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Une usine d’éthanol à base de maïs en Aquitaine

10 avril 2006,
Par Hélène Gassie

Henri Ford au début du 20e siècle avait imaginé utiliser de l’éthanol pour remplir le réservoir de ses "model T". L’idée n’a pas été sans suite car le Brésil, les États-Unis et le Canada ont fabriqué à partir de canne à sucre, de blé et de maïs beaucoup d’éthanol pour le mélanger à l’essence et cela, bien avant de se préoccuper de la réduction des gaz à effet de serre. L’objectif était d’être moins dépendant du pétrole et/ou d’assurer des débouchés aux productions agricoles.

En Europe, l’éthanol produit principalement à partir de betteraves, n’est utilisé comme additif à l’essence que pour des raisons techniques.

Plusieurs paramètres législatifs et économiques viennent de changer la donne en Europe et en France :

1 - La directive européenne sur les biocarburants (98/70/CEE) fixe un pourcentage minimal de biocarburant à mettre sur le marché et donne aux États membres la possibilité de le défiscaliser totalement ou partiellement ;

2 - Dans le cadre de la PAC, la culture sur jachère est autorisée pour les productions de biocarburants. Une compensation de 45 € par hectare est instituée pour les cultures hors jachère ;

3 - Le prix du maïs n’est plus subventionné et est commercialisé au cours mondial ;

4 - La production de maïs devient excédentaire dans l’Europe à 25 ;

5 - Augmentation du prix du pétrole ;

6 - Défiscalisation de l’éthanol de 0,38 € par hectolitre ;

7 - Le Premier ministre a annoncé le 7 septembre 2004 la construction d’ici 2007 de 4 usines produisant du biocarburant.

Tous ces éléments ont conduit les sociétés de l’agroalimentaire et une multinationale fabriquant de l’éthanol à proposer en Aquitaine la construction de la première usine européenne de fabrication d’éthanol avec des grains de maïs. C’est donc ce contexte, validant économiquement cette industrie tout en permettant d’assurer un débouché commercial au maïs, qui a amené le projet et non un souci de réduire l’émission de gaz à effet de serre. Finalement les ingrédients décisionnaires du projet sont les mêmes que ceux qui ont présidé au même choix au Canada ou aux États-Unis dans les années 80.

Cette démonstration faite, il s’agit maintenant d’analyser les véritables conséquences environnementales de ce projet, de déterminer s’il doit être soutenu dans le cadre du développement durable et de regarder, le cas échéant, si d’autres choix ou orientations sont envisageables.

Les objectifs politiques à atteindre sont au nombre de 3 :

1 - Corriger le caractère productiviste de l’agriculture pour réduire ses atteintes à l’environnement ;

2 - Assurer un cadre économique qui maintienne les revenus des agriculteurs de notre région tout en maintenant le niveau d’activité de notre industrie agroalimentaire ;

3 - Réduire les émissions de CO2 des carburants et notre dépendance aux énergies fossiles. Nous pouvons considérer que ces trois objectifs constituent les trois sommets d’un triangle. Une politique de développement durable doit viser son centre.

Il faut tout d’abord souligner que la combustion des bio-éthanols émet dans l’atmosphère une quantité de CO2 qui n’est autre que celui prélevé quelques semaines avant, par photosynthèse, lors de la croissance du végétal. Nous sommes donc en présence d’un bilan théoriquement nul mais en réalité, dans la pratique, il est bien différent :

Dans le cas de la production d’éthanol à partir de grains de maïs, si l’on comptabilise la production de CO2 de façon exhaustive sur toute la chaîne (culture, récolte, transformation, transport et distribution), le gain en CO2, pour un véhicule fonctionnant avec 10% d’éthanol dans l’essence, est d’environ 4% (Rapport du comité consultatif sur l’éthanol Manitoba). Ce calcul est effectué dans le cas d’une production "douce" du maïs par un organisme qui soutient cette technologie. Il est donc à corriger vers le bas dans le cas d’une production intensive comme celle pratiquée en Aquitaine et à comparer à d’autres études, moins partisanes, qui sont plus sévères.

La réputée Université Cornell de New York, affirme même que l’on arrive à 1,3 litres de pétrole utilisés pour livrer un litre d’éthanol, donc un bilan énergétique négatif. Ses conclusions sont claires : ce carburant réchauffe davantage la planète que l’essence !

Une étude de l’université de Stanford conclut qu’un développement des cultures énergétiques peut conduire à un bilan de CO2 négatif.

