Ressources et médias

Rester informé


Les cinq prochaines années sont cruciales pour l’avenir de l’Europe - votre vote l’est aussi

Jagoda Munic - directrice des Amis de la Terre Europe

Tribune parue en anglais dans le Huffington Post à l’occasion du sommet de Sibiu.

Cinq ans. Est-ce long ou court ? Que pouvons-nous changer en cinq ans ? C’est 6% de ma vie - si je vis aussi longtemps que l’Européen moyen. Dans cinq ans, la génération actuelle d’écoliers en grève pour le climat pourrait être diplômée de l’université ou trouver son premier emploi.

Cinq ans, c’est la moitié du temps qu’il nous reste pour prendre des décisions politiques qui pourraient « influer considérablement sur la trajectoire du système terrestre pendant des dizaines, voire des centaines de milliers d’années », selon les plus grands scientifiques du monde. C’est aussi la durée du prochain Parlement européen.

Les prochains parlementaires européens qui seront élus ce mois-ci peuvent conduire l’Europe dans deux directions distinctes. En tant que militante pour la justice sociale et environnementale, cette étape déterminera fortement ce qui va m’occuper, ainsi que des milliers d’autres personnes, durant les années à venir.

Sur l’une de ces voies, nous risquons de passer désespérément les cinq prochaines années à tenter de s’accrocher aux progrès modestes réalisés par l’Europe ces derniers temps, tout en repoussant les attaques contre la liberté de la presse, la liberté de réunion et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Nous serons sur un mode défensif permanent si le prochain Parlement compte davantage de politiciens de droite et d’extrême droite désireux de remettre en cause les bases mêmes de la société ouverte et de la démocratie.

D’un autre côté, si nous élisons des politiciens plus progressistes, nous avons alors de réelles opportunités d’accélérer la transition dont nous avons besoin et de faire progresser la durabilité, l’égalité et les droits de l’homme.

Nous savons que l’appétit de changement est énorme. Les trois quarts des Européens estiment que leur système national ou le système européen (ou les deux) sont en panne, et les deux tiers pensent que la vie de leurs enfants sera pire que la leur. Beaucoup de personnes en ont assez du statu quo. La question est de savoir dans quelle direction le changement se fera ?

Les politiciens européens ont jusqu’ici effleuré le thème du changement - dans un débat plutôt galvaudé sur la manière dont l’Union européenne évoluera après le Brexit (en supposant que celui-ci se concrétise). Ce processus aboutira demain à un sommet des premiers ministres et des présidents en Roumanie, avec peu de résultats concrets attendus. Il va falloir pousser les dirigeants pour qu’ils aillent beaucoup plus loin qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent, s’ils veulent soulever les passions des électeurs pour une vision positive de ce que peut être l’Europe.

Nous ne pouvons pas perdre cinq ans de plus. Pour citer la jeune activiste pour le climat Greta Thunberg, nous devons « faire comme si notre maison était en feu. Parce qu’elle l’est ». Les prochaines années sont une question de vie ou de mort - pour les personnes qui subissent les effets du dérèglement climatique, des inégalités et d’un environnement pollué ; les personnes les plus touchées par l’érosion des droits ; et pour les espèces menacées par l’effondrement écologique.

Pour parvenir à l’avenir inclusif, solidaire et sans danger pour le climat dont nous avons désespérément besoin, nous devons utiliser tous les moyens disponibles pour renforcer la pression politique - dans les isoloirs et dans les rues. Ce moment appelle une action sans précédent des gouvernements locaux, nationaux et internationaux pour transformer nos sociétés inégalitaires. Nous aurons besoin de la Commission européenne et du Parlement les plus progressistes de notre vie, prêts à agir pour une vision radicale du changement, assortis d’une mobilisation dans les rues.

Les jeux ne sont pas faits. 63% des électeurs sont encore indécis en ce qui concerne leur vote ou leur abstention aux élections européennes de ce mois. Ce pourcentage est encore plus élevé (77%) parmi les jeunes, qui seront pourtant les plus touchés à long terme. Ceci est profondément troublant lorsque l’on connait la taille de l’enjeu. Mais si une part, même petite, de ces personnes pouvaient être convaincues de voter, elles pourraient faire basculer le résultat dans une direction beaucoup plus juste socialement et respectueuse de l’environnement, pour l’Europe.

Une coalition progressiste est à portée de main et pourrait réellement s’attaquer aux catastrophes planétaires et aux inégalités croissantes avec l’urgence requise. Une telle majorité d’eurodéputés pourraient être amenés à agir pour apporter une transformation socialement juste et un système énergétique sans combustibles fossiles, des emplois décents, la restauration de la nature et des écosystèmes, l’équité sociale, le commerce durable, l’alimentation et l’agriculture locales et écologiques, l’égalité des sexes, des politiques d’immigration humaines, la solidarité internationale et bien plus encore. Durant les cinq prochaines années, je souhaite faire des progrès sur ces questions là - et non passer ces années à empêcher les retours en arrière en ce qui concerne les droits, les libertés et l’environnement.

Les écoliers en grève pour le climat sont encore trop jeunes pour voter aux élections de mai. Mais nous, les adultes, ne le sommes pas. Pour tous ceux qui le peuvent, en particulier les jeunes, voici un appel à se rendre dans les isoloirs et à voter pour un avenir plus vert, plus juste et bienveillant. Puis nous sortirons dans les rues. Parce que le changement est possible et que ces élections peuvent marquer une réelle différence si nous faisons le bon choix - pour les 5 prochaines années et bien au-delà.

Rédigé le