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La PAC, pièce essentielle du marché mondial

Les dispositifs de subventions de la PAC participent directement à la mise en concurrence déloyale entre les agricultures industrielles du Nord et les activités vivrières du Sud.

Au Sénégal, le poulet Yassa, plat traditionnel, n’est composé que de produits importés. Alors que la faim dans les pays en développement (PED) est due à des revenus insuffisants des populations, la PAC participe à la perte de l’autosuffisance agricole pour des centaines de millions d’humains.
Bâtie sur le protectionnisme, le productivisme et l’aide publique, la PAC, en créant une sécurité alimentaire européenne, a créé des surproductions. Les subventions à la culture et à l’exportation ont entraîné un effet de « dumping ».
Cet afflux de produits agricoles a mis en faillite les agricultures vivrières du Sud. Les PED ont été contraints de supprimer leurs barrières douanières par les Plans d’ajustement structurel. Remplaçant les accords ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), qui étaient plus favorables, les Accords de libre échange, sous la pression de l’OMC, accentuent aussi les problèmes de sous-alimentation des populations du Sud.

Crise multifactorielle

Certes, les problèmes de rareté alimentaire sont aussi liés aux agrocarburants subventionnés, aux dérèglements climatiques, à l’érosion des terres, à la disparition volontaire des stocks, à la suralimentation carnée des riches, etc. La rareté du pétrole participe également à cette montée des prix céréaliers provoquant les révoltes de la faim. Après la crise des « subprimes » et la tension sur la demande alimentaire, la spéculation a amplifié la catastrophe. Mais c’est la crise de la dette du début des années 80, provoquée par la hausse des taux « prime rate » des USA, multipliant par trois les remboursements des prêts des PED, qui a provoqué les faillites en chaîne des économies du Sud. Le FMI est intervenu comme préteur en dernier recours, mais pour sauver les banques du Nord, et non les pays endettés.

Ce sont ensuite les conditionnalités libérales imposées (Consensus de Washington) depuis 25 ans par la Banque Mondiale, le FMI, plus la corruption par les prêts, qui sont les causes structurelles de l’appauvrissement et de la perte de la souveraineté alimentaire dans les PED. 80 % du milliard d’humains souffrant de la faim survivent ou meurent dans les campagnes, sans révolte. Or les voix des pays de l’UE sont prépondérantes au sein du FMI, de la Banque mondiale et du Club de Paris1 qui imposent toujours aujourd’hui le remboursement de la dette et des Plans d’ajustement structurel. Ce génocide est-il alors involontaire ?

Alternatives

Les alternatives sont l’arrêt des subventions PAC et des aides aux agrocarburants, et la fin des Plans d’ajustement structurel afin de se protéger du « dumping » par des droits de douane. Enfin, ces pays du Sud qui subissent durement les dérèglements climatiques, ont produit moins de 20 % des 350 Gt de CO2 accumulés depuis 1850, alors qu’ils représentent 80 % de la population mondiale. Au prix de la tonne de CO2, le remboursement de cette dette écologique par les pays dits « développés » leur permettrait d’avoir une agriculture biologique autosuffisante, l’eau potable, la scolar isation et les soins pour tous… une utopie ?

> NICOLAS SERSIRON

CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde)
1) Le Club de Paris est un groupe informel de créanciers publics qui a pour but de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiements de nations endettées.


Article issu de la Baleine 154, juin 2008, illustration David Cochard.

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