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Au-dessus de la loi, Total demande aux députés le retour de l’avantage fiscal encourageant l’utilisation d’huile de palme dans les carburants

Dans un entretien accordé au Figaro, le PDG de Total, Patrick Pouyanné s’est exprimé à propos de la décision de l’Assemblée Nationale du 19 décembre qui a ancré la suppression de l’avantage fiscal à l’huile de palme dans les biocarburants à partir de 2020. Une décision qui remet en cause le projet de “bioraffinerie” de La Mède. Patrick Pouyanné donne un an aux députés pour modifier leur décision et menace de fermer le site s’ils ne s’exécutent pas.

Pour Sylvain Angerand, porte-parole des Amis de la Terre France : « Quand Total n’arrive pas à bloquer une décision qui contrarie ses intérêts, l’entreprise demande aux députés de voter à nouveau. Alors que de nombreux citoyens remettent en cause le fonctionnement démocratique de nos institutions et dénoncent le poids des lobby dans les décision publiques, Total joue la provocation en se plaçant une nouvelle fois au-dessus des lois ».

Pour Cécile Marchand, « Depuis 3 ans, Total refuse le débat public contradictoire sur son projet de reconversion. Le seul point d’accord que nous avons avec Patrick Pouyanné est que le projet de bioraffinerie de La Mède n’a aucune viabilité économique à court ou moyen terme. Au lieu de mettre son énergie convaincre les députés de revenir sur leur décision, Total doit travailler un plan de reconversion alternatif.” »

Pour les Amis de la Terre France, ça n’est pas la loi qu’il faut revoir mais le projet de reconversion de la raffinerie de La Mède.

Nous demandons à François De Rugy, Ministre de la transition énergétique et solidaire d’organiser au plus vite une réunion avec l’ensemble des parties prenantes (associations, syndicats, collectivités locales, Total) pour enfin lancer un projet de reconversion alternatif à l’importation massive d’huile de palme.

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Complément : les intox de Total

“Je rappelle que nous avons eu le soutien gouvernement pour convertir une raffinerie d’hydrocarbures”

Les Amis de la Terre alertent depuis 2015 sur les risques liés au projet de reconversion de la raffinerie de La Mède. En 2017, les Amis de la Terre ont dévoilé en analysant le dossier d’enquête publique que ce projet pourrait conduire à l’importation de 450 000 à 650 000 tonnes d’huile de palme et alerté en vain la Ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal. Aucune décision publique n’a été prise à cette date ce qui est logique l’enquête publique n’ayant pas eu lieu. Il faut que Total arrête de confondre ses pratiques douteuses et opaques de lobby avec des décisions publiques et transparentes.

« Et Nicolas Hulot m’avait convaincu de réduire l’approvisionnement en huile palme à moins 50 % des besoins l’usine. »

L’approvisionnement de la bioraffinerie de La Mède est de 650 000 tonnes d’huiles ou dérivés par an. L’auto-limitation à 300 000 tonnes d’huile de palme brute annoncée par Total est absente de l’autorisation officielle, ce qui permet à Total d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huiles végétales brutes sans autre précision. Ensuite, Total essaye de faire passer des dérivés de l’huile de palme (PFAD, Palm Fatty Acid Distillates) comme un produit résiduel à caractère de déchet alors que le Ministère de l’Écologie a reconnu que son impact était le même que l’huile de palme brute (dans la Stratégie Nationale de lutte contre la Déforestation Importée). Total prévoit initialement d’importer 100 000 tonnes de PFAD mais pourrait en importer bien davantage (jusqu’à 250 000 tonnes) si l’entreprise était contrainte d’importer moins d’huile de palme brute. Il est très difficile d’avoir des chiffres précis car Total refuse de rendre public son plan d’approvisionnement mais l’approvisionnement en huile de palme, brute ou sous forme de dérivés, pourrait être de l’ordre de 550 000 tonnes par an.

« Nous sommes engagés sur les plus hauts standards de traçabilité, de durabilité et de certification concernant l’huile de palme » « En tout cas, « oui » pour bannir l’huile palme non durable, mais « non » pour bannir l’huile palme certifiée responsable qui respecte la biodiversité. »

Que l’huile de palme importée par Total soit certifiée ou non ne change pas le problème. C’est d’ailleurs ce qu’ont reconnu les députés en séance en rejetant une nouvelle fois cet argument avancé par Total. Depuis 2009, des certificats sont déjà censés prouver que les plantations ne sont pas établies directement à la place de forêts mais ils se sont révélés inefficaces car ils ne tiennent pas compte des effets indirects. Comme la surface de plantations anciennes est limitée, si la demande augmente rapidement, le problème est simplement déplacé ailleurs : les acheteurs les moins exigeants risquent de se fournir dans des nouvelles plantations en défrichant des forêts ou en drainant de fragiles tourbières. Un phénomène exacerbé par les difficultés des pays producteurs à faire respecter leurs propres lois et leurs engagements internationaux. Ce phénomène est officiellement reconnu par la Commission européenne sous l’appellation Indirect Land Use Change (ILUC) ou Changement d’Affectation des Sols Indirect (CASI) mais pas encore intégré dans les modalités de calcul du bilan carbone officiel des différents agrocarburants. Plusieurs études montrent que si c’était le cas, l’huile de palme serait l’agrocarburant présentant le pire bilan carbone sur le marché. “La production de palme consomme huit fois moins de surface cultivée que le soja ou le colza. les biocarburants ne représentent que 1 % de la production d’huile de palme.”

On ne peut pas comparer directement l’huile de palme avec le soja et le colza, qui produisent aussi des protéines et pas seulement de l’huile. D’autre part, l’ensemble de ces cultures contribue à un besoin de terres toujours croissant, que ce soit pour l’énergie ou l’alimentation animale : tous ces usages doivent nécessairement être aujourd’hui limités, tout particulièrement pour le carburant ; ce débouché représente de l’ordre de 12 % de la production d’huile de palme mondiale (F.O.Licht’s World Ethanol and Biofuels Report, 18 Dec 2017) et 75% au niveau français (Rapport durabilité des huiles végétales, CGAER/CGDD, 2017).

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