Victoire ! Le projet de centrale nucléaire à Kaliningrad est enterré

Montreuil, le 24 avril 2014 - Le projet de centrale nucléaire à Kaliningrad (Russie), controversé et contesté par la population locale a été abandonné par les autorités russes (1). Les Amis de la Terre dont la mobilisation contre le soutien de la Société Générale à ce projet a contribué à la suspension du projet se félicitent de cette nouvelle mais restent vigilants sur l’implication des banques françaises dans le secteur du nucléaire.

Après des mois d’incertitudes sur son futur, le projet de centrale nucléaire porté par Rosatom dans l’enclave russe de Kaliningrad est désormais abandonné par le gouvernement russe. Contesté depuis le début par la population locale, le projet a fait l’objet d’une mobilisation internationale (2) contre la Société Générale l’an dernier à laquelle ont pris part les Amis de la Terre qui se félicitent aujourd’hui de cette victoire.

Le projet de centrale nucléaire à Kaliningrad multipliait les casseroles : étude d’impacts environnemental bâclée, absence de plans de réaction aux situations d’urgence ou de démantèlement, programme de gestion des déchets radioactifs mensonger, corruption et violations des droits des populations, et enfin, inutilité du projet. En effet, si la population contestait le projet depuis le début, les pays limitrophes à qui l’électricité produite était destinée, n’en voulaient pas non plus...

« Ce projet a progressivement perdu tout soutien de la part des autorités russes jusqu’à ne plus même être mentionné au cours de leurs discussions sur l’avenir énergétique de la région début avril. Rosatom peut continuer sa communication mensongère et tenter de faire croire que le projet est toujours à l’ordre du jour, mais l’entreprise ne convaincra ni ici ni à l’étranger. Le nucléaire est une énergie trop coûteuse et trop risquée et les populations russes et limitrophes y sont clairement opposées » déclare Vladimir Slivyak de l’association russe Ecodefense.

« L’abandon de ce projet nucléaire en Russie, qui a connu la catastrophe de Tchernobyl du temps de l’URSS, et ce malgré le souhait du géant Rosatom, devrait envoyer un signal fort à la Société Générale. Celle-ci structurait en effet le financement export de turbines d’Alstom pour ce projet alors que la BNP Paribas et le Crédit Agricole avaient fait savoir aux Amis de la Terre qu’ils n’y participeraient pas. Il ne doit toutefois pas faire oublier que les banques françaises font partie des principaux financeurs de l’industrie nucléaire à travers le monde. » complète Lucie Pinson, chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre.

« Ce projet révèle également le rôle de la France à travers son agence de crédit à l’exportation, la Coface, qui aurait pu garantir l’export des turbines. Nous dénonçons la diplomatie économique du gouvernement français qui fait tout pour vendre du nucléaire à l’étranger alors qu’il a décidé de réduire sa part dans le mix énergétique français, et nous demandons aux banques françaises de mettre un terme à leur soutien à l’atome. L’abandon du projet de centrale nucléaire à Kaliningrad est une bonne nouvelle mais d’autres projets aussi douteux sont toujours en cours, comme celui de centrale nucléaire à Jaitapur en Inde. Nous restons donc vigilants et ne manquerons pas de nous mobiliser le cas échéant », conclut Lucie Pinson.

Contact presse : Caroline Prak - 06 86 41 53 43 - caroline.prak@amisdelaterre.org - www.amisdelaterre.org

(1) D’après Rosatom elle-même, le sort du projet suspendu depuis fin mai 2013 devait être tranché au cours d’une réunion spéciale du gouvernement russe début avril sur le plan de développement du système énergétique de la région de Kaliningrad. Or, ni ce projet ni le nucléaire en général n’ont été abordés par le gouvernement russe au cours de cette réunion et le gouvernement étudie désormais les opportunités de développer des projets de centrales à charbon dans la région.

(2) http://www.amisdelaterre.org/Appel-a-une-semaine-d-actions.html

En savoir +

Principaux problèmes soulevés par le projet nucléaire de Kaliningrad :

> Opposition de la population locale / Droits humains : La population locale est opposée au projet depuis son annonce en 2007. 200 habitants locaux ont été empêchés de participer aux auditions publiques de présentation du projet en 2009. Plus grave, Ecodefense, l’association russe qui se bat contre ce projet, fait l’objet d’un contrôle poussé, comme d’autres ONG russes ces derniers mois, et a reçu un avertissement des autorités depuis qu’elle a relancé la mobilisation contre ce projet.

> Inutilité du projet : Le projet est fondamentalement inutile car la région n’a pas besoin d’énergie supplémentaire. Il est en fait uniquement destiné à pénétrer le marché européen de l’électricité en exportant la production des réacteurs de Kaliningrad dans les pays limitrophes… qui n’en veulent pas !

> Etude d’impact environnementale bâclée : L’EIE de 2009 présentait de fausses informations, d’autres exigées par la loi russe était manquantes. L’EIE ne traite pas de potentielles alternatives, ne parle pas du démantèlement ni de l’analyse de l’impact d’un accident nucléaire majeur. La gestion des déchets nucléaires pose également problème.

> Risques prégnants de corruption : Les risques de corruption sont élevés sur ce type de projet selon Transparency International. Des exemples récents sur d’autres chantiers nucléaires d’utilisation de mauvais matériaux de construction, moins chers, en attestent.

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