Le syndicat regroupant des organisations paysannes du monde entier, Via Campesina, a convié le 26 janvier 2003, les participants du Forum Mondial Social à une immense fête des semences.
La file de bus qui s’ébranle se dirige très tôt vers "l’Assentamento 30 de Maio" où une communauté de 46 familles s’est installée il y a quelques années. En fondant leur communauté, les 46 familles ont construit des infrastructures (habitations, plan d’occupation des sols), ainsi qu’un système de production agricole que beaucoup d’agriculteurs des pays du Nord leur envieraient. Tout au long des chemins frappés de soleil jaune, défile une mosaique de paysages : des terres humides où pousse le riz, des pâturages où paissent des vaches, des plantations d’arbres, de coquets potagers où s’égaient les poules.
En arrivant à l’assentamento, les familles nous accueillent à force de sourires et de mouvements fraternels. Ils nous invitent à les suivre pour assister à un spectacle. Sur une colline où les 5 continents sont représentés, des hommes et des femmes illustrent une histoire universelle : la domestication de l’eau et la pousse des semences qu’ils ont plantées.
La fin du spectacle se conclue par un appel vibrant des enfants de la communauté. Celui-ci coïncide avec le lancement de la campagne internationale de Via Campesina pour que l’Organisation des Nations Unies reconnaisse les semences comme patrimoine mondial de l’humanité.
La mobilisation internationale, qui chaque jour s’organise (dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord) afin que l’accès aux semences reste libre et contrôlé par les communautés locales, n’est pas un mince combat.
D’abord parce qu’il s’inscrit dans une perspective de sécurité alimentaire : comme le démontre l’assentamento, la diversité des semences doit rester accessible pour permettre aux populations rurales de s’auto-suffire tout en nourrissant les populations citadines. En effet, comment comprendre qu’une majorité de paysans soit devenue à ce point dépendante, qu’elle ne puisse plus assurer sa propre alimentation ?
Ensuite, parce que les semenciers cherchent à s’approprier les ressources phytogénétiques jusqu’ici conservées par les sociétés paysannes. L’objectif est de contrôler les ressources territoriales afférentes (la terre, l’eau) comme les modes de consommations alimentaires.
Enfin, parce que détourner les biotechnologies à des fins de dépendance socio-économique, est une réalité qu’il est urgent de circonscrire. Comme le rappelle Anna, membre d’un syndicat de femmes-paysannes dans l’Etat de Santa Catarina : "c’est une lutte quotidienne qu’il faut mener pour maintenir et diffuser nos modes de productions ; pour contrôler les multinationales de l’agroalimentaire peu regardantes sur la qualité des produits qu’elles transforment. Surtout pour s’opposer à la diffusion du soja transgénique, subrepticement cultivé dans l’Etat de Santa Catarina."
Anna a fait partie des femmes qui ont arraché des champs de soja transgéniques cultivés en 2002, sans autorisation des autorités brésiliennes. A sa grande surprise, la militance de sa communauté a été attaquée. Accusés d’atteinte à la propriété privée, certains membres de la communauté ont aussi été menacés.
Cedric Cabanne, Porto-Alegre, Brésil - 27 janvier 2003.
Contact presse, Hélène Ballande : 9649 9013




