C’est à l’issue d’un ultimatum de 60 jours lancé le 8 octobre dernier à la Turquie pour qu’elle respecte les 153 conditions attachées aux contrats signés en 2007 pour la construction du barrage d’Ilisu que les agences de crédit à l’exportation allemande, autrichienne et suisse ont fait savoir leur décision finale : elles suspendent tous leurs contrats liés à ce projet. Ce retrait sans précédent, qui sera effectif après une période de 180 jours, témoigne des impacts sociaux, culturels, politiques et environnementaux massifs provoqués par ce projet.
Jusqu’à 78 000 personnes, dont une majorité de Kurdes, sont menacées de déplacement forcé par la construction du barrage. Celui-ci menace également l’approvisionnement en eau des pays directement en aval, la Syrie et l’Irak, et constitue donc une source potentielle de conflit régional. Le barrage d’Ilisu menace enfin directement environ 300 sites archéologiques qui seraient submergés par le réservoir, dont Hasankeyf, une des plus anciennes villes habitées sur la planète, ainsi que de nombreuses espèces.
« C’est une excellente nouvelle ! C’est la première fois qu’une garantie de crédit à l’exportation accordée est finalement suspendue par des gouvernements européens pour des raisons environnementales et sociales. Ces derniers ont bien été obligés de prendre en compte les rapports d’experts indépendants absolument accablants publiés en 2008 concernant le non respect des engagements contractés par la Turquie (1). Cette décision devrait inciter ces mêmes agences ou d’autres, comme la COFACE ici en France, à améliorer leur politique de transparence et leurs normes environnementales et sociales » explique Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre.
Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre, conclut : « L’échec de la Turquie à respecter les conditions environnementales et sociales liées au barrage d’Ilisu étant désormais confirmé, c’est maintenant au tour de la Société Générale de prendre immédiatement la mesure de cette décision historique et de se retirer du projet sans plus tarder ».
(1) Les rapports du Comité d’Experts indépendants sont accessibles en ligne sur ce site Internet.
Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43





