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Un exemple de certaines pratiques de TotalFinaElf

20 août 2002,
Sommet mondial du développpement durable (Johannesburg, 2002)

Les multinationales doivent rendre des comptes !

Les multinationales doivent rendre des comptes !

Un exemple de certaines pratiques de TotalFinaElf

Fiche réalisée par Info-Birmanie

TOTALFINAELF ET LA BIRMANIE

Le naufrage de l’Erika et l’explosion AZF révèlent la facette noire de la première entreprise française.

Le pétrole de TotalFinaElf souillant les plages renvoie à deux terribles constats : la recherche du profit au mépris des droits de 1’homme et du respect de l’environnement, l’irresponsabilité morale d’une entreprise qui se retranche derrière les lois complaisantes.

Pour ceux qui luttent pour la démocratie en Birmanie, la marée noire confirme le cynisme de la première entreprise française.

La narco-dictature birmane.

A l’indépendance en 1948, la Birmanie adopte un système démocratique. Depuis le coup d’état de 1962, les militaires gouvernent la Birmanie.

En 1988, ils répriment dans le sang les manifestants pro-démocratiques (5.000 morts), forment un nouveau régime le SLORC (State Law and Order Restauration Council devenu en 1997 le State Peace and Developpement Council) et imposent la loi martiale.

En 1989, Daw Aung San Suu Kyi, leader de l’opposition démocrate est placée en résidence surveillée.

En 1990, malgré la répression institutionnalisée, son parti, La Ligue Nationale pour le Démocratie remporte les élections législatives. Cette victoire est reconnue par la communauté internationale. Les militaires refusent de céder le pouvoir et intensifient la terreur dans tout le pays.

En 1991, Aung San Suu Kyi reçoit le prix Nobel de la paix isolant encore plus la dictature birmane sur la scène internationale. Le régime birman, condamné par la commission des droits de l’Homme de I’ONU est mis à l’index par la quasi totalité des pays démocratiques.

La Birmanie est le seul pays au monde à faire un usage "massif et systématique du travail forcé".

Parallèlement, le régime se voit décerner le label de "narco-dictature". L’OGD, l’Observatoire Géopolitique des Drogues, démontre que "les capitaux tirés du trafic de l’héroïne constituent de loin la première sources de devises du régimes". Les bénéfices de la drogue servent à accroître l’armée en hommes et en matériels. Sans ennemis extérieurs, ce renforcement de l’armée permet une intensification de la répression intérieure contre les minorités ethniques et les opposants au régime. "La junte Birmanie est l’une des dictatures les plus brutales du monde, (...) les droits de l’homme sont quotidiennement violés, (...) la pratique du travail forcé notamment des femmes et des enfants continue d’être légale et utilisée dans tout le pays (...) la drogue est une des principales ressources de la Junte" dénoncent les députés de la mission d’information sur les compagnies pétrolières (14/10/99). C’est dans ce contexte que Total fait officiellement son entrée sur le marché birman.

Le chantier Total, le soutien à la dictature.

Dès la fin 1989, Total prend contact avec les autorité birmanes afin d’obtenir les droits d’exploration.

En 1992, Total signe le contrat pour l’exploitation du gisement de gaz avec son partenaire birman, la MOGE, compagnie d’état et avec la compagnie américaine UNOCAL.

En 1995, elle trouve une débouché par le gaz birman, la Thaïlande. Pour acheminer le gaz, le gazoduc traverse la Birmanie d’Est en Ouest sur 60 Km. Total parie sur le maintien de la junte contre ceux qui ont gagné les élections générales. Lors de la signature du contrat, la zone du chantier est encore tenue par les guérillas des minorités ethniques Môns et Karens. La réussite du projet dépend des victoires de l’armée birmane. De fait, la militarisation, les déplacements forcés et la répression s’intensifient. Cette politique de terreur est le préalable indispensable à la construction du gazoduc et à sa pérennisation .

En 1996, Aung San Suu Kyi déclare que "La firme française Total est devenue le plus fort soutien du système militaire birman. Ce n’est pas le moment d’investir ici". Depuis, elle renouvelle ses appels. Les organisations de défense des Droits de l’Homme accusent Total et Unocal d’avoir bénéficié indirectement du travail forcé sur le chantier.

