Les Amis de la Terre s’opposent au projet de Ligne à Grande Vitesse entre Poitiers et Limoges. Nous sommes favorables à une liaison ferroviaire transversale dûment rénovée de Lyon à l’Atlantique,... en tenant compte des réalités. Cela signifie que nous refusons les exigences maximalistes des TGV : un tracé rectiligne entre deux métropoles appelées à s’hypertrophier, la destruction du tissu intermédiaire - les petites gares seraient encore plus délaissées et par contre de nouvelles zones naturelles ou agricoles seraient détruites - , un coût excessif qui ne laisserait plus la possibilité de financer les vraies urgences : le transport des marchandises et les lignes secondaires, des nuisances, en particulier le bruit, à longueur d’années - et on les culpabiliserait presque les riverains de ne pas savoir s’adapter "psychologiquement" à cette gène imposée !
Tout cela pour sacrifier au culte de la vitesse, alors qu’un aménagement des lignes existantes serait bien plus judicieux.
Les mentalités changent : revalorisons la qualité de vie, apprécions la biodiversité, prenons le temps de voyager sans détruire les pays traversés ! C’est pour éviter des dommages irréversibles que nous prenons partie dans ce débat.
Voici notre " cahier d’acteurs"
Les Amis de la Terre parlent en tant que simples citoyens soucieux d’équité et de biodiversité. Le transport ferroviaire étant la meilleure réponse à la nécessité de réduire le gaspillage d’énergie et la pollution, les Amis de la Terre souhaitent un réseau ferré fourni, confortable et à la portée de tous. Les grandes villes doivent être reliées par le rail, sans pour autant sacrifier la qualité de vie des pays parcourus. Une liaison transversale entre Lyon et l’Atlantique via Clermont, Limoges et Poitiers, est un projet tout à fait judicieux, à condition de le situer dans un cadre d’aménagement concerté tenant compte des réalités.
La garantie contre les dérèglements climatiques est en train de prendre la première place dans les besoins vitaux : il est urgent de réduire le gaspillage énergétique dont les transports routiers sont responsables. Leur cortège de nuisances, accidents, pollutions, encombrements et destructions variées, est devenu insoutenable. La qualité de vie n’a pas de prix, mais pour parler aux transporteurs routiers le langage qu’ils comprennent, il faut traduire en pénalités financières les coûts qu’ils font peser sur l’ensemble de la collectivité. Ainsi le ferroutage deviendra enfin compétitif et des infrastructures adaptées devront être mises en place. Les activités de proximité s’en trouveront favorisées.
Beaucoup de déplacements en voiture individuelle se font sur des trajets courts du type domicile-travail. Il faut donc un réseau dense avec des arrêts assez rapprochés et des passages nombreux. Pour les tenants du TGV, ces lignes secondaires serviront de « flux de rabattement » vers leur ligne. Mais comment assurer la rentabilité des lignes qui n’auront plus la clientèle des voyageurs « de bout en bout » ?
Non seulement une ligne TGV Poitiers-Limoges ne répondrait pas à ces deux priorités mais, les répartitions budgétaires étant ce qu’elles sont, ce choix renverrait aux calendes grecques le transfert réel du fret et des usagers de la route vers le rail.
On nous dit que le train doit aller vite pour concurrencer l’avion. Soit ! Mais pourquoi la solution que nous encourageons devrait-elle reprendre des inconvénients de l’offre que nous rejetons ? C’est l’ambition de la Très Grande Vitesse qui est démesurée. Les minutes gagnées n’ont pas toutes le même coût financier, énergétique, environnemental. Ce coût augmente beaucoup plus que la vitesse : au delà de 200 km/h, il devient déraisonnable. Avec la technique « pendulaire » on peut rouler jusqu’à 260 km/h mais le TGV, objet d’orgueil national, dépasse les 300 km/h : il lui faut des tracés droits, des travaux colossaux entre déblais et remblais, des enjeux financiers qui donnent la fièvre à certains... Il peut avoir sa place en plaine mais pas dans des pays vallonnés et de moyenne montagne ici concernés.
