
PETITION CONTRE L’IMPLANTATION D’UNE USINE D’ETHANOL ENTRE MARNAY SUR SEINE ET PONT SUR SEINE
dimanche 12 novembre 2006
Marnay sur Seine se situe en plein coeur de la Vallée de la Seine, ce qui lui confère un caractère environnemental rare, à peu près préservé tout au long des âges. Pourtant, pour un projet dit de "développement durable" des financiers et des industriels ont décidé de massacrer le paysage de la Bassée de façon durable en y implantant une usine (classée Seveso)de plusieurs hectares à cheval sur les deux communes. Or, dans le même temps, une plateforme trimodale voit le jour à Nogent sur Seine pour accueillir ce type d’industrie et il existe d’autres friches industrielles disponibles dans le Nogentais. C’est pourquoi, nous habitants et amis de Marnay sur Seine, soussignés, rejetons vivement ce projet d’implantation d’usine, arbitraire et sans concertation, c’est à dire en contradiction avec les principes mêmes du développement durable, sur des terres à vocation agricole et environnementale.
Sur le Web : Le site : Protégeons la Bassée auboise
Nogentais : l’usine Soufflet suscite le débat. Le groupe aubois Soufflet va investir 100 M€ dans une nouvelle usine de bio-éthanol qui produira à terme 350 000 tonnes. Elle sera construite entre Marnay et Pont-sur-Seine. Le projet a bouleversé la vie communale de Marnay car des élus s’y opposent et provoquent le débat. http://presse.actuca.com/veilles/agro/index.php ?page=6
Marnay-sur-Seine : un « écolo » plutôt louche Christine Tréguier
À Marnay-sur-Seine, dans l’Aube, un industriel veut implanter une usine de biocarburants. La population dénonce un projet coûteux et dangereux.
Marnay-sur-Seine est un petit village de 250 habitants, à 5 km de Nogent-sur-Seine (Aube). La mairie était, jusqu’au 8 août, tenue par Fernand Maillet (proche du FN). Mais l’annonce de l’implantation d’une usine de production de biocarburants (dans le cadre des actions volontaristes de l’État pour développer la filière éthanol, entre autres) sur une exploitation agricole entre Marnay et Pont-sur-Seine a changé la donne. L’implantation a de telles implications environnementales et financières que la mairie a été mise en difficulté. Des élections anticipées ont permis à une coalition hétéroclite de se faire élire en récoltant 52 % de votes dès le premier tour (participation record de 80 %). Remarquable, pour un village où le Front national a fait 43 % aux dernières cantonales ! Motif : la nouvelle équipe municipale s’oppose au projet d’usine. Pilotée par Christian Guillard, elle rassemble écolos, retraités, syndicalistes, « rapportés » parisiens et autochtones.
Mais pourquoi s’opposer ? diront certains.Les biocarburants, c’est bio (plus que le nucléaire de Nogent), ça draine des subventions colossales et ça crée des emplois dans une région peu favorisée. Ce n’est pas si évident (voir entretien). Les Marnois au pouvoir en savent quelque chose.
Lorsque Michel Soufflet, fondateur et président du directoire de la multinationale familiale française éponyme (1), a dû faire une croix sur les terrains d’une « banlieue » de Nogent, Le Mériot (une zone humide jugée inadaptée car trop proche de la Seine, et abritant des espèces protégées), il s’est mis en quête d’un autre lieu d’implantation proche de son siège de Nogent. Discrètement, il a acquis les terres d’un exploitant en retraite, entre Pont-sur-Seine et Marnay, et déposé son nouveau dossier.La commune de Pont a lancé dans la foulée, le 12 septembre, non pas une enquête publique, comme il se devrait, mais une révision simplifiée du PLU (Plan local d’urbanisme). Bouclée bâclée, dit Cyril Elbaz, conseiller municipal en un mois, et qui conclura très certainement à la faisabilité de l’usine, moyennant quelques aménagements et dérogations mineurs.
