Le nouveau rapport détaille l’opposition hors du commun dont l’usine Botnia est la cible. Quatorze plaintes sont liées au projet (la plupart sont en cours), dont plus de la moitié ciblent des entreprises. La banque néerlandaise ING a déjà abandonné le projet suite aux campagnes de la société civile internationale, et une usine prévue à proximité de celle de Botnia a également été abandonnée par l’entreprise espagnole ENCE.
Les populations locales sont extraordinairement mobilisées contre le projet. 120 000 personnes manifestaient en avril 2006 ; auparavant, elles avaient organisé pendant 45 jours un blocage des trois ponts internationaux entre l’Argentine et l’Uruguay, occasionnant 400 millions de dollars de pertes économiques pour l’Uruguay. Ce dernier a porté plainte contre l’Argentine devant un Tribunal ad hoc du Mercosur (accord de libre échange), mais a été débouté, le Tribunal notant que le blocage était « une réponse compréhensible et organisée pour défendre des droits légitimes face à une menace imminente ». Suite au financement accordé par la Banque mondiale pour le projet, l’Uruguay a envoyé l’armée contre les manifestants, aggravant le risque d’escalade de la violence.
Sébastien Godinot des Amis de la Terre analyse : « Si le Crédit Agricole finance le projet, il prend des risques réputationnels, économiques et juridiques énormes. Il décrédibiliserait profondément ses récents engagements environnementaux mais également les Principes d’Equateur qu’il a signés, car il estime que les Principes ne s’appliquent pas au projet. Dans ce cas, à quoi servent ils ? Compte tenu de la controverse exceptionnelle liée au projet, Calyon devrait logiquement s’engager à appliquer les Principes d’Equateur pour prouver sa responsabilité. »
Il ajoute : « Le projet est totalement contraire aux valeurs de responsabilité, de solidarité, de proximité affichées par le groupe Crédit Agricole [1]. Le Crédit Agricole accepterait-il de financer, en France, une usine chimique géante réunissant contre elle plus de 100 000 personnes ? Cela parait difficilement imaginable. En conséquence, si les valeurs du Crédit Agricole sont les mêmes en France et au niveau international, pourquoi Calyon financerait-il ce projet en Uruguay ? Le mutualisme façon Crédit Agricole vaut-il seulement pour les Français ou également à l’international ? La pratique des doubles standards pèserait très lourd dans la crédibilité du groupe. »
[1] Voir le Rapport annuel Développement durable 2005 du Crédit Agricole, et le site du groupe sur le développement durrable.
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