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Climat : renforçons le rapport de force !

Les Amis de la Terre France auront 50 ans l’année prochaine. En cinquante ans, ils ont connu l’émergence de la prise de conscience environnementale, quand le dérèglement climatique n’était encore qu’une notion scientifique méconnue et les climatosceptiques légion. Ils ont vécu l’apparition de l’écologie comme une notion de débat dans l’espace politique. Ils ont participé aux premières batailles pour la sauvegarde des baleines, la défense du Larzac, l’interdiction des CFC,...

Alain Hervé, principal fondateur des Amis de la Terre France avec Edwin Matthews vient de nous quitter. Il n’a jamais abandonné ses convictions et la radicalité dans son engagement. Les Amis de la Terre lui rendent à nouveau hommage ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont participé à cette aventure construite dans la lutte pour la justice environnementale et la justice sociale.

Depuis cette époque, les dégâts n’ont fait qu’augmenter sur notre planète, jusqu’à atteindre aujourd’hui un niveau critique. On peut se demander si les efforts réalisés ont servi à quelque chose, et si la tradition militante est encore pertinente face à cette situation. Mais c’est largement grâce au mouvement écologiste que les problèmes sont aujourd’hui aussi visibles, à défaut d’être traités.

Et depuis la démission de Nicolas Hulot, le mouvement climat français connaît un souffle nouveau. De nombreux acteurs ont émergé. Plus la crise écologique et sociale croit, plus les mobilisations se renforcent. C’est un moment clé et les Amis de la Terre feront tout pour contribuer à transformer l’essai avec la même jeunesse et le même élan que sur les diapositives des années 70. Pantalons pattes d’éph et lunettes aviateur en moins. Leur volonté de rester aussi complets et pertinents dans la gamme des moyens déployés est inchangée.

Réunis lors de leur Assemblée fédérale les 25 et 26 mai 2019, ils se sont interrogés sur leur rôle dans ce mouvement climat, et les pierres que cette Fédération internationale peut humblement, mais résolument, y apporter.

Tout est rapport de force
La présence de la question climatique et environnementale dans la bouche de quasiment tous les candidats aux élections ne trompe pas : elles ne peuvent plus être passées sous silence par les politiques. Les marches massives, les actions de désobéissance civile d’ampleur inédite, la construction d’alternatives crédibles partout sur le territoire ont permis de mettre le sujet à l’ordre du jour. En revanche, les solutions apportées, elles, sont bien en deçà de l’enjeu et ne s’attaquent pas aux racines structurelles de cette crise environnementale. Les beaux discours se traduisent au mieux en simple mesurettes, et sont rarement suivies d’actions concrètes.

Face à l’urgence climatique et sociale, les citoyen·ne·s ont le devoir de continuer à faire évoluer le rapport de force. Le mépris avec lequel le gouvernement actuel traite les mobilisations inédites pour le climat, poursuit et musèle les militants, se contente d’effets d’annonce en pensant le peuple dupe, est intolérable. Nos mobilisations et nos actions doivent redoubler d’efforts pour renforcer ce rapport de force, pour que la situation climatique et sociale que nous vivons et qui s’aggrave à chaque minute ne soit pas traitée avec dédain. Ce rapport de force doit se construire avant tout sur nos territoires, pour que dans chaque ville, dans chaque campagne, s’amorce la métamorphose en profondeur de nos territoires et se renforce le lien social. Collectivement, nous devons porter la nécessité d’un changement radical de système, afin qu’émergent de véritables sociétés soutenables.

Bâtir des sociétés soutenables
Les Amis de la Terre se sont toujours donné comme mission le soutien aux luttes et ils comptent bien réitérer cet engagement en apportant leur soutien à tou.te.s les luttes environnementales et sociales qui le nécessitent, des marches climat aux luttes locales, en passant par le relai et la visibilisation des luttes internationales. Nous considérons que seul un mouvement massif permettra de renforcer le rapport de force nécessaire pour changer le système, et celui-ci doit s’ancrer dans la radicalité, à savoir mener des actions permettant de transformer notre système à la racine.

Ce mouvement doit permettre de porter haut et fort les vraies solutions aux crises actuelles, car elles existent déjà : en cela, nous considérons que les Amis de la Terre ont un rôle clé à jouer, d’une part pour nourrir le mouvement grâce à notre solide travail de fond sur des sujets multiples et complémentaires, et d’autre part pour aider à faire avancer ces demandes jusque dans les sphères de décision politique et économiques, pour les concrétiser ainsi en mesures à large portée et faire reculer le poids des lobbies.

Il nous semble fondamental également que ce mouvement garde une véritable diversité dans les niveaux d’engagements qu’il propose, afin que toutes et tous puissent trouver une porte d’entrée. Qu’on fasse les sandwichs, qu’on rédige les tweets, qu’on prenne le risque d’aller en prison pour des actions de désobéissance civile non-violente ou encore qu’on foule le pavé : tout le monde peut trouver une place dans ce mouvement climat. Ensemble, refusons les fausses solutions qui tentent de s’ériger en force et mettraient inévitablement en péril la soutenabilité de nos alternatives dans les années qui viennent. Construisons une culture de la stratégie non-violente, capable de créer le rapport de force, de susciter de l’adhésion et d’arracher des victoires décisives.

Rappelons enfin et surtout que la véritable écologie ne peut être que profondément solidaire, éminemment sociale, tournée vers les autres peuples : c’est elle que nous devons consolider et faire émerger comme une évidence nécessaire pour toutes et tous, car elle est à la fois le rempart réel qu’il nous faut contre la montée de l’extrême droite et contre le libéralisme. Nous ne resterons pas attentistes ou repliés face au risque d’un véritable effondrement, nous considérons plutôt que chaque dixième de degrés compte et que chaque seconde est cruciale si nous voulons bâtir des sociétés véritablement justes et soutenables.

Ce week-end dernier se tenait l’Assemblée Fédérale des Amis de la Terre France, en même temps que se déroulaient les élections européennes. Khaled Gaiji, membre du Conseil Fédéral depuis 2018 et membre de l’association affiliée Résistance à l’Agression Publicitaire a pris le relais de la présidence de la Fédération. Le mandat de Florent Compain était arrivé statutairement à son terme. Il occupait cette fonction depuis 2013. Les Amis de la Terre vont continuer sans relâche à se mobiliser pour que les élu.e.s transforment leurs paroles sur les questions écologiques et sociales en actes. Ils ne sont pas dupes non plus et affirment que les politiques libérales sont incompatibles avec le respect de l’environnement et des droits humains. L’écologie n’est pas un sujet à la mode, mais une nécessité qui conditionne notre droit à un avenir. L’urgence impose des mesures radicales et un changement de paradigme. Changeons le système, pas le climat

Rédigé le 28 mai 2019