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Finance et climat : la liste des 746 entreprises à blacklister de toute urgence rendue publique

Paris, 19 septembre 2019 – À la veille de la Grève mondiale pour le climat, l’ONG allemande urgewald et 30 de ses partenaires dont Les Amis de la Terre France, publient la nouvelle Global Coal Exit List, la base de données la plus complète sur les entreprises qui opèrent dans le secteur du charbon [1]. Parmi les 746 entreprises inscrites à la liste, plus de 400 prévoient encore de développer leurs activités dans le charbon, s’opposant frontalement à l’atteinte de l’objectif de l’Accord de Paris. Les acteurs financiers français, appelés à adopter d’ici mi-2020 une stratégie sur le secteur [2], doivent s’emparer de cet outil de désinvestissement et garantir une sortie du charbon d’ici 2030 dans les pays européens et de l’OCDE, et d’ici 2040 dans le monde [3].

La Global Coal Exit List (GCEL) rassemble les plus grands producteurs de charbon et opérateurs de centrales à charbon [4], les entreprises qui tirent plus de 30% de leurs revenus ou de leur production d’électricité du charbon, et toutes les entreprises qui prévoient de se développer dans le secteur. Elle dresse ainsi une liste de 746 entreprises et plus de 1 400 filiales, qui attisent la crise climatique, et auxquelles l’industrie financière doit de toute urgence refuser d’accorder ses soutiens. Au total, celles-ci représentent 89% de la production de charbon thermique et 87% des capacités de production d’électricité à partir de charbon dans le monde.

Heffa Schücking, directrice d’urgewald, explique : “Nos recherches ont démontré que l’extraction, le transport et la production d’électricité à partir de charbon se développent main dans la main et partout dans le monde. Les banques, les assureurs et les gestionnaires d’actifs doivent cesser de jeter de l’huile sur un feu déjà incontrôlable, et exclure immédiatement de leurs soutiens tous ceux qui étendent leurs activités sur l’ensemble de la chaîne de valeur du charbon. Le temps de l’engagement patient avec ces entreprises infréquentables est révolu”.

Plus de 400 entreprises des 746 entreprises listées dans la GCEL prévoient toujours de nouveaux projets de mines, centrales et infrastructures de charbon. Alors que la communauté scientifique alerte depuis déjà trop longtemps sur la nécessité de mettre un terme à l’expansion du charbon, des projets de centrales sont prévus dans 60 pays, pour une augmentation de 29% de la flotte existante. Or, hormis Crédit Agricole qui a pris l’engagement de ne plus financer ou investir dans ces entreprises expansionnistes, les autres banques françaises soutiennent le développement du secteur [5].

Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée aux Amis de la Terre France, analyse : “La politique charbon de Crédit Agricole s’est imposée comme la meilleure pratique, actant la fin de ses soutiens à l’expansion du secteur et fixant pour elle et ses clients un calendrier précis de sortie du charbon [6]. Mais elle n’a pas pour autant été suivie par ses concurrentes. Société Générale a publié début juillet une politique qui n’acte pas même la fin totale de ses soutiens aux développeurs de charbon [7]. BNP Paribas n’a pour sa part annoncé aucune révision de sa politique à ce jour. Alors que tous les acteurs financiers français ont jusqu’à mi-2020 pour publier des stratégies de sortie du charbon, ils doivent se saisir de l’outil de la GCEL comme l’ont déjà fait de nombreuses institutions financières [8], et blacklister les entreprises qui démontrent dès aujourd’hui leur incapacité à s’aligner avec l’Accord de Paris”.

Lucie Pinson, référente de la campagne finance privée des Amis de la Terre, poursuit : “Les politiques adoptées par la majorité des acteurs financiers français dans le secteur du charbon sont totalement inefficaces pour enrayer sa croissance. Elles couvrent avant tout les entreprises dont une large part des activités repose sur le charbon, mais cela est une mesure relative qui ne prend pas en compte la direction suivie par ces entreprises, si ces entreprises sortent ou au contraire s’étendent dans le secteur du charbon. Même AXA qui avait pourtant reconnu ce problème en 2017 en étant le premier grand acteur financier à exclure des entreprises en raison de leurs plans de développement continue de soutenir un grand nombre d’expansionnistes. Au total, BNP Paribas, Société Générale, Natixis et AXA soutiennent des acteurs qui ensemble prévoient le développement de nouvelles centrales à charbon pour une capacité au moins deux fois supérieure au parc allemand”.