Soufflet est pressé. Les subventions (conseil général, conseil régional, communauté de communes mise en place pour cet objectif, etc.) tombent, il faut construire l’usine, le rond-point qui permettra à deux cents camions de circuler chaque jour, gérer le transit du blé distillé pour produire l’éthanol, et être prêt au 1er juillet 2008 à produire le premier des 45 000 hectolitres promis par Thierry Breton.
Face à cette urgence, les Marnois s’activent aussi. Ils se sont constitués en Association de protection de l’environnement, ont pris un avocat, et organisent réunions d’information et manifestations dès que l’occasion s’en présente. Ils informent avant tout sur les multiples nuisances qu’entraînera l’usine pour le village et ceux qui l’environnent. La liste dressée par Cyril Elbaz est impressionnante. À proximité de la future distillerie : un site archéologique proto-historique dont les fouilles préventives seront complétées sous peu par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), un château du XVIIe siècle inscrit aux Monuments historiques, trois zones d’intérêt écologique faunistique et floristique (Zieff) à moins de 200 mètres. Les environs de Marnay sont également classés « Natura 2000 », donc théoriquement protégés de toute dégradation.
Cela ne suffit pas ? En voilà encore : les usines d’éthanol sont classées Seveso 2 (parce que l’éthanol, ça peut exploser). Même si, depuis AZF, la gestion de ces sites à risques s’est sérieusement améliorée, les cuves seraient à 65 mètres de la Nationale 19 (et non 75 mètres, comme l’impose la loi), et à 500 mètres de la première zone pavillonnaire. On ignore tout de la maîtrise des déchets et des très importants rejets de CO2. L’enquête a été réalisée à grands frais par CDHU, un cabinet d’architecture troyen, qui est tout sauf expert en la matière. Quant à la pseudo-enquête publique, confie Cyril Elbaz, elle développe toutes ces contraintes, mais botte en touche à chaque fois. Le château n’est pas classé, juste inscrit ; l’usine n’est pas sur une Zieff ; le site archéologique est mineur ; pour la nationale, une dérogation suffira, etc. Les médias locaux hormis les sites et blogs dissidents ne relaient guère la fronde de ces Gaulois en colère.
Outre les risques, les Marnois ont d’autres arguments. Le maire de Montereau serait prêt à accueillir l’usine sur un espace bien plus adéquat. Mais les collectivités ignorent sa proposition. Celle-ci ne sied sans doute pas à Soufflet, qui souhaite être au plus près de Nogent, suppose Elbaz ; pas plus qu’à Gérard Ancelin (maire de Nogent et vice-président du conseil général) ou à la future Communauté de communes, qui verraient des revenus inespérés partir en fumée.
Lire la suite dans Politis n° 925 (1) Créé en 1925, le groupe Soufflet est le premier collecteur français de céréales, le premier malteur (22 usines dans le monde) et le premier meunier européen. Michel Soufflet est classé 65e fortune mondiale avec 530 millions d’euros de patrimoine. Source : l’Observateur de l’Aube, 27 octobre 2006
C’est une fausse voie d’avenir »
L’implantation d’une usine de biocarburants dans l’Aube bute sur les réticences locales. Par Laure NOUALHAT LIBERATION du Mercredi 27 septembre 2006 - 06:00 Marnay-sur-Seine envoyée spéciale
C’est un rectangle de terres lardées d’excavations. Bordé par un bois touffu et la nationale 19. A quelques centaines de mètres, le brouillard et les vapeurs duveteuses de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine nimbent le paysage d’une ambiance moelleuse, presque silencieuse. Mais ce calme sera bientôt brisé par l’implantation d’une usine de bioéthanol, censée ouvrir en 2008.
