Un (timide) plan européen pour lutter contre la surconsommation de ressources naturelles

Montreuil, le 21 septembre 2011 – Le plan dévoilé aujourd’hui pour réduire la dépendance de l’Europe aux ressources importées ne va pas assez loin si nous voulons mettre fin à notre surconsommation en eau, en sols et en ressources naturelles.

Avec une consommation moyenne de 13 tonnes/an/personne de ressources naturelles [1], l’Europe exerce une pression insoutenable sur l’espace écologique des pays du Sud comme l’explique Ariadna Rodrigo, chargée de campagne aux Amis de la Terre Europe : « La consommation de ressources naturelles en Europe est parmi les plus élevées du monde. Cette surconsommation est le moteur de nombreuses crises écologiques et sociales comme la déforestation, la surexploitation des océans ou l’accaparement des terres qui empêche les populations d’autres pays de répondre à leurs propres besoins. Il est urgent que l’Europe cesse son gaspillage et promeuve la qualité de vie plutôt que la surconsommation – la feuille de route d’aujourd’hui n’est pas à la hauteur de ces enjeux. »

Depuis 2008, les Amis de la Terre mènent une campagne pour que l’Europe adopte des indicateurs permettant de chiffrer sa consommation de ressources naturelles et se fixe des objectifs de réduction, écologiquement soutenables, et permettant à chaque être humain de répondre à ses besoins. Le plan de la Commission européenne est un pas en avant car il reconnaît la nécessité de développer recyclage et réemploi mais ne reprend que timidement la proposition des Amis de la Terre, d’indicateurs d’utilisation des ressources comme l’explique Stéphanie Cabantous, chargée de campagne aux Amis de la Terre France : « Il est encourageant de constater que la Commission européenne reconnaît la pertinence de notre proposition mais elle a beaucoup de difficultés à admettre qu’il faut réduire notre consommation de ressources naturelles et tourne autour du pot en proposant simplement d’en améliorer l’efficacité dans l’usage. En témoigne le choix comme indicateur clé, de « Productivité des ressources ». Celui-ci vise essentiellement à répondre à l’objectif d’amélioration de « la performance économique » des produits là où les indicateurs d’utilisation des ressources mettraient en exergue les limites de nos modèles de production et de consommation. » [2]

Une absence de volonté politique que dénoncent les Amis de la Terre, très critiques avec d’autres politiques européennes comme les stratégies sur les matières premières ou l’énergie [3] pour lesquelles la Commission européenne place la sécurisation de l’accès à ces ressources bien avant la nécessité d’en réduire l’usage. Pour Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour les Amis de la Terre France, il faut donc aller plus loin : « Dans de nombreux pays du Sud, des communautés sont confrontées à des entreprises européennes qui viennent exploiter leur environnement. Chasser une entreprise d’exploitation pétrolière pour la remplacer par une autre qui vient cultiver des agrocarburants peut laisser croire que l’on règle la crise énergétique mais en réalité c’est inefficace pour le climat et injuste pour ses communautés. Le vrai enjeu pour l’Europe est de diminuer sa consommation, pas de déplacer le problème ailleurs ».


[1] Cf Rapport Overconsumption des Amis de la Terre Europe : http://www.foeeurope.org/publications/2009/Overconsumption_Sep09.pdf
[2] Pour plus d’information sur les indicateurs d’empreinte en eau, sols, biomasse et minéraux & métaux, consulter le dossier (en anglais) : http://www.foeeurope.org/publications/2010/measuring_resource_use.pdf
[3] http://ec.europa.eu/energy/international/security_of_supply/cooperation_en.htm

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