“À quelques jours de la semaine climat qui se tiendra à New York et à laquelle bon nombre d’acteurs financiers français ne manqueront pas de participer, on note une fois de plus le gouffre qui sépare leurs discours en matière climatique et la réalité de leurs financements", conclut Lucie Pinson.

En savoir +

Blog de Lucie Pinson sur Alternatives Économiques : "Et si les politiques de désinvestissement n’enrayaient pas le développement du charbon ?" : https://blogs.alternatives-economiques.fr/pinson/2019/09/19/et-si-les-politiques-de-desinvestissement-n-enrayaient-pas-le-developpement-du-charbon

[1] https://coalexit.org/ Briefing média d’urgewald, présentant les principales conclusions de la recherche : http://www.datapressepremium.com/rmdiff/2005515/mediabriefinggcel19092019.pdf

[2] Communiqués de presse du 2 juillet 2019 du Ministère de l’Economie et des Finances, et de la Place Financière de Paris : www.minefi.hosting.augure.com/Augure_Minefi/r/ContenuEnLigne/Download?id=64AC3C5F-85CA-409C-8E9E-89AD5619B709&filename=1313%20-%20Une%20nouvelle%20%C3%A9tape%20pour%20verdir%20le%20syst%C3%A8me%20financier.pdf www.fbf.fr/fr/files/BDPL48/CP_D%C3%A9claration_de_place_finance_durable.pdf

[3] Dates de sortie du charbon du scénario Beyond 2 °C de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

[4] Soit les entreprises qui produisent plus de 20 Mt de charbon par an ou qui ont une capacité de production d’électricité à partir de charbon de plus de 10 GW.

[5] Société Générale exclura en 2025 de ses soutiens les entreprises qui tirent plus de 30% de leurs revenus ou de leur production d’électricité du charbon. De son côté, la politique "production d’électricité à partir du charbon" de BNP Paribas ne s’applique qu’aux entreprises qui ont plus de 30% de leurs capacités de production d’électricité dans le secteur du charbon. Celles au-dessus du seuil de 30% ne sont pas automatiquement exclues, mais celles au-dessous du seuil ne sont pas mêmes concernées par les demandes de BNP Paribas. Or, la GCEL indique que de nombreuses entreprises sous le seuil de 30% prévoient de nouveaux projets de centrales à charbon. Ensemble, ces entreprises prévoient 202 GW de nouvelles capacités de production d’électricité à partir du charbon, soit presque autant que la flotte charbon de l’Inde – ou de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Afrique du Sud et de la Russie réunis. Cela représente 35% du pipeline de charbon et une augmentation de 11% de la capacité mondiale installée. Même le seuil de 25% retenu par Natixis ne permet pas de couvrir 165 GW de la nouvelle capacité de charbon prévue, soit 18 % du pipeline. AXA a tenté d’atténuer ce risque en excluant à la fois les entreprises exposées à plus de 30% au charbon et celles qui prévoient plus de 3 GW de nouvelles capacités de production d’électricité à partir du charbon. Mais ce n’est pas suffisant : l’assureur peut toujours investir dans des entreprises prévoyant plus de 118 GW de nouvelles capacités de production de charbon, soit 20% du pipeline.

[6] Lire notre analyse : www.amisdelaterre.org/Sortie-du-charbon-Credit-Agricole-montre-la-voie-les-autres-banques-a-la-traine.html

[7] Notre réaction : www.amisdelaterre.org/Sortie-du-charbon-Societe-Generale-rate-son-tir-a-quand-une-regulation-de-la.html

[8] Plus de 200 institutions financières sont enregistrés comme utilisateurs de la base de données, et des investisseurs représentant près de $10 000 milliards d’actifs ont déjà adopté un ou plusieurs des critères de désinvestissement de la GCEL.

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