« Zone inappropriée ». Après le non à l’éolien et l’opposition à l’incinération, voici le non aux usines de biocarburants, une nouvelle variante du syndrome nimby ( not in my back yard, que l’on peut traduire ainsi : « installez ce que vous voulez, mais pas chez moi »). Dans l’Aube, à deux pas de la centrale de Nogent, une partie des habitants et élus de la petite commune cossue de Marnay-sur-Seine s’oppose à la future usine de bioéthanol. « Nous ne voulons pas être associés à des "anti" primaires, mais la zone choisie est inappropriée pour recevoir un site industriel potentiellement dangereux », précise l’un des conseillers municipaux de Marnay, Cyril Elbaz. « Il s’agit de terres agricoles, et il faut modifier le plan local d’urbanisme pour implanter une usine. » Le projet est porté par le groupe Soufflet, grand négociant en céréales qui a obtenu un agrément pour produire 450 000 tonnes d’éthanol à partir de blé. La production démarrera au plus tard le 1er juillet 2008. L’ensemble représente 12 millions d’euros d’investissements : un tiers pris en charge par Soufflet, un autre par le département, et le tiers restant par la communauté de communes de Nogent. L’usine se répartirait sur deux villages : Marnay-sur-Seine, et Pont-sur-Seine, la commune voisine. Là-bas, le son de cloche est bien différent. A l’évocation de la future usine, le maire trépigne. « Evidemment, tout responsable politique normalement constitué est volontaire pour accueillir un projet pareil », ironise le premier élu de Pont, Michel Cunin. « L’emplacement n’a pas été décidé le nez au vent, s’énerve-t-il. Il y a une nationale pour les camions qui achemineront le blé à l’usine, une voie ferrée et le canal de la Haute-Seine pour expédier le carburant. » Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’à proximité se trouvent aussi des habitations, dont certaines sous les vents dominants, un château classé du XVIIe, trois zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) ainsi qu’une zone Natura 2000... Il ne dit pas non plus que la voie fluviale est peut-être sous-dimensionnée. Les champs sont actuellement retournés à cause de fouilles archéologiques préventives, habituelles en pareil cas. Pour rajouter un zeste de piment dans la querelle de clochers, les carnets de fouilles des archéologues ont été dérobés... puis rendus. A priori, ils ne contiennent rien de déterminant, tout comme le sol marnois, « occupé à toutes les époques, du néolithique au XIVe siècle », selon l’un des responsables des fouilles. Emplacements alternatifs. Témoignage de sa bonne volonté « nimbyesque », le front anti-usine propose des emplacements alternatifs : sur des friches industrielles à Montereau-Fault-Yonne, dans le département voisin, « mais cela ne fait pas les affaires de notre département », confie Cyril Elbaz, sur la commune voisine de Romilly-sur-Seine, ou encore à la lisière de Pont et de Nogent-sur-Seine. « Les anti sont des nantis qui n’ont pas besoin de travailler », rouspète Michel Cunin, pour lequel c’est un fait acquis : l’usine va créer une soixantaine d’emplois. Rien ne garantit pourtant que ceux-ci seront réservés aux Pontois ou aux Marnois. Quant à la taxe professionnelle, elle rapportera des clopinettes à Marnay, qui ne doit accueillir que le parking de l’usine et une seule tour de stockage, ce qui n’est pas le cas de Pont. Le groupe Soufflet, contacté à plusieurs reprises, n’a pas souhaité répondre à nos questions. Au-delà de leur mobilisation locale, les anti en sont convaincus : les biocarburants ne sont pas une solution pour l’environnement. « C’est une fausse voie d’avenir », précise Cyril Elbaz. « Nous devons nous battre sur les deux fronts : éviter à tout prix qu’un site à risque s’implante ici, et lutter contre les biocarburants qui ne représentent même pas un débouché sûr pour les agriculteurs de la région. » D’après lui, Soufflet aura besoin d’un million de tonnes de blé par an pour son usine. « Que le groupe serait bien capable d’importer... » Un comble pour un débouché agricole censé soutenir les paysans français.