L’expérience de ce que l’on a appelé « concertation » sur la ligne Tours- Angoulême nous a montré que les conséquences environnementales sont « sciemment ignorées » par RFF : des inventaires sont établis très sérieusement, la protection des zones classées est solennellement reconnue... mais elle s’effondre devant les impératifs du chantier et la rentabilité à court terme. Un opérateur privé se sentirait encore moins tenu au respect de ce patrimoine. Les zones Natura 2000 risquent donc d’être dénaturées. Les Brandes du Poitou, en particulier près de Montmorillon, constituent un biotope dont la disparition entraînerait celle de nombreuses espèces. Les terres cultivées et les haies qui les entourent sont, elles aussi, dignes d’être protégées. Une agriculture d’avenir sans poisons chimiques est moins intensive et nécessite plus d’espaces.
Ruraux et citadins ont le droit de vivre en paix. La propagation du bruit causé par le déplacement d’air d’un convoi lancé à plus de 300 km/h n’a pas été étudiée. Les nuisances sont calculées sur une moyenne qui ne tient pas compte de la réalité des pics. Les populations servent de cobayes pour une expérience grandeur nature. Des protections phoniques réellement efficaces ? Les promoteurs y rechignent : elles seraient trop coûteuses et priveraient leurs clients d’un « agrément visuel ». Ainsi, à longueur d’année, la tranquillité des riverains se trouve sacrifiée pour permettre à des voyageurs de lancer sur eux un coup d’œil à très grande vitesse...
Pour qui tous ces sacrifices ? Les partisans du projet répondent :« Pour tous ! », mais c’est une vue de l’esprit. En réalité, ces frais sont engagés pour attirer la clientèle solvable, ceux qui paieront ou se feront rembourser sans hésiter le surcoût parce que « Time is money » est leur règle de vie. Cet argent donne-t-il le droit d’empoisonner les riverains, tous les êtres qui vivent tranquillement à la ronde ? Qui ose monnayer ainsi notre bien être ? Les oreille des riverains ne sont pas à vendre
La rénovation de la ligne Paris-Limoges est déjà engagée. Au lieu de la doubler avec une ligne de TGV à la française, pourquoi ne pas adopter la technique pendulaire ? L’Etat s’y était engagé puis s’est rétracté, motif : « le matériel est trop complexe » : Nos techniciens seraient-ils moins compétents que les Italiens, les Allemands, les Scandinaves ? Le TGV franco-français n’a-t-il pas aussi des difficultés techniques, par exemple la tendance à user les caténaires plus que prévu ? Autre motif de refus « le tracé n’est pas assez sinueux pour justifier le recours au pendulaire. » Voilà un raisonnement plus que sinueux ! La sinuosité du trajet à travers une région au relief varié justifierait une rectification lourde pour le TGV français mais ne conviendrait pas à la version pendulaire ? Qui peut le plus peut le moins : si le pendulaire « tient » sur le tracé sinueux, il tiendra encore mieux sur les portions droites. Avec une empreinte environnementale incomparablement plus supportable et un coût financier plus raisonnable, dégageant des disponibilités en direction des lignes secondaires et du fret..
Les décideurs de ce projet peuvent penser que nos considérations - taxation des transports routiers, circuits courts, évolution des mentalités vers la qualité de vie, la biodiversité, une autre conception du temps et des espaces - débordent le problème posé. Les associations comme la nôtre participent à un travail en profondeur, invisible et impossible à comptabiliser, mais qui ébranle de grands pans de conscience, anesthésiés par le conformisme actuel. Creusez un peu en vous, Messieurs et Mesdames les responsables du projet. Le simple fait de reconnaître vraisemblable l’évolution en ce sens vous crée le devoir de l’ANTICIPER car, une fois engagées, les atteintes à la qualité de vie sont la plupart du temps irréversibles. Que votre nom ne soit pas associé à l’irrémédiable !
Les Amis de la Terre-Limousin co-signent ce texte.
