Les multinationales doivent rendre des comptes !
Un exemple de certaines pratiques d’EDF
Fiche réalisée par Les Amis de la Terre
LE RÔLE CONTROVERSÉ D’ELECTRICITE DE France (EDF) DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT EXEMPLE DU PROJET DE BARRAGE NAM THEUN 2 AU LAOS
« Electricité de France s’engage pour le développement durable en organisant l’électrification des zones rurales dans les pays en développement »
(Pratique du développement durable dans les entreprises, IAI, Versailles 2002)
Au Laos, EDF est le chef de file d’un consortium engagé dans la construction d’un barrage hydroélectrique d’une capacité de 920MW sur un affluent du Mékong. Le projet prévoit que l’électricité devrait être exportée en Thaïlande presque en totalité. Selon Jean-Christophe Delvallet, directeur du projet, la Thaïlande devrait ainsi bénéficier de tarifs d’électricité extrêmement bas. L’engagement de la compagnie thaïlandaise d’acheter l’électricité devrait garantir la viabilité économique du projet. Après la crise asiatique, la Thaïlande a rompu cet engagement mais EDF s’entête toujours dans ce projet qui n’a plus de viabilité économique pour le Laos.
Le barrage doit être situé sur le plateau de Nakai à 250 km à l’Est de Vientiane. Le lac artificiel crée par le barrage occuperait une surface d’environ 500 km² (5 fois la surface de Paris). C’est le plus grand projet hydro électrique du Laos.
EDF A L’INTERNATIONAL : AMBITIONS ET SINISTRES
Le projet d’un coût total de 1,5 milliard d’euros ne pourra voir le jour qu’avec le soutien des banques privées, Société générale et Deutsche Bank. Celles-ci conditionnent leur participation à une garantie d’investissement de la Coface et une couverture du risque politique par la Banque mondiale.
Le consortium conduit par EDF n’hésite pas à faire pression sur le gouvernement laotien pour que ce projet avance. EDF compte en effet engranger les bénéfices du projet pendant 25 ans, tout en exposant un pays au PIB annuel de 2 milliards de dollars à une dette de 1,5 milliard de dollars !
Les Amis de la Terre estiment que le développement durable du point de vue économique doit permettre à un nombre important d’acteurs économiques de se développer dans des secteurs variés. L’investissement de l’Etat laotien dans Nam Theun 2 se fera au détriment d’autres secteurs économiques répondant aux besoins des populations locales. A travers Nam Theun 2, le Laos prend des risques financiers importants et accroît sa dépendance économique vis-à-vis de la Thaïlande qui sera le principal client de l’électricité produite.
EDF POUR UN DÉVELOPPEMENT DURABLE SANS DÉMOCRATIE ?
Le barrage Nam Theun 2 entraînera le déplacement de 5000 personnes et la population en aval qui dépend des activités fluviales (pêche, riziculture,…) pour sa survie sera également privée de moyens de subsistance. Les débits d’eau seront en effet considérablement réduits.
Le respect de la diversité des modes de vie et des cultures ne fait pas partie des principes de développement durable de l’entreprise EDF. Le barrage Nam Theun bouleverserait la vie de milliers de personnes, bouleversement qu’EDF promet d’indemniser au prix fort… promesses, promesses !
Au Laos, EDF est le complice d’un régime marxiste à parti unique qui viole les droits humains fondamentaux, en particulier la liberté d’expression et la liberté d’association. EDF invoque le soutien d’organisations comme le Lao Women Union qui est une structure contrôlée par le gouvernement. Les populations affectées par le projet Nam Theun 2 n’ont aucun moyen de faire entendre librement leur voix. De plus, il n’existe pas d’Etat de droit avec un système judiciaire indépendant qui pourrait garantir que les expropriations puissent faire l’objet de contestations éventuelles devant un tribunal indépendant et impartial.
Il n’y a pas non plus de liberté de la presse au Laos pour garantir aux populations un accès à des sources d’information indépendantes de celles du gouvernement ou des entreprises qui en sont complices.
Les Amis de la Terre considèrent que la démocratie est un pilier du développement durable. Les entreprises comme EDF ne peuvent prétendre faire du développement durable dans des pays où elles sont complices de violations des droits humains fondamentaux .
EDF ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE : LA BIODIVERSITÉ N’A PAS DE PRIX
L’inondation du plateau du Nakai entraînerait la disparition irréversible d’une espèce d’antilope endémique. La déforestation sur ce plateau reconnu pour « la rareté de sa faune et la richesse de sa flore » a commencé à l’annonce du projet. L’exploitation forestière illégale y est intense. Les institutions locales en sont les complices silencieux, elles espèrent ainsi priver les écologistes de cet argument contre la construction du barrage.
EDF ET LES ÉNERGIES RENOUVELABLES
Pour EDF, l’électricité hydraulique à grande échelle est une énergie renouvelable. Cependant le bilan social et écologique des méga-barrages démontre que l’hydroélectricité ne contribue pas au développement durable. En effet, les grands barrages entraînent des pertes irrémédiables de biodiversité et des phénomènes de déforestation intense. Au niveau social, les populations déplacées n’améliorent pas leur niveau de vie et les méga-barrages au contraire privent d’une activité économique les agriculteurs qui perdent leurs terres et les pêcheurs. Enfin, au niveau politique, les méga-barrages sont soit des « monuments à la corruption » soit des « panthéons du nettoyage forcé de populations ».
Uniquement la petite hydro électricité (moins de 50MW) est considérée par les associations écologistes comme une énergie renouvelable, car la production décentralisée reste l’énergie la plus durable du point de vue écologique (peu d’impacts), social (plus d’emplois) et économique (investissements moins élevés, rentabilité plus rapide et moindre déperdition d’énergie entre le lieu de production et de consommation).
Contact : Les Amis de la Terre, Hélène Ballande, tél : 01 48 51 18 91,
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Liens vers d’autres sites ou sources d’information :
La campagne des Amis de la Terre pour réformer les institutions financières qui soutiennent ce type de projet
La campagne du International Rivers Network sur ce barrage au Laos



