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Forages pétroliers en Guyane : face au déni de démocratie, la société civile saisit la justice

Communiqué commun des Amis de la Terre France, Greenpeace France, Guyane Nature Environnement, Nature Rights, Sea Shepherd France, Stop Petrole Offshore Guyane, Surfrider Europe, ZEA, 350.org.

Alors que le Brésil vient de rejeter le projet de forage de Total au large de l’embouchure de l’Amazone, sept associations (1) déposent un recours au tribunal administratif de Cergy contre l’Etat sur le projet Guyane Maritime.

Objectif : obtenir l’annulation des autorisations de forage accordées à Total au large de la Guyane, en contradiction avec les engagements climatiques de la France et à quelques kilomètres d’un écosystème unique et vulnérable, le Récif de l’Amazone (2).

Les associations, soutenues par le collectif Stop Pétrole Offshore Guyane, dénoncent les irrégularités et les zones d’ombre qui ont permis à Total d’obtenir, en octobre 2018, l’autorisation de commencer les travaux. Et ce, malgré 7173 avis défavorables émis lors de l’enquête publique.

Pour rappel, Total a bénéficié en septembre 2017 d’une prolongation dite “exceptionnelle” du permis Guyane Maritime, en plein débats parlementaires sur la loi Hulot, censée mettre fin à l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en France (3). Ce passe-droit est déjà attaqué en justice par les associations Greenpeace France et les Amis de la Terre France qui sollicitent son annulation.

Dans le recours déposé aujourd’hui par les associations, les principaux éléments attaqués sont :

  • Le déni du droit à la participation du public du fait de l’absence de saisine de la Commission nationale du débat public (CNDP) qui a pourtant rappelé qu’elle était obligatoire (4)
  • L’absence d’expertise et l’incompréhension du dossier des commissaires-enquêteurs chargés d’émettre un avis argumenté sur l’étude d’impact environnemental de Total (5).
  • Les lacunes de la modélisation en cas de marée noire et des risques pour les pays et territoires voisins.

Il y a quelques jours, le Brésil a annulé les projets de forages de Total dans cette même région de l’embouchure de l’Amazone, présentant des risques similaires à ceux de Guyane Maritime. Alors comment expliquer qu’en France, le gouvernement semble avoir tout mis en œuvre pour faciliter et accélérer le début des forages de Total en Guyane ? Pour les associations, c’est un non-sens absolu qui illustre le double jeu du gouvernement : de belles paroles pour le climat mais des actes en faveur de l’industrie climaticide.

Total prévoit de commencer à forer au large de la Guyane dès janvier 2019 et le bateau foreur opérant en mer vient d’arriver à Cayenne. C’est la raison pour laquelle, dans une tribune publiée aujourd’hui, les associations mobilisées contre ce projet ainsi que Stop Pétrole Offshore Guyane et 350.org rappellent l’urgence à agir pour protéger la biodiversité et le climat.

Pour rester bien en-deçà de 2°C de réchauffement, comme les Etats s’y sont engagés en signant l’Accord de Paris, 80 % des ressources fossiles non exploitées doivent rester dans le sol. A l’impact climatique s’ajoutent les conséquences environnementales : entre fuites d’hydrocarbures, boues de forage toxiques et marée noire, les risques de pollution liés à Guyane Maritime ne manquent pas (6).

Notes :
(1) Les sept associations déposant un recours sont : Amis de la Terre France, Greenpeace France, Guyane Nature Environnement, Nature Rights, Sea Shepherd France, Surfrider Europe et ZEA.
(2) Le Récif de l’Amazone est un récif unique composé notamment d’algues corallines et d’éponges, d’une superficie d’au moins 56 000 km² et situé au large des côtes brésiliennes et guyanaises : https://www.greenpeace.fr/espace-presse/greenpeace-annonce-presence-recif-de-lamazone-eaux-guyanaises
(3) Prolongation de permis le 14 septembre 2017 (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000035595610&dateTexte=&categorieLien=id ) juste avant le vote de la loi hydrocarbures (https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2017/12/30/TREX1722331L/jo/texte)
(4) La consultation du public aurait dû passer par la CNDP et un débat public aurait dû avoir lieu. Confirmation de Chantal Jouanno, présidente de la CNDP : https://twitter.com/Chantal_Jouanno/status/1055440066015911936
(5) Exemple : page 25 du rapport remis au préfet, la commission d’enquête explique : “N’étant pas des spécialistes des fuites d’hydrocarbures, les membres de la commission d’enquête ne peuvent qu’accepter cette réponse de TE&PGF” http://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_et_conclusions_commission_d_enquete.pdf
(6) Contribution de Greenpeace France à l’enquête publique sur l’étude d’impact pour le projet de forages exploratoires Guyane Maritime de Total E&P, 16 juillet 2018 : https://cdn.greenpeace.fr/site/uploads/2018/07/Contribution-Greenpeace-France-Enqu%C3%AAte-publique-Guyane-Maritime-TOTAL-EP-Guyane.pdf?_ga=2.82226322.520895775.1540203307-1989101024.1530001735

Crédit photo  : JournoJen

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