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Usine de "bioéthanol" à Lacq : comment faire du blé avec du maïs !

25 février 2007,
Par Christian Berdot

L’éthanol à base de grains de maïs nécessite plus d’énergie qu’il n’en produit ! Ce procédé confisque des fonds qui seraient plus utiles ailleurs. Le seul but est de maintenir une activité agricole qui engraisse semenciers, chimistes, irrigants et bientôt producteurs d’OGM...


La première pierre de l’usine d’agroéthanol de maïs a été posée à Pardiès près de Lacq en juin dernier. Ce projet doit utiliser 500 000 tonnes de maïs. Nous retrouvons derrière ce projet, des protecteurs de l’environnement bien connus, l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs), Maïsadour, Euralis, Lurberri, Lacadée, etc... La multinationale Abengoa détient 51 % des parts du montage financier de Abengoa Bioenergy France (ABF). Cette usine fonctionnera à partir de grains de maïs pour produire l’éthanol.

Même si le président de l’AGPM, Claude Terrain, estime que “Produire des biocarburants à base de maïs, c’est à la fois écologique et économique” (AFP : 22/09/03), les avis divergent ! Pour le Comité Consultatif sur l’éthanol du Manitoba, le décompte des émissions de CO2 - calculé de façon exhaustive sur toute la chaîne : culture, récolte, transformation, transport et distribution - montre que la production d’éthanol à partir de grains de maïs, n’apporterait, pour un véhicule fonctionnant avec 10% d’éthanol dans l’essence, qu’une réduction en CO2, d’environ 4% . Mais ce calcul effectué dans le cas d’une production "douce" du maïs et par un organisme qui soutient cette technologie, est à corriger vers le bas dans le cas d’une production intensive comme celle pratiquée en Aquitaine. D’autres études, moins partisanes, sont plus sévères. La réputée Université Cornell de New York, affirme même que l’on arrive à 1,3 litres de pétrole utilisés pour livrer un litre d’éthanol, donc un bilan énergétique négatif ! Ses conclusions sont claires : ce carburant réchauffe davantage la planète que l’essence ! On peut rajouter à ce bilan déjà lamentable, l’action des surplus d’engrais azotés qui, en se dégradant, produisent du protoxyde d’azote (N2O) qui a un pouvoir de gaz à effet de serre 200 fois supérieur à celui du CO2 ! D’autre part, pour obtenir un kilo de maïs, il faut 300 litres d’eau et il faut 3 kg de maïs pour produire un litre d’éthanol. Cela veut dire en clair que pour une petite voiture qui ne consommerait que 5 l d’éthanol aux 100 (c’est peu car l’éthanol a moins de rendement que l’essence !), chaque km parcouru aura nécessité 45 litres d’eau ! Voilà pour le côté écologique ...

Pour ce qui est de l’aspect économique du bioéthanol à partir de maïs, voici des extraits tirés du rapport conjoint du Conseil Général des Mines, de l’Inspection Générale des Finances et du Conseil Général du Génie Rural des Eaux et Forêts.

“Les effets sur les créations d’emplois (26 000) sont largement surestimés. En tout état de cause, l’effort fiscal par emploi “créé” ou maintenu est considérable : 60 000 euros par emploi au titre de la défiscalisation, auquel il faudrait ajouter une somme encore supérieure de l’ordre de 93 000 euros, au titre de la TAGP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes) dans les conditions de juin dernier”

“Il serait problématique que d’importants investissements soient consentis par les producteurs de biocarburants actuels alors que de nouveaux produits pourraient les concurrencer avant même que les investissements soient amortis.”

“Tous les rapports démontrent aujourd’hui sans ambiguïté que la production d’éthanol à partir de grain de maïs est une solution du passé qui ne peut se perpétuer que dans des usines déjà existantes en partie ou totalement amorties. La construction d’une nouvelle usine serait donc une erreur qui risque de coûter cher à moyen terme soit par sa faillite, soit par l’obligation de maintenir sa rentabilité grâce à des investissements publics”.

La seule utilité de ce projet, vous l’aurez compris, n’est pas la protection de l’environnement mais comme le disait Sud-Ouest (09/12/06) “une opportunité d’écouler une partie du maïs régional” et pour Michel Prugue, président de Maïsadour, “un geste économique pour nos exploitations et l’agriculture régionale” et bien sûr pour les semenciers, chimistes et autres fabricants d’OGM qui poussent derrière...

Ce geste économique ne s’arrête pas à la TAGP, ni à l’aide spéciale aux cultures énergétiques mise en place avec la réforme de la PAC de 2003, d’un montant de 45 €/ha, prévue avec une superficie maximale garantie de 1,5 million d’hectares en tant que plafond budgétaire. Il faut y ajouter au niveau français, une partie de l’enveloppe de 200 millions d’euros de défiscalisation des agrocarburants pour l’année 2005, sans oublier une partie de l’enveloppe nationale de 148 millions d’euros de primes à l’irrigation...

Mais tout le monde ne profitera pas de cette manne car comme l’indique le rapport cité plus haut : “Le problème est qu’avec l’aide de 45 euros hectare, on offre aux exploitants un prix d’achat au maïs énergétique plus élevé que celui dédié à l’alimentaire. Une question importante se pose avec cette aide : qui va choisir les agriculteurs qui vont fournir le maïs à l’usine et bénéficier de l’aide de 45 euros ?”

D’autre part, la commercialisation d’agrocarburants est un des thèmes prioritaires des principaux accords néolibéraux de “ libre échange ”. Les négociations entre le Mercosur et l’Union Européenne vont bon train. Il est amusant de voir les mêmes dirigeants agricoles qui défendent la “vocation exportatrice de l’agriculture française”, faire des pieds et des mains pour empêcher l’accès au marché français de l’éthanol brésilien...

(Merci à Jacques Papon, conseiller régional Verts pour ses documents)

Voir aussi l’article "Une usine d’éthanol à base de maïs en aquitaine"

Lire aussi les conséquences mondiales de la ruée sur les carburants végétaux dans l’article : "Biocarburants : une catastrophe écologique et sociale programmée !"