Il faut bien admettre qu’aujourd’hui personne ne s’entend sur la façon de calculer le "vrai" bilan. Si l’on fait la moyenne des chiffres produits par les partisans et les opposants on obtient, au mieux, un bilan nul.

Les impacts environnementaux autres que ceux liés à l’effet de serre ne doivent pas être négligés. La culture de maïs est une de celles qui produit le plus d’azote qui est le plus important polluant de nos cours d’eau et des nappes phréatiques. Elle exige beaucoup d’herbicides, d’insecticides et d’eau. Par ailleurs si, comme prévu, une partie du maïs produit pour fabriquer de l’éthanol était produit sur les jachères nous aurions une augmentation notable des surfaces cultivées avec une détérioration supplémentaire du bilan CO2 car il est démontré que les terres cultivées en absorbent moins que les herbages.

Si nous reprenons notre triangle des trois objectifs la solution maïs/éthanol se situe sur un des sommets car seul l’objectif 2 est atteint. A quelques nuances près de rendement énergétique, les autres filières de production de biocarburant éthanol basées sur l’utilisation de la partie valorisable des plantes posera toujours le même problème : asseoir une production de carburant sur des cultures intensives polluantes et énergivores ne sera pas en mesure de satisfaire globalement des objectifs environnementaux.

La solution d’utiliser des huiles végétales brutes (H.V.B. de tournesol, colza ou autres oléagineux) est une solution intéressante à développer en circuit court : les agriculteurs produisant leur carburant ou le fournissant à leurs voisins. Il faut noter que les engins agricoles utilisent tous des moteurs diesels qui sont en mesure de fonctionner à l’HVB. Dans ce contexte, et sur la base d’une culture extensive des oléagineux, le bilan effet de serre est excellent. Il reste cependant à régler le problème fiscal. Il peut l’être en transposant le principe de gestion des bouilleurs de cru et en limitant l’utilisation de l’HVB au matériel agricole.

Que faire pour entrer dans le triangle vertueux des économies d’énergie, du respect de l’environnement et d’une source compensatoire des revenus agricoles à une grande échelle ? Beaucoup de recherches ont été entreprises pour trouver d’autres solutions pour produire de l’éthanol plus "proprement". Aujourd’hui une de ces solutions vient d’atteindre le stade de l’industrialisation. Il s’agit de la filière lignocellulose. La transformation de la biomasse lignocellulosique (herbe, bois, écorce, tige, feuilles, pulpe de papier, etc.) en bioéthanol nécessite très peu de carburant fossile. Dans ce procédé, la cellulose ou l’hémicellulose sont converties en amidons et en sucres grâce à des enzymes, puis ces sucres sont transformés en éthanol. Le principal sous-produit est la lignine, dont la combustion produit la vapeur nécessaire au processus. La vapeur résiduelle peut être convertie en électricité et vendue au réseau électrique. Une usine de la société Iogen basée à Ottawa convertit déjà industriellement des matières cellulosiques telles que la paille de blé en bio éthanol.

Il est fortement probable que les développements à venir dans le domaine de la production de bio éthanol vont se faire dans ce sens à cause de la réduction des coûts et de la très faible émission de C02 dans l’atmosphère de cette technologie. Il faut bien comprendre que cet excellent bilan est dû au fait, qu’au-delà de la faible consommation d’énergie du procédé, il n’y a pas lieu, en utilisant des déchets de l’agriculture, de prendre en compte le CO2 dégagé par l’activité agricole.

Il serait donc souhaitable de mener une prospective sur le développement de cette technologie en Aquitaine car elle constitue un défi intéressant pour les secteurs forestier, agro-industriel et de valorisation des résidus et déchets urbains.

Valoriser les jambes de maïs, utiliser les jachères pour produire de la biomasse sans intrants, trouver un débouché aux déchets verts irait assurément dans le sens du développement durable. Cette solution se trouve bien au centre du triangle défini précédemment.

Il reste à ne pas oublier que le carburant qui pollue le moins est celui que l’on a évité de consommer. Le développement des biocarburants ne peut en aucun cas nous éviter de remettre en cause la gabegie des transports et la sur-motorisation des véhicules.

Il est également possible de réduire la consommation de carburants fossiles des installations fixes en ayant massivement recours aux énergies passives et renouvelables.

Jacques PAPON, Conseiller régional, Groupe Vert Michel COLOCOLOFF, Militant vert, Docteur en biologie et écologie végétale, AT Landes.

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Ode dessinée au dieu Maïs

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