Logo des Amis de la Terre
Recommander cette page Imprimer cette page Agrandir cette page

Tous nos groupes
locaux en 1 clic

Vigie OMS : témoignage

Depuis le 26 avril 2007, des vigies se relaient devant le siège de l’Organisation Mondiale de la Santé pour demander son indépendance à l’égard de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique.


I –100e semaine

Après des centaines d’autres militants, nous assurons avec Nicolai, la 100e semaine de Vigie pour dénoncer l’accord de 1959 qui lie l’Organisation Mondiale de la Santé à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique. Nicolai enseigne le français à New York et tonne du Rabelais à l’adresse des bureaucrates : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ! » Son indignation vient des témoignages de son frère, Wladimir Tchertkov, auteur de films comme Le Sacrifice, qui m’a propulsée à Genève : un jeune père de famille, liquidateur de Tchernobyl se désagrège sous les yeux de sa femme et répète avec une douceur insoutenable "cosemar"... Son cauchemar est devenu le nôtre.

Tchernobyl vient du nom ukrainien de l’absinthe,:citée dans l’’Apocalypse « une étoile nommée Absinthe tomba sur les fleuves et bien des gens moururent de ces eaux devenues amères. » Les promoteurs du nucléaire, malgré les efforts de leurs communicants pour inventer des noms de "rêve", se trahissent : à MALville, ils ont tué VITAL Michalon pour pouvoir continuer à produire leur infernal PLUTONium. Pluton, dieu à la fois de l’enfer et des richesses, est LEUR dieu ! Sans parler de Moruroa, en polynésien le grand secret :les militaires ont enfoui l’enfer là où Dante situe , aux antipodes du calvaire de Jérusalem, le paradis perdu…

Nicolai a mis sa pancarte sur le dos et se sent frère du bûcheron « tout couvert de ramée » de La Fontaine. Les vers coulent de source, le comédien ploie sous le faix, dialogue avec la mort, s’approche de son unique auditrice, La Fontaine me tend la main et, plus légère que la mésange, je saute dans les yeux rieurs de son interprète. Tous les miens me suivent et rejoignent dans une grande farandole ceux qui peuplent la vie de Nicolai : il y a des Russes, des Italiens, des Grecs, des savants, des poètes et de proche en proche, d’amis en parents, une foule immense se trouve représentée sur notre pointe de trottoir...

Un homme traverse la rue avec un grand sourire. Il vient d’Égypte, plus précisément de Nubie, le pays secret des sources du Nil. Il nous parle de son village détruit par le barrage d’Assouan, de son peuple déplacé qui a déjà perdu la moitié de ses chants, de ses danses, de sa mémoire plusieurs fois millénaire. Un poète refuse de se résigner, sans cesse emprisonné ... Et, justement, il est enfin entendu : notre nouvel ami est tout heureux de nous annoncer que le gouvernement égyptien vient de promettre aux Nubiens de les réinstaller au bord du Nil ! Ils y déploieront de nouveau les voiles de leurs felouques et les musiciens retrouveront leur inspiration...

Mais la terre de Biélorussie aspergée des radionucléïdes venus de Tchernobyl, QUAND pourra-t-elle de nouveau nourrir le peuple sans l’empoisonner ? Des peuples entiers sont victimes des déplacements environnementaux, frappés dans leur culture, leur santé, leur survie même.

II - face à l’OMS

Sur notre trottoir en forme de flèche, nous sommes les représentants de ces peuples qui revendiquent le contrôle de leur vie dans le respect de leur terre. Et vous, responsables de la Santé Mondiale, vous représentez qui ? Vos bureaux sont bien gardés, n’y entrent que les données chiffrées agrées par les gouvernements … et par l’AIEA ! Les poètes, surtout s’ils sont visionnaires, sont priés de rester au carrefour.Vous répandez des brochures, photos couleurs et papier glacé, pour convaincre qu’il ne faut pas laisser les enfants tomber dans le puits ou dans la piscine. Le conseil est incontestablement utile, mais son efficacité sera limitée s’il n’est pas relié à l’enjeu global : retrouver collectivement la maîtrise de nos vies, dans le respect de la nature. Voilà, direz-vous un projet politique et vous n’êtes pas payés pour faire cette politique-là. C’est vrai : vous êtes payés pour servir la politique inverse, une politique qui ne dit pas son nom, qui se contente de donner plus de pouvoir à ceux qui en ont déjà., mais à QUI en fait ? Ceausescu est tombé à cause d’une petite vieille qui au milieu de la foule a profité d’une pause pour lancer « Tu mens », mots repris par la foule. Le dictateur a ainsi "perdu la face" mais face aux organisations internationales ou multinationales, à qui dirons-nous « Tu mens » ? Une question a circulé sur la toile : « De qui Monsanto est-il le nom ? » Monsieur Monsanto connaît-il la honte, le remords ? De qui l’AIEA, de qui l’OMS sont-elles le nom ? Leurs employés n’ont aucun pouvoir : la directrice elle-même, Madame Chan, ne peut pas nous chasser hors de sa vue ( elle l’a envisagé, ne serait-ce que pour dire que ce n’était pas possible, ouf !), et elle ne peut pas non plus nous répondre. Nous devons pourtant accuser les fantômes que sont nos interlocuteurs, jusqu’à ce qu’on mette au grand jour que la machine à produire du pouvoir marche toute seule et que pour l’arrêter il suffit de désactiver quelques réseaux bancaires... Et vous voyagez pour qui, Messieurs et Mesdames les ONUSIENS ? À tour de rôle, nous mangeons à la cafétéria d’une fondation oecuménique. Sont assis à côté de moi un onusien et sa fille lycéenne. Il lui explique qu’il va prendre l’avion pour l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay... « Emmène-moi, Papa ! » C’est archi normal, surtout à son âge, d’avoir envie de parcourir le vaste monde. Mais une trop grande facilité transforme le voyage en zapping. On revient tout fier des km parcourus alors que le mérite revient au kérosène. Pour justifier les dégradations environnementales liées aux voyages rapides, on se donne de l’importance… qui éloigne des rencontres vraies. Et trop souvent l’intervention a pour effet d’uniformiser des solutions qui gagneraient à être inventées sur place, en autogestion et en lien avec la variété des contextes. Notre voyage à Genève doit peu aux énergies fossiles mais beaucoup à nos sources vives, à nos mythologies familières … « Sharing is caring » partager c’est sauvegarder, dit Nicolai à la mésange qui picore notre pain. Que voilà une jolie maxime ! Ce n’est pas la règle suivie par nos gouvernants mais il faut changer nos règles ! A la prophétie de Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », ajoutons « Argent sans conscience n’est que ruine du monde » Utopie ? « Where there is a will, there is a way », vouloir, c’est pouvoir : encore un message de la sagesse des peuples énoncé par Nicolai : Faites passer !

Françoise Chanial Amis de la Terre-Poitou