Logo des Amis de la Terre Site en cours de travaux... connaissez-vous la baleine ?
Recommander cette page Imprimer cette page Agrandir cette page

Un exemple de "cohabitation" entre cultures OGM et non-OGM : l’Espagne

13 août 2002,
Par Christian Berdot

CommunIqué des Amis de la Terre 13/08/02

On va souvent chercher de l’autre côté de l’atlantique ce que nous avons à nos portes. L’expérience espagnole est pourtant édifiante...


La contamination se généralise

En Navarre, des traces de transgènes viennent d’être identifiées dans trois cultures différentes, issues de l’agriculture biologique(deux variétés de maïs et une de soja).

Les tests ont été menés par deux laboratoires indépendants, à la demande du Conseil de l’Agricul-ture Bio de Navarre qui contrôle de près ces cultures, pour éviter toute contamination génétique de la chaîne alimentaire. Des tests plus poussés sur l’un des deux maïs révélaient que l’agent polluant était l’événement Bt 176 qui provient du maïs transgénique commercialisé en Espagne sous le nom COMPA CB par la compagnie suisse Syngenta, issue de la fusion de Novartis avec Astra-Zeneca.

Une fois de plus, il apparaît qu’il est impossible laisser dans une même région une filière OGM et une filière non-OGM. La culture de variétés OGM signifie la fin de la filière bio de cette même plante. Les agriculteurs conventionnels ne peuvent plus garantir que leur récoltes sont sans OGM.  Au Canada, les agriculteurs bio ont dû renoncer à cultiver du colza bio.

Les cultures OGM ne sont pas encadrées.

Non seulement les firmes de biotechnologies et de nombreux organismes officiels n’excluent pas la possibilité de contaminations des cultures conventionnelles ou bio par des OGM, mais en plus les mesures de sécurité pour éviter la contamination, ne sont pas appliquées sérieusement.

L’Espagne est un exemple de plus, de l’incompétence et du laxisme des autorités politiques et administratives. Normalement, le décret d’autorisation du maïs Novartis précise bien que la firme doit donner au Ministre espagnol de l’Agriculture les noms et les communes des acheteurs. Dans la réalité, les agriculteurs peuvent acheter les semences sans avoir à donner ni leur nom, ni leur adresse.

Le syndicat agricole local, EHNE est même allé plus loin. En interrogeant des cultivateurs qui avaient utilisé des semences transgéniques, EHNE constatait que contrairement aux dispositions très clairement indiquées dans le décret d’autorisation, les agriculteurs étaient livrés à eux mêmes. Personne n’est jamais venu visiter leurs exploitations dans le cadre du Plan de Contrôle et des visites prévues par la loi.

La loi espagnole prévoit aussi qu’une certaine surface de chaque champ trangénique soit ensemen-cée de maïs traditionnel pour jouer le rôle de zone tampon. De plus, il est nécessaire de respecter une certaine distance entre les champs d’OGM et ceux des voisins, pour éviter les pollenisations croisées. Les agriculteurs n’étaient pas informés des différentes dispositions qu’ils doivent respecter, et procédaient avec les cultures OGM, comme s’il s’agissait de plantes traditionnelles...

Le plus grand scandale de contamination génétique à ce jour, est l’affaire du maïs StarLink, révélée par les Amis de la Terre des Etats-Unis. Là, comme en Espagne, les agriculteurs ignoraient tout des procédures à respecter, pour éviter que leur maïs transgénique, interdit à la consommation humaine, n’aille polluer le maïs du voisin...

Côté contrôle des autorités, on peut aussi avoir des doutes chez nous. Nous rappellerons seulement l’affaire des "essais fantômes" dans les Landes. En 1997, la préfecture donnait une liste de 17 communes où des essais de plantes transgéniques avait lieu. La Commission du Génie Biomoléculaire qui donne les autorisations, elle, n’en citait que 9 et encore, pas les mêmes ! Depuis 5 ans, la préfecture des Landes refuse toute explication...

Si les préfectures et le Ministère de l’Agriculture étaient déjà débordés avec quelques essais sur quelques mètres carrés, on peut aisément imaginer qu’ils auront quelques difficultés à contrôler des milliers d’agriculteurs, sur des milliers d’hectares ...

Un nouveau principe de Droit : les victimes doivent payer !

Actuellement, ce sont les agriculteurs et les consommateurs qui refusent les OGM, qui doivent supporter les coûts des tests de laboratoires. Ainsi en Navarre, les organisations d’agriculteurs ont payé deux fois car les tests étaient effectués par deux laboratoires, l’un en Navarre et l’autre dans le Sud de l’Espagne. Chaque test pour trouver des traces d’OGM coûtait 162 euros et les tests complémentaires pour déterminer chaque agent génétique coûtait 54 Euros. Un paysan qui doit prouver que ses champs sont non contaminés peut ainsi aisément débourser 500 Euros. Non seulement il s’agit d’une somme non négligeable, mais si les tests démontrent que le champ est contaminé, que fait l’agriculteur ?

Ni responsables, ni coupables

Actuellement, le droit en matière de contamination par des OGM est simple. Il n’existe pas. Les industriels des biotechnologies se battent bec et ongles pour empêcher la mise en place d’un système de responsabilité légale où les firmes devraient répondre des dommages causés à d’autres cultures (bio ou conventionnel), à l’environnement (végétal et animal) où à la santé humaine. Les industriels se battent pour obtenir des seuils légaux de contamination des semences et des aliments le plus hauts possibles. Le président Bush semble même être sur le point d’accepter que des OGM expérimentaux, non autorisés, puissent contaminer les aliments !

Les OGM ne sont pas rentables

Dernière information mais non des moindres : le Diario de Navarra (23/10/01) citait une étude menée pendant trois ans par le très officiel Institut Navarrais de Recherches Agricoles (ITG-A). D’après ces recherches, il apparaît que les rendements des maïs OGM, n’étaient pas supérieurs à ceux des variétés non-OGM correspondantes mais qu’au contraire, ils étaient souvent inférieur. Au vu de ces résultats, des surcoûts pour l’achat des semences - 1000 pesetas par dose de semences, soit par paquet de 50 000 graines - et étant donné que le maïs transgénique se vend mal sur le marché, l’Institut conseillait même aux cultivateurs de ne plus cultiver des maïs Bt (produisant un insecticide).

Cette étude ne fait que confirmer les conclusions de nombreuses autres études menées de par le monde : les avantages commerciaux des OGM tant vantés par les semenciers, ne sont pas aussi évidents qu’ils le prétendent !



Autres articles