Abandon du projet de gazoduc entre la France et l’Espagne : victoire de la mobilisation citoyenne

Paris, le 22 janvier 2018 - Les régulateurs de l’énergie français et espagnols ont annoncé aujourd’hui qu’ils refusaient la construction d’une nouvelle interconnexion gazière entre les deux pays. Le STEP (South Transit East Pyrenees), première phase du projet d’interconnexion gazière MidCat (Midi-Catalogne), avait ressurgi en France en fin d’année 2017 avec l’organisation d’une consultation publique locale menée par l’opérateur français Terega. Depuis, 350.org, les Amis de la Terre et le collectif contre le gazoduc transfrontalier ont multiplié les actions pour bloquer ce projet. Ces annonces sont donc une victoire de la mobilisation citoyenne.

Les régulateurs français et espagnols ont communiqué publiquement sur leur refus d’autoriser la construction d’une nouvelle interconnexion gazière entre les deux pays [1]. Un rapport publié en mai dernier questionnait l’intérêt du projet à la fois du point de vue de la sécurité d’approvisionnement - le niveau de sécurité d’approvisionnement de l’Espagne et de la France étant déjà très haut - et de la viabilité économique [2]. Il critiquait aussi ses implications climatiques, le gaz fossile n’étant ni une énergie bas-carbone, ni une énergie de transition.

Pour bloquer ce projet, les organisations et collectif impliqués ont multiplié les actions en 2018 : révélation de documents tenus secrets par la Commission européenne [3], interpellation des élus locaux [4], action devant la Commission de régulation de l’énergie [5], événements publics [6]. “C’est une grande satisfaction pour tous les catalans, car ce projet aurait eu des impacts environnementaux désastreux. Il comportait aussi des risques économiques et climatiques. L’abandon de ce projet est une bonne nouvelle pour la transition énergétique localement.” déclare Claude Bascompte du collectif contre le gazoduc transfrontalier.

“Nous construisons ensemble un futur libéré des combustibles fossiles, pendant que d’autres essayent de construire des gazoducs pour tirer les derniers profits d’un modèle destructeur et dépassé. Aujourd’hui, nous avons remporté une victoire importante parce que nous avons empêché la construction d’une infrastructure totalement incompatible avec un climat viable.” complète Clémence Dubois, porte-parole de 350.org.

L’abandon de STEP devrait logiquement impliquer celui de l’ensemble du projet MidCat et du projet d’interconnexion entre l’Espagne et le Portugal, ceux-ci n’ayant pas lieu d’être sans STEP. Ces trois projets ont le statut de “projet d’intérêt commun” au niveau européen. “Cette décision des autorités françaises et espagnoles est bien le signe que cette liste de projets, soi-disant d’intérêt commun, reflète plutôt les intérêts des lobbies que celui des populations concernées. Or, c’est sur cette base que sont accordés des financements publics.” commente Cécile Marchand, chargée de campagne aux Amis de la Terre. En 2019, la Banque européenne d’investissement va réviser sa politique de prêt dans le domaine de l’énergie. L’arrêt des financements aux infrastructures gazières pour que la banque mette en oeuvre son objectif d’alignement avec l’Accord de Paris sur le climat est une des demandes phare des ONG.

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