli, sur la rivière Coruh au Nord Est de la Turquie, doit produire 540 MW. Mais les impacts sont immenses sur les populations locales : son réservoir engloutira 19 villages et la ville de Yusufeli, soit 30 000 personnes au total. De plus, des superficies importantes de terres agricoles, situées dans le fond de la vallée, seront inondées : il ne restera aux agriculteurs que les terres les plus hautes, arides et escarpées dans cette zone montagneuse.

Selon l’Association Culturelle de Yusufeli, principale association locale, les consultations des populations locales ont été gravement inadéquates. En conséquence, l’association a porté plainte pour violation des exigences de consultation : le procès est en cours. Elle affirme que c’est seulement ainsi qu’elle a pu avoir accès à l’Etude d’Impact Environnemental du projet, alors que cette dernière aurait du servir de base aux consultations.

Cette association estime en outre que le lieu de réinstallation des populations déplacées est totalement inadapté à une telle réinstallation du fait de sa topographie (roches et aridité). 95% de la population affectée refuse d’y être déplacée. Le Département des Travaux Publics de l’Etat turc avait rédigé un rapport faisant état de l’impossibilité d’utiliser le lieu proposé pour la réinstallation des populations, mais le rapport a été écarté sans motif.

Sébastien Godinot des Amis de la Terre estime : « Il ne semble pas que le projet ait connu des améliorations significatives depuis son abandon en 2002. En outre, le processus doit donner le temps aux populations et associations de faire leurs propositions ; et la Coface doit justifier du respect de ses lignes directrices environnementales et de la Recommandation de l’OCDE sur l’environnement et les crédits publics à l’exportation, qui s’appliquent en pareil cas. Enfin, cette Recommandation de l’OCDE est en pleine phase de révision : si un pareil barrage est accepté à la va vite au milieu de ce processus, la crédibilité de la France au sein de l’OCDE et l’utilité de cette Recommandation seront gravement remises en cause. La balle est entre les mains du Ministère des Finances ».

Contact presse :
Sébastien Godinot, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 92 / 06 68 98 83 41