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Un nouveau projet gazier dans les tuyaux

22 janvier 2018, Perpignan : lors de la réunion de clôture de la concertation lancée par l’opérateur de réseau TIGF1, l’ensemble de la salle s’insurgeait contre le projet de gazoduc nommé STEP (South Transit East Pyrenees). Première phase du projet plus ambitieux nommé Midcat, cette interconnexion gazière vise à relier les réseaux gaziers français et espagnol en traversant l’Aude, les Pyrénées orientales et la Catalogne Sud. Face à ce grand projet inutile et imposé, la résistance s’organise …

POURQUOI UN TEL PROJET ? Première pierre de l’immense projet d’interconnexion gazière Midcat, dont le coût est estimé à 3 milliards d’euros, le STEP est un projet qui tient à coeur aux autorités espagnoles et à leur Commissaire européen Miguel Arias Cañete… En 2012, la construction du premier tronçon de Midcat en Catalogne a été arrêtée suite à l’opposition des populations locales et du désengagement de la France qui n’en cautionnait plus l’utilité. Mais pourquoi ce projet resurgit ?

Si l’Espagne a des capacités gazières largement supérieures à sa consommation intérieure avec ses 7 terminaux méthaniers en partie inutilisés, elle cherche à faire jouer la concurrence entre producteurs, en poussant l’Europe à financer de nouvelles infrastructures très onéreuses. Cette interconnection pourrait ainsi permettre à la péninsule ibérique d’importer plus de gaz de Russie et de Norvège, aujourd’hui économiquement plus intéressants que le gaz naturel liquéfié (GNL) ou le gaz algérien. D’autre part, l’Espagne argue que le Midcat pourrait aussi lui permettre de devenir à terme une porte d’entrée au GNL et au gaz algérien pour l’ensemble du continent européen.

Ce projet est symbolique de la tendance de l’Union européenne à construire de nouvelles infrastructures gazières, peu importe leur impact sur le climat et leur non-rentabilité économique, la priorité étant de lever les freins aux échanges et à la fluidité du marché du gaz européen. Cette importante infrastructure qui vient à contre-temps de la transition énergétique et dont les coûts risquent de retomber sur les consommateurs doit être stoppée sans tarder. Or, mieux que promouvoir le projet auprès des plus hautes instances gouvernementales, la Commission européenne s’apprête même à lui attribuer de larges financements publics.

LA RÉSISTANCE S’ORGANISE A l’occasion de la concertation sur le tronçon STEP côté français, un collectif d’opposition nommé « collectif contre le gazoduc transfrontalier » s’est créé à l’initiative d’Alternatiba66, des Amis de la Terre et d’ATTAC66. Ce collectif réunit aujourd’hui une trentaine d’organisations. La fin de la concertation par le maître d’oeuvre à Perpignan, a été marquée par une manifestation réunissant les collectifs de Perpignan et de Catalogne Sud « Plateforma Resposta al MidCat ». Dans une région où le dérèglement climatique se fait déjà largement ressentir sur la production viticole, de nombreux individus et groupes organisés plaident en faveur de l’abandon de ce projet préjudiciable aux paysages et à l’économie locale, à contre sens de la lutte contre le dérèglement du climat.

LES PROCHAINES ÉTAPES DE LA CAMPAGNE Si la Commission européenne a annoncé qu’une décision définitive devait être prise cette année sur la construction du gazoduc, les Amis de la Terre et le collectif local comptent bien tout mettre en oeuvre pour bloquer ce projet. Alors que des sommets diplomatiques sont en préparation, la pression sur Emmanuel Macron ne saurait que monter au fur et à mesure de l’année pour qu’il tienne tête à ses collègues espagnols et traduise enfin ses discours climat ambitieux sur la scène internationale en actes concrets. Localement, c’est au tour des élus locaux de signifier leur opposition au projet. Seules des décisions cohérentes avec les sociétés soutenables doivent l’emporter et nous l’emporterons contre ce projet !

Claude Bascompte et Cécile Marchand, chargée de campagne climat / acteurs publics.

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