Si elle est achevée, l’usine de pâte à papier de Botnia située à Frey Bentos, à la frontière entre l’Uruguay et l’Argentine, sera la plus grande d’Amérique du Sud. Pesant 1,2 milliards de dollars, elle inquiète énormément les 300 000 personnes vivant dans la région. En réaction, les populations locales ont organisé les plus grandes manifestations jamais menées contre un projet de la Banque mondiale.En 2006, 120 000 personnes ont manifesté contre le projet, elles étaient 50 000 en 2005. Elles ont également organisé des blocages du projet qui ont coûté 400 millions de dollars selon l’Uruguay.
Le projet cumule également un nombre record de procès et de plaintes, notamment devant la Cour Internationale de Justice (par l’Argentine puis par l’Uruguay), la Cour Inter-américaine des Droits de l’Homme, le Point de Contact National de Finlande, le médiateur de la Banque mondiale, une plainte pénale en Argentine, etc. Le projet a dégénéré en un énorme conflit diplomatique entre l’Argentine et l’Uruguay. Le roi d’Espagne a proposé une médiation qui s’avère très difficile, tandis que l’Uruguay a refusé l’intervention de Mikhaïl Gorbatchev et demandé celle du Brésil.
Malgré tout, la Banque mondiale a accordé le 21 novembre dernier un soutien massif au projet de 520 millions $ (170 millions $ via la Société Financière Internationale, et 350 via l’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements). Le 30 novembre, l’Uruguay envoyait l’armée contre les milliers de manifestants argentins, fait sans précédent dans la région. La militarisation du conflit traduit une nouvelle escalade et ne fait qu’exacerber des risques extrêmement importants.
Sébastien Godinot des Amis de la Terre analyse : « La Banque mondiale n’a pris en compte ni le conflit diplomatique majeur que crée le projet, ni le nombre record de plaintes, ni l’opposition populaire incroyable contre le projet. Son dogmatisme économique est consternant : la création de 300 emplois dans l’usine et une augmentation de 2% du PIB de l’Uruguay valent-elles un tel niveau de risque et de conflit local et régional ? La Banque mondiale a agi de manière totalement irresponsable et devra en assumer les conséquences si le conflit dégénère. »
Il ajoute « Le Crédit Agricole pourrait également s’impliquer lourdement dans le projet en tant que co-arrangeur financier. Avant lui, ING, la plus grande banque des Pays Bas, a préféré abandonner à cause de l’opposition massive au projet, retirant les 480 millions de dollars envisagés. Nous demandons au Crédit Agricole de renoncer au projet : sa réputation et sa crédibilité en matière de responsabilité sociale sont en jeu. »
Contact presse :
Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 96 / 06 86 41 53 43