Thierry Desmarest, le PDG de TotalFina, élu manager de l’année 1999, fait la sourde oreille. II se déclare "heureux et fier de ce que nous faisons en Birmanie" et affirme que "Total s’était efforcé d’avoir une attitude exemplaire pour la construction du gazoduc de Yadana en respectant les normes environnementales". L’euphémisme est de rigueur. En janvier 1999, il récite son credo à Libération "Nous, on a pas d’états d’âme, on est cohérent avec nous même, vous verriez ce qu’on a fait en Birmanie : favoriser des sources licites de revenus, le développement local" . Las, les fruits de l’investissement ne profitent pas qu’à la junte. Les écoles et dispensaires construits sur le chantier profitent aux employés et aux habitants des quelques villages situé dans un périmètre réduit autour du gazoduc. Au delà de ce périmètre, la construction du gazoduc a des conséquences catastrophiques pour les populations comme le prouve le flot ininterrompu de réfugiés en provenance de cette région Ces projets ne donnent le change que pour les observateurs peu aguerris aux effets pervers de l’humanitaire, leur utilisation maintenant dans toutes les stratégies de communication.

La population ne profite pas des retombées du projet mais en souffre. Le parlement européen en 1998 et 1999 estime "que tout investissement direct en Birmanie représente une contribution financière notable en faveur du régime, mais n’apporte aucun bénéfice indirect au peuple Birman". II invite "les compagnies étrangères qui ont investi en Birmanie comme Total ou Premier Oil à geler sans délai les investissements".

Total est entré dans une véritable spirale de collaboration avec la Junte. Elle a apporté un soutien logistique à l’armée en lui fournissant des hélicoptères pour le transfert de ses troupes, et l’aurait même financé...

Toutes les accusations contre Total en Birmanie sont confirmées dans le rapport de la Mission parlementaire française ( Pierre Brana PS, Marie Hélène Aubert les verts, et Roland Blum DL) sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et leur impact social et environnemental.

Elle estime " qu’il apparaît factice de séparer la construction du gazoduc qui nécessitait l’embauche d’une main-d’œuvre qualifiée et des moyens techniques considérables, des mesures prises par le régime birman pour assurer sa sécurité. Or ce sont ces mesures de sécurité qui ont généré du travail forcé et des déplacements de population dans la zone".

Le gouvernement français : entre laisser faire et soutien actif

Les gouvernements successifs ont soutenu l’implantation de Total en Birmanie. Depuis 1997, à Los Angeles, un procès devant la cour fédérale de Los Angeles oppose des victimes birmanes du chantier aux compagnies pétrolières opératrices Total et Unocal accusées de complicité de travail forcé, torture.... Le gouvernement français a fait parvenir en mars 1997 une lettre "amicus curiae" aux avocats de Total. Cette lettre déclare que "le maintien de cette action contre Total devant une cour des États Unis disconviendrait aux intérêts de la politique étrangère de la France." Difficile d’être plus clair !

Le remplacement en septembre 1999 de Bernard Potier, ambassadeur de France qui a largement fait la preuve de son soutien au projet Yadana, par Monsieur Bernard Amaudric du Chaffaut ancien bras droit de Monsieur Sirven, est une preuve de plus, s’il en faut, de l’état de la diplomatie française chevillée aux intérêts de la multinationale pétrolière…

La mission estime peu acceptable "l’opacité qui a régné jusqu’ici sur les rapports entre l’État et les compagnies pétrolières. Ainsi, il lui a été impossible de déterminer précisément qui avait décidé en dernier ressort d’accorder la garantie de la COFACE à l’investissement malencontreux de Total en Birmanie".

Le gouvernement français prétend défendre des intérêts français en soutenant Total qui est contrôlé à 77% par des capitaux étrangers.

En l’absence de loi internationale coercitive, TotalFinaElf ne voit pas de raisons recevables contre sa présence en Birmanie.

"La présence du 4ème pétrolier mondial (TotalFinaElf) en Birmanie est actuellement dommageable pour l’image de la France comme pour celle de ce groupe dans le monde. (...) II serait opportun qu’un tel investissement soit figé..." conclut la Mission parlementaire. Dont acte !

Pour information contactez :

INFO BIRMANIE 9 passage Dagorno 75020 Paris Tel/Fax (33 01) 44 93 93 57, info-birmanie@globenet.org

*** Liens vers d’autres sites ou sources d’information :
L’association Info-Birmanie
La Birmanie, Total et les droits de l’Homme : dossier de la FIDH