L’endroit était bucolique, un ensemble de collines et de vallons verdoyants parsemés de champs et de bois harmonieusement répartis. Mais à Grand-Brassac, près de Montagrier et Tocane, un exploitant forestier de Château l’Évêque est arrivé. Méthodique, il a consulté le cadastre à la mairie et a contacté les propriétaires ou les ayants droit afin, leur disait- il, de valoriser leurs bois en les exploitant puis en les replantant. Beaucoup ont accepté. Depuis, ce site idyllique est devenu un champ de bataille : chemins défoncés, fossés comblés, sols labourés par des engins inadaptés, coupes laissant des moignons sur les souches, gaspillage de bois d’œuvre et de chauffage laissant sur le terrain le tiers du bois exploitable. Etant donné les ventes en cours, le paysage sera anéanti sur 25 hectares, voire 50 ou plus… Il est peu probable que ces parcelles soient replantées vu leurs faibles surfaces et la diversité des propriétaires. En l’état, la régénération de cette forêt sera extrêmement longue et de mauvaise qualité. Ce cas d’exploitation abusive de la ressource forestière n’est malheureusement pas isolé dans notre département. Mais l’entrepreneur qui opère sur Grand-Brassac a une démarche particulière : le démarchage systématique des petits propriétaires au moyen de promesses mensongères. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’équité des marchés conclus. Pire, cet exploitation forestier est éco-certifié PEFC ce qui signifie que, tous le bois issu de ce saccage écologique a pu être vendu avec la mention « provient d’une forêt gérée de façon durable » sans qu’aucun contrôle ne soit prévu ou n’ait eu lieu. C’est un habitant du hameau situé sous ce champ de bataille qui a lancé l’alerte en direction d’une multitude d’élus, d’administrations, d’associations et de médias. Il faut dire que cet homme, aujourd’hui artiste céramiste, a été un forestier professionnel de haut niveau. Les Amis de la Terre - Périgord ont décidé de l’accompagner dans ses démarches, notamment auprès d’un élu local. Réaction : “C’est une situation désolante, mais on n’y peut rien, car c’est du domaine privé”. Pourtant, une recherche approfondie sur la législation en vigueur apporte de nombreuses réponses sur la façon d’intervenir. En effet, qu’il s’agisse de droit privé ou pas, une réglementation précise s’applique aux chantiers forestiers. Ce sont notamment les maires, l’Inspection du Travail, la DDAF (Direction Départemental de l’Agriculture et des Forêts) qui sont chargés de son application. Il semblerait que ces acteurs ne se soient pour l’instant pas entièrement impliqués dans cette mission : les Amis de la Terre - Périgord, favorables à une gestion durable de la ressource forestière locale dans le respect strict de la réglementation en vigueur, vont se pencher de plus près sur le sujet.
Car la forêt périgourdine, qui couvre la moitié du département, est plutôt mal en point : le châtaignier est en voie de disparition dans certains secteurs, les chênes sont en mauvais état. Et la cure qu’on lui inflige n’est pas de nature à arranger les choses : exactions d’entrepreneurs peu scrupuleux comme à Grand- Brassac, enrésinement, aménagements routiers qui réduisent de façon conséquente les surfaces boisées (comme la liaison Bergerac- Mussidan dans le Landais). Sans compter la très faible valeur du bois d’œuvre, dont le prix n’a pas changé depuis plusieurs dizaines d’années, ce qui n’encourage pas une exploitation raisonnée.
Autant de constats qui ont poussé les Amis de la Terre - Périgord à mettre sur pied un groupe de travail sur la forêt. Si vous souhaitez participer à ce groupe, contactez-nous : c’est grâce à votre soutien et votre énergie que nous ferons avancer les choses !




