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Engagements charbon de Société Générale : à peine annoncés, déjà dépassés

Le 23 mai 2019, Paris - Quelques jours après son Assemblée générale à l’occasion de laquelle elle avait annoncé la révision de ses engagements charbon, Société Générale a rendu public aujourd’hui le détail de ces nouveaux engagements. Si chaque pas dans la bonne direction est le bienvenu, les Amis de la Terre France alertent sur des annonces qui sont loin de répondre à l’urgence climatique, et bien en-deçà des meilleures pratiques sur le secteur.

Société Générale a publié aujourd’hui de nouveaux critères d’exclusion portant sur les entreprises du secteur du charbon [1]. Ces annonces sont lacunaires et des précisions seront nécessaires pour évaluer précisément leur impact sur le climat. Cependant, il est déjà certain que ces engagements ne suffiront pas à soutenir une sortie du charbon dans les temps impartis par la science climatique.

Ces engagements sont également très loin des politiques qui font aujourd’hui référence sur le secteur du charbon.

  • Le seuil d’exclusion des entreprises dont l’activité dans le charbon thermique est supérieure à 50% avait déjà été adopté par Natixis il y a quatre ans. Depuis, de nombreux acteurs financiers se sont montrés bien plus ambitieux, comme la Suisse UBS, dernière banque en date à avoir adopté un seuil de 30%.
  • Société Générale s’est en outre engagée à exclure les “entreprises dont l’activité dans le secteur du charbon thermique est comprise entre 30% et 50% et qui n’ont pas de stratégie permettant de la réduire à 30% en 2025, ou qui ont des plans d’expansion”. Quand la banque française vise 30% pour 2025, d’autres prévoient une sortie du secteur bien plus rapide, comme la Néerlandaise ING qui aurait un seuil de 5% en 2025.
  • Pour ce qui est des entreprises avec des plans d’expansion, ce critère devrait s’appliquer à toutes les entreprises, y compris actives en-deçà de 30% dans le charbon. Toute nouvelle capacité charbon est incompatible avec l’Accord de Paris, quel que soit le mix énergétique de l’entreprise qui porte ces projets.

L’ancienne politique charbon de Société Générale comportait de profondes limites et les nouvelles annonces de Société Générale vont partiellement y pallier. Son champ d’application est élargi non plus uniquement aux activités de crédit mais à l’ensemble des services financiers de la banque, et non plus uniquement aux nouveaux clients de la banque mais également à ses clients existants.

Lucie Pinson, référente de la campagne Finance des Amis de la Terre France déclare : “L’approche est intéressante mais les seuils, très éloignés des meilleures pratiques en la matière, ne permettent pas un alignement des financements de la banque avec les objectifs de l’Accord de Paris. La majorité des centrales à charbon mondiales doivent être fermées d’ici 2030 [2] mais Société Générale considère qu’un mix énergétique composé à 30% de charbon cinq ans plus tôt est un mix qu’il est acceptable de financer. C’est tout simplement scandaleux. Nous appelons les autres banques françaises et notamment Crédit Agricole à faire mieux car une chose est sûre : ce n’est pas de Société Générale qu’on évitera la catastrophe climatique qui s’annonce".

Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France, ajoute : “Société Générale espère avec ces nouvelles annonces faire la démonstration de son engagement en faveur du climat. Celles-ci ne sauront pourtant cacher la réalité d’une banque qui refuse de répondre à l’urgence climatique et qui continue à faire la promotion des énergies fossiles les plus dangereuses pour l’environnement et les communautés, au premier rang desquels les gaz de schiste. Il y a encore deux jours, des activistes des Amis de la Terre, d’ANV-COP21 et de Youth For Climate interpellaient une fois de plus Société Générale à son Assemblée générale. Sa communication d’aujourd’hui ne sera en aucun cas un frein à ces mobilisations”.

Ces annonces font suite à des années de campagne des Amis de la Terre France. En décembre dernier, les Amis de la Terre France publiait un rapport exposant les plus de 10 milliards de financements des banques françaises dans les développeurs de centrales à charbon [3]. Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire réagissait en disant qu’il contraindrait les acteurs financiers à mettre un terme au charbon s’ils ne le faisaient pas d’eux-mêmes.

Crédit Agricole a annoncé en assemblée générale que la banque ferait de nouvelles annonces climat et en partie sur le charbon le 6 juin. Interpellée à son assemblée générale ce matin sur ces soutiens massifs au charbon, BNP Paribas a principalement défendu ses engagements passés sans donner signe d’une possible révision par le haut. Natixis tiendra son assemblée générale le mardi prochain, le 28 mai.

En savoir +

[1] https://www.societegenerale.com/fr/newsroom/Poursuite_desengagement_charbon

[2] La science nous dit que plus une seule centrale à charbon ne peut être construite et que 78% de la capacité charbon devront être fermés d’ici 2030.

[3] https://www.amisdelaterre.org/Rapport-trois-ans-apres-la-COP21-les-banques-francaises-financent-toujours-plus.html

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