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Climat : le gouvernement renonce à réguler les acteurs financiers privés

À Paris, le mardi 2 juillet 2019 –

Bruno Le Maire a organisé ce mardi 2 juillet une réunion avec les représentants de la place financière de Paris et le gouverneur de la Banque de France, dans le but de lancer “une nouvelle étape du verdissement du système financier”. Cette rencontre intervient 7 mois après les annonces du ministre de l’économie et des finances, qui s’était dit prêt à contraindre les banques, assureurs et gestionnaires d’actifs à cesser de soutenir les secteurs les plus polluants, au premier rang desquels le charbon, si ceux-ci ne le faisaient pas d’eux-même [1].

Les Amis de la Terre France et Oxfam France prennent acte de cette nouvelle déclaration de M. Le Maire [2] appelant les acteurs financiers à adopter des stratégies de sortie du charbon d’ici mi-2020, mais jugent nécessaire une régulation des acteurs privés, pour un réel alignement de la finance avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Bien loin de répondre à l’urgence climatique et de satisfaire à ses propres engagements, le gouvernement a finalement décidé de ne prendre aucune mesure concrète pour réguler les soutiens des acteurs financiers privés aux énergies fossiles, et renvoie la balle dans le camp des acteurs privés [3].

Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée aux Amis de la Terre France, réagit : “Nous assistons à un nouveau renoncement de la présidence Macron. Cette fois encore, ce sont les intérêts privés qui ont primé sur la nécessité d’une action climatique immédiate et ambitieuse. Les promesses d’aujourd’hui n’engagent pas ceux qui les font, et encore moins le gouvernement français. Si l’autorégulation était suffisante, les acteurs financiers ne nous auraient jamais conduit ni aux crises économiques, ni à la crise climatique. Non seulement le gouvernement ne tient pas parole, mais il a au cours des derniers mois battu en brèche toutes initiatives législatives en faveur de la régulation publique des acteurs privés, comme la semaine dernière dans le cadre du projet de loi énergie climat [4]”.

Pour Alexandre Poidatz, chargé de la régulation des acteurs financiers chez Oxfam France : “Il y a clairement une prise de conscience du gouvernement de verdir le système financier. Malheureusement nous jugeons que la méthode n’est pas la bonne : le gouvernement préfère inciter le secteur privé que de mettre en place de réelles mesures de régulation du système financier. Il est d’autant plus difficile à croire en cette prophétie de l’autorégulation qu’il ne fixe aucun cap aux acteurs financiers, en leur demandant de se doter d’ici décembre de stratégies de sortie du charbon, sans jamais en préciser les contours.”

En juin 2019, Crédit Agricole a pris de nouvelles mesures ambitieux de sortie du secteur du charbon [5], démontrant que ce type d’ambition est compatible avec le modèle financier d’une grande banque. Les Amis de la Terre France et Oxfam France appellent l’État français, qui se veut “leader” international de la finance verte, à se montrer exemplaire en faisant de ce standard une norme pour les autres banques et en prenant dès à présent les mesures nécessaires à garantir un alignement de la finance avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

En savoir +

[1] Bruno Le Maire déclarait à la table ronde mondiale sur la finance climat, organisée à Paris en novembre 2018 « Je demande que [banques, assureurs et gestionnaires d’actifs] arrêtent définitivement de financer les centrales et les mines à charbon. Si ces engagements ne sont pas respectés, nous les rendrons contraignants » : Novembre 2018, Climate Finance Days.

[2] Communiqué de presse du Ministère de l’Economie, le 2 juillet 2019

[3] En novembre 2018, Oxfam France et Amis de la Terre France publiaient deux rapports sur les financements fossiles des banques françaises : Oxfam France montrait que les banques françaises favorisent massivement les énergies fossiles sur les énergies renouvelables, avec sur 10 euros de financements au secteur énergétique, 7 euros aux énergies fossiles contre 2 euros aux énergies renouvelables, alors que le rapport des Amis de la Terre France montrait que les banques françaises figurent parmi les premières banques européennes à soutenir le développement du secteur du charbon. Depuis la COP21, elles avaient augmenté de 52% leurs soutiens aux entreprises qui prévoient la construction de de nouvelles centrales à charbon. Rapport des Amis de la Terre “COP21+3, les banques françaises toujours au charbon” ; rapport d’Oxfam France “Banques françaises, les fossiles raflent la mise”.

[4] Amendements 403 et 788, projet de loi énergie climat 2019.

[5] Réaction des Amis de la Terre et d’Oxfam France aux annonces du Crédit Agricole le 6 juin 2019.

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