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AXA : un leadership climatique révolu

Thomas Buberl, le PDG d’AXA est monté à la tribune de la Table-Ronde Mondiale de l’UNEP FI pour annoncer ce matin l’application de ses politiques d’exclusion à AXA XL, sa nouvelle filiale implantée aux Bermudes.

Pour Lucie Pinson, référente de la campagne Finance privée des Amis de la Terre France et coordinatrice de la campagne Unfriend Coal : " Nous espérons que ce choix de la cohérence inspirera les assureurs nord-américains absents sur la question du climat et des énergies fossiles. Mais nous regrettons qu’AXA ne se soit pas saisi de cette opportunité pour se remettre au niveau de ses pairs européens et annoncer comme en 2015 et 2017 des mesures innovantes et ambitieuses à même de changer la donne en matière de finance climat"

Hier leader en matière climatique avec une politique charbon ambitieuse, le géant s’est depuis fait volé la première place par ses concurrents européens. Voilà au moins 5 mesures qu’AXA aurait dû annoncer afin de regagner son leadership.

1/ Désinvestir de tous les développeurs de charbon

SCOR et Generali ont exclu de leurs investissement les 120 entreprises listées dans la Coal Plant Developers List publiée par l’ONG allemande urgewald. Allianz va encore plus loin avec une exclusion de plus de 200 entreprises qui prévoient plus de 500 MW de nouvelle capacité charbon, un taux 6 fois plus ambitieux que celui d’AXA.

En effet, AXA n’a blacklisté de ses investissements que les entreprises qui prévoient de 3 GW de nouvelle capacité charbon. Dit autrement, AXA peut toujours investir dans 79 des 120 développeurs de charbon qui prévoient ensemble 108 049 MW, soit autant que les parc de centrales de l’Allemagne, la Pologne et l’Indonésie réunis.

2/ Appliquer sa politique d’exclusion à tous les actifs sous gestion

Nationale Nederlanden, Storebrand, BNP Paribas et d’autres gestionnaires d’actifs appliquent leur politique charbon aux actifs gérés pour tiers. AXA gère 650 milliards d’euros d’actifs pour des tiers, soit 45% de ses actifs sous gestion. AXA IM s’engageait à le faire début 2017 pour la politique de 2015, mais n’a pas repris un tel engagement pour les mesures de décembre 2017. Et surtout, AllianceBernstein, l’autre gestionnaire d’actifs d’AXA n’a jamais pris un tel engagement.

Le problème est moins l’absence de désinvestissement que les nouveaux flux financiers en direction d’entreprises censées avoir été exclues du périmètre d’investissement du groupe en raison des risques climatiques de leurs activités. D’après des nouvelles données Profundo, AXA a acquis pour au moins 142,76 millions de dollars d’actions et 259,2 millions de dollars d’obligations d’entreprises répondant aux critères d’exclusion adoptés par AXA en décembre 2017.

3/ Annoncer une date de sortie totale du charbon alignée avec l’objectif 1,5°C

Allianz, le grand concurrent d’AXA, l’a fait en annonçant en mai 2018 qu’il réduirait à nulle l’exposition de ses investissements et de son portefeuille d’assurance de biens et de dommages d’ici 2040 au niveau international, une date cohérente avec le scénario Beyond 2°C de l’Agence internationale de l’énergie.

Ce n’est qu’avec un tel engagement qu’AXA peut signaler aux entreprises de ses portefeuilles qu’elles doivent elles-même engager la fermeture de leurs infrastructures charbon existantes, sous peine sinon d’être exclues des soutiens d’AXA.

4/ Ne plus assurer les entreprises actives dans le secteur du charbon

Swiss Re et Zurich se sont engagés à ne plus assurer les entreprises exposées à plus de 30 ou de 50% au secteur du charbon. Generali pourrait bien dès 2019 exclure de ses soutiens les entreprises exposées à plus de 30% au charbon, celles qui produisent plus de 20 millions de tonnes de charbon ou encore celles listées sur la Coal Plant Developers List de l’ONG urgewald.

Sachant qu’AXA n’exclut qu’à la marge les assurances aux projets charbon existants, il est indispensable qu’il commence à exclure les entreprises de ses couvertures s’il souhaite contribuer à la sortie du secteur.

5/ S’engager à renforcer régulièrement ses critères d’exclusion

Allianz s’est engagé à revoir régulièrement à la baisse ses critères de désinvestissement, par exemple en abaissant son seuil d’exclusion des entreprises exposées à plus de 30% au charbon à 25%, puis 20% etc. Ce faisant, Allianz s’inscrit bien dans une démarche dynamique cohérente avec la nécessité d’organiser la sortie progressive du secteur du charbon.

Si AXA a commencé à se doter l’année dernière d’un critère prospectif fondé sur les capex des entreprises, sa politique reste encore bien trop ancrée dans le présent et manque cruellement d’une vision long terme à-même de répondre aux enjeux posés par l’urgence climatique.

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