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Deux ONG publient un rapport expliquant pourquoi l’UE devrait se détourner de la compensation carbone forestière

Bruxelles, Paris, sous embargo jusqu’au 17 juin 2013, 00:01 (GMT) - Il y a dix ans, l’Union européenne (UE) investissait plus d’1,5 millions d’euros dans le projet carbone de N’hambita au Mozambique, un projet pilote censé démontrer comment les forêts peuvent être utilisées pour compenser les émissions industrielles. Aujourd’hui, FERN et les Amis de la Terre France publient un rapport intitulé Le carbone discrédité , qui explique pourquoi les projets de carbone forestier ne peuvent produire de bénéfices climatiques, environnementaux, sociaux ou même financiers (1). Les deux organisations demandent à l’UE et aux États membres de cesser de financer des projets de compensation carbone, y compris les projets REDD+. Elles appellent également l’État de Californie, qui envisage d’accepter la compensation carbone forestière dans son marché carbone, à revoir sa position.

La compensation carbone est un mécanisme qui cherche à compenser les émissions de carbone générées au Nord par de prétendues réductions d’émissions au Sud. La compensation carbone forestière est particulièrement problématique dans la mesure où les réductions d’émissions sont censées être réalisées grâce à la plantation ou à la conservation d’arbres, alors que la communauté scientifique n’a de cesse d’affirmer que la quantité de carbone pouvant être stockée dans les arbres n’est en rien comparable avec le volume des émissions industrielles.(2) La mesure du carbone forestier soulevant de nombreuses et complexes difficultés, il est impossible de lier les projets de compensation carbone forestier à des réductions d’émissions mesurables et vérifiables.

Sylvain Angerand, des Amis de la Terre France, explique : « Le principal problème mis en lumière dans ce rapport est que les émissions restent dans l’atmosphère bien plus longtemps que ne vivent les arbres. Le rapport montre que la compensation carbone ne produit que peu de bénéfices pour le climat et ne fait que nous distraire de la nécessité de réduire nos émissions et notre consommation d’énergie. »

Le rapport « Le carbone discrédité » révèle également que le projet N’hambita est une catastrophe financière pour Envirotrade, les recettes générées par la vente des crédits carbone étant insuffisantes pour couvrir les coûts. Comme le rappelle Hannah Mowat, responsable de la campagne sur le climat de FERN : « La valeur des crédits carbone n’a jamais été aussi faible. Dans ces conditions, il sera impossible pour Envirotrade de récupérer son investissement. » Indra van Gisbergen, responsable de la campagne sur la gouvernance forestière de FERN, confirme : « La Commission européenne devrait éviter de gaspiller l’argent des contribuables en investissant dans des mécanismes de compensation. Elle ferait mieux de prendre des mesures pour améliorer la gouvernance forestière et protéger les droits fonciers des communautés afin que celles-ci puissent prendre le contrôle des forêts dont elles s’occupent et dont elles dépendent. »

Une récente étude menée par La Via Campesina Africa confirme les problèmes sociaux auxquels sont confrontés les paysans qui participent au projet N’hambita. Dans le cadre de ce projet, les villageois sont rémunérés pour planter des arbres et veiller sur eux. Cependant, les paiements cessent après sept ans, alors que les obligations perdurent pendant 99 ans. Le contrat comporte notamment la clause suivante : « Il est du devoir du paysan de veiller sur les plantations qui lui appartiennent même après les sept ans de validité du contrat. » La Via Campesina a également constaté de nombreux problèmes de communication entre l’entreprise et les paysans.(3)

Pour en savoir plus, veuillez contacter :
Indra Van Gisbergen – FERN – indra@fern.org – Tél : (+32) 474 87 88 93
Caroline Prak – Les Amis de la Terre France – 06 86 41 53 43 – 01 48 51 18 96

(1) Voir le rapport complet à l’adresse suivante : www.fern.org/nhambita ou www.amisdelaterre.org/nhambita
(2) Brendan Mackey, I. Colin Prentice, Will Steffen, Joanna I. House, David Lindenmayer, Heather Keith, Sandra Berry, « Untangling the confusion around land carbon science and climate change mitigation policy. », Nature Climate Change, 2013 ; 3 (6) : 552 DOI : 10.1038/nclimate1804
(3) http://viacampesina.org/fr/index.php/actions-et-evenements-mainmenu-26/changements-climatiques-et-agrocarburants-mainmenu-71/676-mozambique-commerce-de-carbone-et-redd-les-paysans-cultivent-du-carbone-pour-les-pollueurs

Note aux rédactions :

FERN est une organisation non gouvernementale (ONG) créée pour suivre l’implication de l’Union européenne dans les forêts et pour coordonner les activités des ONG au niveau européen. Notre travail se concentre sur les forêts et les droits des populations forestières, ainsi que sur les questions qui les touchent comme le commerce et l’investissement ou le changement climatique. Tout ce travail est effectué en étroite collaboration avec des organisations sociales et environnementales et différents mouvements à travers le monde. Le nom « FERN » a été choisi car il signifie « fougère » en anglais et que les fougères sont l’une des rares espèces qui poussent dans toutes les forêts.

La fédération des Amis de la Terre France est une association de protection de l’Homme et de l’environnement, à but non lucratif et indépendante de tout pouvoir économique et religieux. Créée en 1970, elle a participé à la fondation du mouvement écologiste en France, et à la formation du premier réseau écologiste mondial, Friends of the Earth International , présent dans 77 pays avec 2 millions de membres. Les Amis de la Terre forment un réseau d’une trentaine de groupes locaux autonomes qui agissent selon leurs priorités locales et relaient les campagnes nationales et internationales sur la base d’un engagement commun en faveur de la justice sociale et environnementale.

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